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AstraZeneca et le risque de thrombose, le principe de précaution détourné

Jeudi 18 mars 2021, l'Agence européenne du médicament a jugé le vaccin AstraZeneca « sûr et efficace ».
Jeudi 18 mars 2021, l'Agence européenne du médicament a jugé le vaccin AstraZeneca « sûr et efficace ».
Benoît Tessier / Reuters
La France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne ont annoncé la reprise de la vaccination avec AstraZeneca, après que l’Agence européenne du médicament a jugé ce vaccin « sûr et efficace ». Ce rapport, était très attendu, mais une certaine défiance persiste, et s’exprime sur les réseaux sociaux.

03'33" - Première diffusion le 19/03/2021

Entre inquiétudes légitimes et désinformation volontaire et amplifiée sur les réseaux sociaux, il est parfois difficile de faire la part des choses. Plus d’un an après le début de la pandémie, avec l’arrivée de nouveaux vaccins, l’observation scrupuleuse de tout ce qui pourrait constituer des effets indésirables s’impose. C’est d’autant plus nécessaire que, pour être efficace contre le virus, la couverture vaccinale doit être aussi étendue que possible.

Or, dans des pays où le vaccin n’est pas obligatoire, seul un degré de confiance élevé permet d’obtenir qu’un grand nombre de personnes se fassent vacciner. C’est, semble-t-il, ce qui a motivé la suspension temporaire de la vaccination avec AstraZeneca, par plusieurs pays d’Europe, après le signalement de rares cas de thrombose, à savoir, la formation de caillots sanguins dans les artères. Néanmoins, le « principe de précaution » mis en avant par les autorités, a été immédiatement détourné sur les réseaux sociaux. Les « antivax » se sont engouffrés dans la brèche pour combattre ce vaccin, avec de nouveaux arguments.

Le principe de précaution instrumentalisé par les antivax

Sans attendre de savoir si le vaccin était ou non responsable des cas de thrombose jugés suspects, certains se sont précipités pour estimer que c’était forcément le cas. C’est omettre le fait que dans la population ordinaire, les cas de thrombose, plus ou moins graves, sont fréquents. De multiples facteurs de risques peuvent expliquer la formation de caillots dans le sang : la pilule contraceptive - dont la prescription fait l’objet d’examens sanguins préalables -, les traitements hormonaux contre la ménopause, mais aussi la grossesse elle-même, le fait d’être immobilisé à la suite d’une opération ou tout simplement lors d’un voyage de longue durée, chez une personne à risque, une personne sujette aux varices par exemple, et toute autre personne souffrant d’une mauvaise circulation sanguine.

Comme le soulignent les professeurs Albert-Claude Benhamou, Ismaël Elalamy et Grigorios Gerotziafas, auteurs d’une tribune publiée ce mercredi 17 mars 2021 dans Le Monde, « Il apparaît bien plus fréquent d’avoir une thrombose sans vaccin que sous vaccin ». La thrombose est la première cause de mortalité dans les pays occidentaux. Il n’y a donc pas de raison a priori que les personnes vaccinées ne développent pas ce type d’affection. Surtout que les populations actuellement vaccinées sont, pour la plupart, des personnes à risque, atteintes de comorbidités.

Bras de fer entre l’UE et AstraZeneca

Il y a donc de quoi s’interroger sur les véritables motifs d’une suspension temporaire de la vaccination au moment où la France et d’autres pays d’Europe connaissent une troisième vague d’épidémie. Au regard du faible nombre de cas suspects déclarés et du rapport bénéfice-risque de ce vaccin, l’Organisation Mondiale de la Santé a recommandé de continuer les injections. La Belgique, quant à elle, a poursuivi la vaccination, sur la base d’arguments scientifiques.

Au bout du compte, plus qu’un problème lié au vaccin lui-même, c’est la pénurie de vaccin qui guette en Europe. On peut se demander si les États ayant invoqué le principe de précaution n’ont pas surréagi, et s’il n’y avait pas une dimension politique dans cette décision de suspension temporaire, alors qu’un bras de fer est engagé entre l’Union Européenne et AstraZeneca, pour non-respect des contrats de livraison.

Publicado em 24/03/2021 - Modificado em 24/03/2021 - Por Sophie Malibeaux

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