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Journal en français facile 27/05/2018 20h00 GMT

Studio RFI
Transcription

Maxime Jaglin : 22h à Paris, 20h en temps universel, merci d’écouter RFI. Bienvenue dans cette nouvelle édition de votre Journal en français facile, pour le présenter à mes côtés ce soir Alexis Guilleux, bonsoir.

Alexis Guilleux : Bonsoir Maxime, bonsoir à tous.

MJ : À la Une ce dimanche l’élection présidentielle en Colombie. Les bureaux de vote sont toujours ouverts. Alors qui succédera à Juan Manuel Santos ? On reviendra sur les enjeux du scrutin dès le début de ce journal.

AG : L’Italie est de nouveau dans l’incertitude sur son avenir politique. Giuseppe Conte renonce finalement à devenir Premier ministre. Il avait pourtant été choisi par la nouvelle coalition « anti-système ».

MJ : On reviendra également sur cette décision surprise de Donald Trump. Le président américain a réhabilité le boxeur Jack Johnson. Champion du monde au début du siècle dernier, il avait été victime de racisme pendant la ségrégation.

AG : Et puis l’actualité en France toujours marquée par les manifestations sociales. Hier la mobilisation a été moins forte que la « marée populaire » annoncée. Ce sera d’ailleurs l’expression de la semaine d’Yvan Amar.

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AG : On prend donc la direction de la Colombie pour débuter ce journal. C’est aujourd’hui le jour J. Le jour du vote.

MJ : 36 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour le premier tour de la présidentielle. C’est la première fois que les Colombiens désignent leur président depuis la signature de l’accord de paix avec les FARC, c’était en novembre 2016... 5 candidats sont en lice, mais le favori, c’est le très conservateur Ivan Duque... Alors quels sont les principaux enjeux de cette présidentielle ? Écoutez les explications de notre envoyée spéciale en Colombie, Véronique Gaymard.

L’enjeu, c’est le choix qui s’offre aux électeurs. Pour la première fois depuis longtemps, ils ont le choix entre la droite dure d’Ivan Duque, le poulain de l’ex-président Uribe, et la gauche de Gustavo Petro, mais aussi entre plusieurs candidatures de poids : à droite, German Vargas Lleras, au centre Sergio Fajardo, et Humberto Lacalle du Parti Libéral. Le pays est très divisé, le favori, le candidat de la droite conservatrice Ivan Duque, promet de revoir les accords de paix avec la guérilla des Farc et veut rassurer le secteur privé. À gauche, l’indépendant Gustavo Petro a créé la surprise avec une remontée spectaculaire en quelques mois. Sa candidature suscite de l’espoir parmi une frange de la population lassée de la classe dirigeante conservatrice qu’elle accuse de corruption et de népotisme. À noter un sixième candidat absent de tous les débats, Jorge Antonio Trujillo, pasteur évangélique et ancien sénateur. Sur le bulletin de vote figure une case du vote blanc porté par un mouvement de citoyens, et une autre case du vote blanc traditionnel. Le président Juan Manuel Santos a assuré que ces élections seront les plus transparentes et les plus sûres que le pays ait jamais connues. Dans un message télévisé à la nation ce samedi, il a appelé les électeurs à exprimer leur suffrage librement.

AG : L’avenir politique se joue également en ce moment en Italie. Avec un coup de théâtre ce soir, une surprise : Giuseppe Conte renonce à devenir Premier ministre.

MJ : Il l’a annoncé à la sortie d’un rendez-vous avec le président de la République Sergio Matarella. Les deux hommes ne sont pas d’accord sur la composition de son gouvernement. Ce juriste, tout nouveau en politique, avait pourtant été désigné, choisi, par la ligue d’extrême droite et le mouvement 5 étoiles pour prendre la tête d’un gouvernement « anti-système ». Les chefs de file des deux partis sont donc furieux. Car tout est à refaire. Et l’Italie s’enfonce encore un peu plus dans la crise politique.

AG : Dans l’actualité également, le conflit qui fait toujours rage entre les rebelles yéménites et l’Arabie Saoudite.

MJ : Des affrontements ont de nouveau éclaté hier à la frontière entre les deux pays. Quatre personnes ont été tuées et onze autres blessées dans un raid aérien sur la capitale yéménite Sanaa. Dans le même temps, un drone des rebelles aurait été intercepté au-dessus de l’aéroport d’Abha, au sud-ouest du royaume selon le porte-parole de la coalition. La rébellion affirme même avoir mené des frappes aériennes contre cet aéroport. Une opération exceptionnelle selon Tawfik el hamyari, membre du conseil suprême des Houthis qui annonce « d’autres surprises ».

« Les avions militaires de fabrication nationale ont mené des raids contre l’aéroport saoudien d’Abha. C’est une opération militaire unique en son genre de la part de notre armée. Plusieurs frappes ont été lancées et elles ont provoqué des dégâts importants dans l’aéroport ce qui a perturbé lourdement la navigation. Il y aura d’autres surprises dans les jours à venir émanant de l’armée de l’air et de l’aviation militaire yéménite. Notre volonté et persévérance ont permis la réalisation de progrès décisifs dans la fabrication des armes et dans la maîtrise des techniques militaires ».

