États-Unis et Pakistan, les deux alliés se réconcilient
Le Premier ministre pakistanais Nawas Sharif, reçu au Département d'État, à Washington, le 20 octobre 2013.
Yuri Gripas / REUTERS
文章

États-Unis et Pakistan, les deux alliés se réconcilient

Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a rencontré le président Barack Obama, le 23 octobre 2013, à Washington. Une rencontre d’autant plus importante entre les deux alliés que les forces américaines doivent avoir quitté l’Afghanistan d’ici un 2014. Mais la question des drones et celle de la crise énergétique devraient être aussi abordées.
根据 Christophe Paget -

C’est la première fois depuis 2008 et l’élection de Barack Obama qu’un chef du gouvernement pakistanais se rend à Washington pour une visite officielle. Il faut dire que les deux pays ont beau être « alliés contre le terrorisme » depuis le 11 septembre 2001, les dernières années ont été difficiles -particulièrement 2011- avec l’élimination de Ben Laden au Pakistan par des Américains qui n’avaient pas mis Islamabad au courant.

Au-delà des dossiers qui doivent être abordés, l’objectif premier de cette rencontre est d’exister, et de remettre sur les rails la relation entre les deux pays. Car ni les États-Unis ni le Pakistan ne pouvaient se permettre de « bouder » plus longtemps, particulièrement au vu du dossier afghan.

 

2014 en ligne de mire

Le temps file pour les États-Unis : d’ici la fin de l’année prochaine, ses soldats devront avoir quitté l’Afghanistan. Et la majorité des hommes et du matériel doit passer par l’Est, par le Pakistan, une route plus sûre et moins onéreuse que celle du Nord. Et, explique Jean-Luc Racine, directeur de recherche au CNRS, « vu les hauts et les bas qu’ont connu les tentatives de négociations avec les talibans afghans, qui se sont faites sans toujours mettre vraiment les Pakistanais dans la boucle, Washington, par cette invitation qui a été faite à Nawaz Sharif, entend essayer aussi d’avancer sur ce front-là ».

L’idéal serait évidemment qu’Islamabad convainque les Talibans de négocier l’après-2014 avec les Afghans et les Américains. Les Pakistanais ont d’ailleurs libéré il y a peu le mollah Baradar, ancien numéro 2 des Talibans afghans, à la demande de Kaboul, qui espère le voir jouer un rôle décisif en faveur de la paix en Afghanistan.

→ (RE)LIRE : Afghanistan: un retrait matériel sous pression talibane

 

Drones

Une manière pour Nawaz Sharif de montrer sa bonne volonté aux Américains. Car lui aussi a une demande bien précise sur le dossier afghan : l’arrêt des tirs de drones américains sur les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, à la frontière avec l’Afghanistan. Des tirs qui, s’ils visent les talibans, font aussi des victimes civiles, et que de toute façon les Pakistanais considèrent comme une « violation de la souveraineté du Pakistan » qui se ferait « au détriment des efforts pakistanais de lutte contre le terrorisme ». Nawaz Sharif l’a encore rappelé, à la veille de sa rencontre avec Barack Obama.

Mais pour Mariam Abou Zaab, chercheuse à l’Inalco, il est « évident » que le président Obama ne mettra pas fin aux tirs de drones, qui ont d’ailleurs connu une recrudescence sous la présidence Obama. « Évidemment, les dirigeants pakistanais sont obligés, pour des raisons de politique intérieure, de dénoncer ces tirs de drones. Mais tout le monde sait très bien que, depuis l’époque du général Musharraf, il y a un accord au moins tacite des autorités pakistanaises qui, de toute façon, ne peuvent pas intervenir au Nord-Waziristan parce qu’on aurait encore plus d’actes de violence (dans le pays) que ce que l’on a maintenant. »

→ (RE)LIRE : Drones: Amnesty international accuse les États-Unis de crimes de guerre au Pakistan

 

La crise énergétique pakistanaise

Nawaz Sharif espère bien en revanche avancer sur le dossier économique, le Pakistan se porte mal, entre autres à cause d'une crise énergétique qui dure depuis des années. Les États-Unis viennent de débloquer une aide économique prévue depuis des années, le Premier ministre pakistanais compte aussi demander une plus grande ouverture du marché américain aux importations pakistanaises (en majorité du textile).

Mais Nawaz Sharif espère beaucoup plus : l’accès à du nucléaire civil, en signant le même type d’accord que celui qui a été signé avec l’Inde. « Évidemment, il n’en est pas question, explique Mariam Abou Zaab. Le Pakistan souhaiterait que le gazoduc qui vient d’Iran puisse fonctionner, il en a vraiment besoin pour régler son déficit en énergie. On sait que les États-Unis sont extrêmement hostiles, et ont menacé de sanction si ce gazoduc venait à être construit. »

 

Un long chemin

Le premier pas est fait : la rencontre Obama-Sharif a eu lieu. Mais on le voit, le chemin est encore long et il sera pavé de nombreuses discussions. « C’est un commencement, ça va prendre un peu plus de temps pour les deux pays à pouvoir renouveler la confiance bilatérale », analyse Omar Samad, chercheur aux États-Unis et ancien ambassadeur d’Afghanistan en France. Chacun des deux partenaires doit estimer que cette coopération lui est bénéfique. « Si les Américains pensent que c’est seulement une question d’aider le Pakistan parce qu’ils ont des problèmes économiques, et de ne recevoir aucune coopération sur le retrait de leurs troupes ou sur une solution pour l’Afghanistan, ça ne va pas aboutir à grand-chose ».

发布时间 02/05/2017 - 更改时间 03/05/2017

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias