Le parc éolien marin de Walney Extension au large des côtes de Blackpool, en Grande-Bretagne, le 5 septembre 2018.
Le parc éolien marin de Walney Extension au large des côtes de Blackpool, en Grande-Bretagne, le 5 septembre 2018.
REUTERS/Phil Noble/File Photo
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L’éolien marin, une énergie verte qui peine à avoir le vent en poupe

En matière d’énergies renouvelables, l’éolien marin, ou offshore, semble avoir du mal à se faire une place en France. Décriée par certaines associations environnementales, cette énergie verte pourrait pourtant devenir une source d’électricité à part entière.
根据 Anne Bernas -

Quelque 6 000 éoliennes terrestres sur le sol français et seulement une éolienne flottante, un prototype, installée au large de Nantes en 2018. Les mers de l’Hexagone sont loin de permettre aux Français de se fournir en électricité. Le pays détient la deuxième surface maritime mondiale, avec 11 millions de kilomètres carrés de zone maritime et quatre façades maritimes en métropole. Le potentiel est donc énorme, mais les multiples recours administratifs et les craintes de certaines associations environnementales freinent nombre de projets.

Mi-juin, le ministre de la Transition écologique François de Rugy, en visite à Saint-Nazaire, a lancé officiellement le projet de premier parc éolien en mer. Quelque 80 éoliennes devraient produire de l'électricité d'ici 2022 au large de Saint-Nazaire. Autre événement en date, la création du parc éolien de Saint-Brieuc, en Bretagne. Ce 24 juillet, le Conseil d’État a rejeté deux recours contre ce parc éolien qui sera situé à environ 16 km des côtes les plus proches et comportera 62 éoliennes de 216 m de haut.

Des peurs quant aux répercussions sur la faune

« C’est impardonnable. Il n’y a que des gens incompétents qui parlent sur le sujet. Les écolos qui défendent l’éolien sur les côtes françaises font de l’écologie politique », s’insurge l’association environnementale Gardez les caps pour qui les rapports faisant l’éloge de l’éolien sont émis en partenariat avec les promoteurs éoliens. Pour l’association environnementale, il est nécessaire de différencier les eaux où sont implantées les éoliennes : les mers Baltique et du Nord étant déjà très polluées (par le trafic maritime, les restes des armes chimiques des guerres 14-18 et 39-45, etc.), ayant des fonds peu poissonneux, y mettre des éoliennes ne change pas grand-chose.

Pire selon l’association, le parc de Saint-Brieuc, comme les autres projets en cours sur le territoire, va être installé sur les zones de pêches artisanales, et principalement de coquille Saint-Jacques et de la pêche au casier de homard. À cause des ondes et du bruit dans le fond marin, mais aussi des champs électromagnétiques, nulle faune ne pourra survivre. Ce sera la destruction de tout un écosystème.

Où est la vérité ?

« Des groupes de pression utilisent des pseudo-arguments écologiques pour faire capoter les projets », rétorque Antoine Carlier, chercheur à l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Depuis dix ans, le chercheur réalise une veille sur tout ce qui est connu en Europe quant aux impacts des aménagements d’éoliennes en mer. « Il y a plus de 4 000 éoliennes installées en mer du Nord, s’il y avait de graves impacts, on l’aurait vu, on aurait assez de recul. » Au Danemark par exemple, des parcs ont déjà été démantelés, ayant terminé leur cycle de vie d’environ 25 ans, et nul impact négatif sur la faune n’en est ressorti.

« Il faut d’abord faire la différence entre la phase de travaux et la phase de fonctionnement », analyse Paul Neau, gérant du bureau d’études en énergies renouvelables et environnement Abies, qui a entre autres réalisé l’étude d’impact sur l’environnement (évaluations environnementales) du projet Dieppe-Le Tréport.

En effet, les études montrent que le principal impact potentiel concerne les mammifères marins, qui sont dérangés par le bruit durant les travaux, et non les poissons, les crustacés. Et le spécialiste de l’éolien d’expliquer : durant la phase de plantation d’une éolienne qui dure moins d’un mois, des rideaux de bulles d’air sont installés autour du chantier pour atténuer la propagation des ondes sonores envers les mammifères qui quittent le chantier, mais qui y reviennent.

« Quand on pose une éolienne, poursuit Antoine Carlier, on détruit effectivement la faune qui est au fond. Mais il faut remettre cette destruction dans un contexte spatial, ce qui reste extrêmement limité à quelques mètres carrés par éolienne. » Et le chercheur d’expliquer que des expériences sont actuellement faites sur l’impact des câbles sous-marins (rapportant à terre l’électricité) sur des bébés homards. Les résultats montrent que ce dernier est nul tant sur le comportement que sur le taux de mortalité.

Mettre en œuvre un parc éolien, selon les spécialistes et scientifiques, permet aussi de créer un récif artificiel. « Certaines personnes peuvent avoir des appréhensions, c’est normal », affirme Paul Neau, mais les retours d’expérience positifs sont nombreux au niveau européen. Quand un parc est en place, note de son côté Antoine Carlier, et qu’il est fermé à la pêche aux engins trainants, il y a des preuves irréfutables que le milieu marin va mieux qu’auparavant.

En France, de toute façon, les pêcheurs ont déjà négocié de pouvoir naviguer au sein du parc. Les mâts d’éoliennes seront ainsi alignés de façon à ce que les pêcheurs puissent poursuivre leur travail et draguer entre les allées d’éoliennes.

Quant à la transformation du paysage, les interrogations sont légitimes. L’impact visuel est subjectif, il peut aussi bien être positif que négatif. En France, nombre d’associations s’opposent aux parcs éoliens pour cette raison. À Copenhague au Danemark, le parc éolien de Middelgrunden se situe à seulement 3 kilomètres de la ville d’un million d’habitants, il occupe 30% du champ visuel depuis la capitale et fait donc partie intégrante du paysage.

Des pays européens en pointe

Si la France est « en retard » dans le domaine de l’éolien marin, c’est « parce qu’il y a zéro volonté politique, et c’est la seule explication, note Paul Neau, également membre de l’association d’experts negaWatt. Les pays qui ont une volonté politique y arrivent. » Le Royaume-Uni à lui seul compte 2 000 éoliennes offshore. L’Allemagne (1 500 éoliennes) et les Pays-Bas sont également très avancés dans le domaine. En mer du Nord, les éoliennes produisent l’équivalent de 18 centrales nucléaires type EPR.

Or, en 2050, selon Paul Neau, pour satisfaire les besoins électriques des Français, il faudrait 17 000 éoliennes marines. Et le littoral français ne manque pas de place, « il faut être au nord de La Rochelle pour avoir des vitesses de vent conséquentes ». Sans parler de l’éolien flottant. Il n’en est qu’à ses débuts, mais il permet de positionner des parcs bien plus au large des côtes, voire en Méditerranée. Et puis il ne faut pas oublier qu’avec l’éolien marin, « le jour où il y a un problème, on peut enlever l’installation ». À ce titre, depuis la catastrophe de Fukushima, le Japon s’est mis à l’éolien marin…

De plus, l’éolien en mer est beaucoup moins cher que tous les autres moyens de production d’électricité (charbon, pétrole, gaz et nucléaire). Un parc d’environ cent éoliennes coût quelque 2 milliards d’euros, un kilomètre de câble un million. Ainsi, l’éolien, rien que par l’aspect coût, va inexorablement se développer.

发布时间 05/08/2019 - 更改时间 05/08/2019

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