AG : Une attaque a également eu lieu à Talataye, dans le nord du Mali.

MJ : Cela s’est passé hier, un samedi, jour de la foire dans cette localité. Des hommes armés qui ne sont pas encore clairement identifiés ont ouvert le feu notamment sur une position du Mouvement pour le Salut de l’Azawad (le MSA). Le bilan est toujours incertain. Entre 7 et 11 combattants et civils auraient été tués dans cette attaque.

AG : Direction les États-Unis. Il avait été le premier afro-américain à devenir champion du monde des poids lourds. Jack Johnson, décédé il y a plus de 70 ans vient d’être réhabilité à titre posthume.

MJ : L’histoire a de quoi étonner, car c’est Donald Trump lui-même qui a pris cette décision. Jack Johnson avait été envoyé en prison à l’époque de la ségrégation, au seul motif qu’il avait une relation avec une femme blanche. Réhabiliter « le géant de Galveston » comme on le surnommait, c’est donc faire un geste très symbolique. À New York, Gregoire Pourtier.

Jack Johnson le boxeur était un combattant hors-pair, mais Jack Johnson l’homme avait aussi un courage hors-norme. Toute sa vie, il a dépassé les limites qu’on lui imposait. Il était interdit à un boxeur noir de se mesurer à un boxeur blanc aux États-Unis ? Il est devenu, en 1908, champion du monde... en Australie. La loi l’empêchait de vivre avec certaines femmes ? Par deux fois, il fut arrêté traversant une frontière avec une compagne blanche — dont l’une qu’il épousât. Un jury estimant qu’il avait des intentions immorales le condamne en 1913 à un an et un jour de prison ? Il fuit, poursuivant sa brillante carrière pugilistique, en France, en Espagne, en Argentine, à Cuba ou au Mexique. Puis nouveau contre-pied : en 1920, il revient purger sa peine aux États-Unis, où il a inspiré beaucoup de jeunes noirs. À l’époque, des manifestations ont suivi certaines de ses victoires. Plus tard, il fut l’une des idoles de Mohammed Ali et Miles Davis signa un album en son honneur. Depuis une dizaine d’années, l’idée de réhabiliter Jack Johnson était dans l’air, mais ni George Bush ni même Barack Obama ne lui ont accordé une grâce présidentielle posthume pour sa condamnation, désormais considérée comme raciste. Donald Trump a franchi le pas : un joli coup de communication envers la communauté noire, qui attend cependant toujours davantage de reconnaissance de la part du président.

MJ : La politique en France, on continue de commenter largement les manifestations d’hier contre le gouvernement. « La marée fera des petits ». Ce sont les mots de Jean Luc Mélenchon, en référence à « la marée humaine » qu’il appelait de ses vœux. C’est justement l’expression de la semaine d’Yvan Amar.

La grande manifestation d’hier contre la politique du gouvernement français, décidée par les mouvements d’opposition voulait créer une marée populaire. C’est l’image qu’on a entendue. Mais la démonstration de force apparemment n’a pas été aussi vigoureuse, aussi forte que les organisateurs le souhaitaient. « Ils voulaient une tempête, ils ont eu un coup de vent ! » « Une marée, pas un tsunami » a-t-on entendu. On voit bien que cette comparaison entre un grand rassemblement et une marée a donné de nombreux commentaires, parfois ironiques. Au sens propre, on sait ce que c’est qu’une marée : le mouvement de la mer qui tour à tour monte et descend. C’est particulièrement visible sur le littoral : à marée haute, l’eau recouvre bien plus de terre. Et à marée basse, elle se retire, laissant apparaître toute une bande, que de nouveau elle cachera en remontant. Marée haute, marée basse : on a donc tout un mouvement de va-et-vient. La marée basse ne nous donne pas trop d’expressions : juste peut-être la formule amusante de celui qui a bu son verre et qui aimerait qu’on lui remplisse de nouveau : « Je suis à marée basse ! ». Mais ce qu’on retient surtout, c’est que la marée monte. Et bien ça qui est à l’origine de ces autres images : une marée humaine. C’est-à-dire une foule en mouvement qui se dirige dans une certaine direction, un flot collectif : on ne distingue plus les individus, mais l’ensemble a une force irrésistible. Et on retrouve fréquemment la trace de ce déplacement de masse pour parler de certains événements politiques. Après certaines élections par exemple, on parlait de marée rose quand les socialistes s’imposaient de façon écrasante, ou parfois de marée bleue quand c’était le tour de la droite.

MJ : Merci Yvan Amar on vous retrouve demain pour « La danse des mots ». C’est la fin de ce Journal en français facile, merci à vous de l’avoir suivi. Merci Alexis !

AG : Merci Maxime, bonne soirée !

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