La police afghane sécurise le quartier de l'ambassade d'Inde à Kaboul, après un attentat suicide, le 7 juillet 2008.
La police afghane sécurise le quartier de l'ambassade d'Inde à Kaboul, après un attentat suicide, le 7 juillet 2008.
Omar Sobhani / Reuters
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L’ambassade indienne visée par un attentat suicide à Kaboul

Plus de 140 personnes ont été blessées et 41 personnes sont mortes dans l’attaque suicide qui s’est produit, lundi 7 juillet 2008, devant l’ambassade d’Inde à Kaboul. L’attentat n’a pas été revendiqué. L’auteur de l’attentat a lancé son véhicule à proximité de la foule des civils afghans habitués à former une file d’attente pour obtenir un visa. La déflagration a également tué du personnel de l’ambassade : un attaché indien à la Défense, le général de brigade Mehta, ainsi qu’un diplomate et deux gardes indiens. New Dehli a condamné l’attaque, de même que le ministre afghan des Affaires étrangères Rangeen Dadfar Spanta, qui s’est immédiatement rendu sur le lieu de l’attentat.
根据 Sophie Malibeaux -

L’attentat visait le personnel indien de l’ambassade puisque le kamikaze a tenté de lancer son véhicule à l’intérieur de l’enceinte diplomatique, mais aussi les Afghans cherchant à se rendre dans ce pays « ami » de l’Afghanistan, soit pour y chercher un emploi et une meilleure qualité de vie, soit pour y retrouver de la famille réfugiée en Inde, au moment de la prise de pouvoir par les talibans en 1996.

L’insurrection gagne du terrain

Les talibans afghans ont nié être à l’origine de cet attentat suicide. Il est difficile de savoir à qui attribuer cet acte, car l’insurrection est composée de multiples éléments, dont certains viennent de l’étranger, et sont plus ou moins en lien avec la nébuleuse al-Qaïda. Surtout concentrés dans le sud du pays, les insurgés s’attaquent de plus en plus souvent à la capitale Kaboul. Le 27 avril 2008, c’est le président afghan en personne qui était visé lorsqu’un commando de combattants talibans a ouvert le feu en direction de la tribune où se trouvait Hamid Karzaï lors d’un défilé militaire. Trois mois plus tôt, une attaque meurtrière contre le luxueux hôtel Serena de Kaboul faisait huit morts. Preuve que les lieux les plus sécurisés de la capitale ne sont pas hors de portée des insurgés.

Inde-Pakistan, la guerre par procuration

En l’absence de revendication, les spéculations vont bon train sur l’origine de l’attaque. Nombre d’analyses reviennent sur la rivalité indo-pakistanaise, et certains vont jusqu’à mentionner l’ISI, les services secrets pakistanais qui, du temps de la guerre contre l’occupant soviétique en Afghanistan, ont apporté un soutien conséquent aux militants islamistes. Sans les nommer précisément, le ministre de l’Intérieur les a désignés en mentionnant dans un communiqué une attaque « en liaison et avec les conseils de milieux du renseignement de la région ».

Depuis 2001, l’alliance scellée entre les États-Unis et le Pakistan aurait dû couper le cordon entre le Pakistan et les insurgés talibans, mais certains éléments des services pakistanais n’ont pas vraiment pris le tournant.

Les autorités pakistanaises ont fermement condamné l’attentat. Mais le Pakistan reste montré du doigt pour son incapacité à empêcher les incursions de combattants sur le sol afghan. En position d’accusé, le Pakistan a l’habitude de retourner l’argument contre les Indiens, suspectés de fournir un appui aux insurgés actifs dans les provinces frontalières du Waziristan et du Balouchistan. Ce que redoute le gouvernement afghan, c’est en effet d’assister impuissant à la guerre que l’Inde et le Pakistan se livrent par procuration. Une crainte qui durera tant que l’épineuse question du Cachemire ne sera pas résolue.

Liaisons dangereuses ou saine concurrence

Depuis la chute du régime taliban en 2001, les autorités afghanes font un numéro d’équilibre entre ces deux influents voisins. L’Inde - alliée de l’ex-Union soviétique - qui a soutenu l’Alliance du Nord du commandant Massoud contre le régime obscurantiste des talibans après le retrait des troupes soviétiques, a poursuivi son aide et capté d’importants projets de développement, dont certains très sensibles aux yeux des Pakistanais. Parmi eux, la construction de la route reliant Kandahar à Spin Boldak, non loin de la frontière pakistanaise, en direction de Quetta, la capitale provinciale du Balouchistan. Autre projet d’infrastructure : la réhabilitation d’une route dans la province de Nimroz, au sud du pays.

La mort en novembre 2003 d’un ingénieur indien, tué par les talibans, a suscité une réaction des autorités indiennes, qui ont alors dépêché sur place un commando de 200 hommes de la police des frontières indo-tibétaines afin d’assurer la sécurité des employés indiens sur ce chantier. C’était la première fois que des forces de sécurité indiennes se trouvaient déployées au nord du Pakistan, se trouvant ainsi pris en étau. C’est ce genre d’évolution que redoute avant tout le Pakistan, qui a toujours souhaité maintenir son emprise sur l’Afghanistan afin de s’assurer une profondeur stratégique dans la région. Cela ne permet pas de conclure à une responsabilité pakistanaise dans l’attentat qui vient de se produire à Kaboul. On ne peut que constater une tentative de déstabilisation dans la relation afghano-indienne. 

发布时间 18/05/2017 - 更改时间 08/06/2017

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