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Marc Maillot (Antiquités du Soudan): «Les inondations menacent les sites archéologiques»

Des inondations à Khartoum au Soudan, le 8 septembre 2020.
Des inondations à Khartoum au Soudan, le 8 septembre 2020.
REUTERS/El Tayeb Siddig
Le Soudan touché par des inondations sans précédent. Le niveau du Nil a atteint un record absolu depuis plus d'un siècle, plus de 17 mètres. Le bilan humain est lourd, avec plus d’un demi-million de Soudanais affectés. Il y a également d'importantes destructions matérielles. Mais ces inondations menacent également les différents sites archéologiques du pays. Le Soudan compte notamment plusieurs centaines de pyramides qui datent de plus de 2 000 ans. Pour en parler, Marc Maillot, directeur de la section française de la direction des Antiquités du Soudan, basée à Khartoum est l’Invité Afrique de RFI. Il répond aux questions d'Alexandra Brangeon.

04'40" - Première diffusion le 13/09/2020

RFI: Le Soudan est touché par d’importantes inondations qui menacent également les sites archéologiques du pays. Quand on parle de sites archéologiques, de quoi parle-t-on ?

Marc Maillot: Les sites qui sont actuellement en danger, très concrètement, il peut y en avoir plusieurs centaines pour le moment, mais l’évaluation demandera plusieurs mois pour être établie.

Pour le site qui est directement très en danger, pour le moment, il s’agit de la capitale du royaume antique de Méroé qui est l’un des empires et des structures politiques les plus anciens jamais connus en Afrique subsaharienne. Et donc, ces inondations ont littéralement envahi une partie de ce site archéologique qui se situe à environ 200 kilomètres, au nord de la capitale actuelle du Soudan, Khartoum, qui est classé au patrimoine mondial de l’Unesco, depuis 2003.

Quel est le danger pour ces sites ?

Le danger véritable, en réalité, c’est que l’eau continue à s’infiltrer à l’intérieur du site archéologique et « détruise » plusieurs secteurs de ce site archéologique assez importants.

Pour le moment, le danger immédiat a été écarté par les mesures d’urgence que nous avons prises en coopération avec le service d’antiquité du Soudan, mais plusieurs opérations devront être menées dans les semaines, mois, qui viennent de façon à éviter un phénomène très simple qui est à double entrée. Le premier, c’est la remontée des eaux, depuis la nappe phréatique qui s’est engorgée à cause de ces inondations. Le second, c’est la création potentielle d’un nouveau bras du Nil qui sera, lui, situé beaucoup plus proche du site qu’il ne l’est actuellement, c’est-à-dire aux alentours de 500 mètres.

Vous parlez de mesures d’urgence, concrètement, qu’est-ce qui est fait ces derniers jours ?

Deux types d’action. La première, c’est construire des digues en sacs de sable sur la bordure des sites archéologiques les plus menacés, en l’occurrence, les bains royaux de la capitale antique de Méroé, pour empêcher l’eau de continuer à s’infiltrer. Et ensuite, dans un second temps, pomper l’eau pour la faire sortir du site archéologique et la rejeter vers le Nil de sorte que la digue reste efficace dans les prochains jours qui viennent.

Vous parlez de la cité royale de Méroé, ce n’est pas le seul site. Y en a-t-il beaucoup et quelle est leur importance ?

Il faut que vous imaginiez qu’il y a plusieurs centaines de sites tout le long de la vallée du Nil moyen.On parle de 1 500 kilomètres depuis Khartoum jusqu’à la frontière égyptienne qui est située au Wadi Halfa, et qui est une des plus anciennes frontières du monde d’ailleurs. Et, à ce titre, depuis la période préhistorique jusqu’aux époques contemporaines, l’ensemble du panorama historique est couvert avec des sites de très grande importance.

Méroé est évidemment celui qui attire le plus le regard parce que ses constructions sont exceptionnelles. On peut parler de la cité royale, on peut parler aussi des fameuses pyramides mais d’autres périodes chronologiques qui sont potentiellement tout aussi impactées par les inondations - comme la période préhistorique ou même la période médiévale - sont d’une importance majeure, mais malheureusement méconnues du grand public.

Donc un patrimoine vraiment précieux pour le pays.

Oui, juste pour vous donner un exemple très simple de cela, c’est le classement au patrimoine mondial de l’Unesco : les pyramides de Méroé et de la cité royale, en 2003, ou encore du site archéologique de Naga, à l’intérieur des terres, à peu près la même année.

Vous êtes le directeur de la section française de la direction des antiquités du Soudan, et vous êtes là tout au long de l’année pour appuyer les autorités soudanaises afin de conserver ce patrimoine.

Tout à fait, c’est-à-dire que nous travaillons en étroite collaboration, depuis 50 ans, avec la National Corporation for Antiquities and Museums (en anglais), c’est-à-dire les services des antiquités du Soudan, qui nous héberge et nous invite dans ses locaux, depuis un demi-siècle maintenant, ce qui nous a permis d’entretenir des liens étroits autant scientifiques qu’amicaux avec le personnel en charge du patrimoine soudanais. Preuve en est, c’est qu’on a plusieurs doctorants et docteurs des universités françaises qui sont Soudanais, qui sont ensuite venus dans leur propre pays pour ensuite diriger les institutions qui sont en charge de cet héritage.

Il y a les inondations mais ce ne sont pas les seules menaces pour ce patrimoine.

Pas du tout. Il y a deux autres problèmes, pour ne citer que ces deux-là qui sont majeurs: évidemment, les chercheurs d’or qui pillent les sites archéologiques en espérant pouvoir y trouver des objets en or, alors que c’est un fantasme, et qui s’organisent autour des galeries de mines pour essayer de faire des sondages systématiques. Le phénomène s’amplifie malheureusement. Le second, c’est l’expansion agricole massive dans la plupart des provinces soudanaises où nous avons littéralement des morceaux de sites archéologiques qui sont protégés par la loi soudanaise et qui sont dévorés, au fur et à mesure du temps, par l’avancée des champs.

发布时间 15/09/2020 - 更改时间 02/10/2020 - 按作者Alexandra Brangeon

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