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Tourisme: un secteur clé terrassé par le coronavirus
Le président français Emmanuel Macron, ici le 16 avril 2020 à l'Élysée.
Yoan VALAT / POOL / AFP
Les ministres du Tourisme du G20 doivent échanger ce 24 avril 2020. En France, le président Emmanuel Macron s’entretient en visioconférence avec les acteurs du secteur du tourisme. Objectif : la mise en place d’un plan d’aide spécifique à l’hôtellerie, la restauration et d’une manière plus globale au tourisme et aux espaces de loisirs. Une aide spécifique, car le secteur est particulièrement affecté par les mesures de lutte contre l'épidémie de coronavirus.

04'14'' - Première diffusion le 24/04/2020

Restaurants, cafés et hôtels seront parmi les derniers à rouvrir leurs portes. La date n’est d’ailleurs toujours pas connue. Mais ce ne sera pas le 11 mai, date de début du déconfinement en France, le pays le plus visité au monde.

Or, dans les services l’effet rattrapage est moins évident que dans d’autres secteurs. Peu probable qu’on se mette à aller tous les jours au restaurant pour compenser les sorties que l’on n’a pas faites pendant deux mois. Les gros festivals sont annulés jusqu’à mi-juillet au bas mot, les voyages des touristes étrangers plus qu’incertains d'autant qu'une source à l'Élysée a jugé irréaliste une réouverture des frontières extérieures de l'espace Schengen avant l'été. En somme, c’est un vrai coup dur pour un secteur qui représente environ 7,25% du PIB français. En 2017, 168 milliards d’euros ont été dépensés par les touristes dans le pays dont plus d'un tiers par des étrangers. Le tout génère un million d’emplois directs.

Le secteur a exprimé ses vœux

Pour l’instant, pas de décision tranchée pour ce plan d’aide spécifique. Les négociations sont en cours et un comité interministériel sur le tourisme sera organisé courant mai.

Mais, l’UMIH, l’Union des métiers et industries de l’hôtellerie, a dressé une longue liste de desiderata. Le principal syndicat patronal du secteur demande notamment une exonération des charges sociales patronales allant du 15 mars jusqu’à la fin de l’année, exonération demandée également pour les taxes et impôts locaux.

L'union souhaite que le dispositif de chômage partiel soit prolongé jusqu’à mars 2021 et que l’accès au fonds de solidarité soit élargi.

Hôtels et restaurants militent aussi pour que les assurances mettent la main à la poche. Et puis, l’UMIH espère bien que le tourisme aura sa part d'un éventuel plan de relance. L’Union demande la création d’un chèque à dépenser dans les entreprises du secteur qui fonctionnerait presque comme un ticket restau, sur la base d’un euro financé par le salarié, un euro financé par l’État.

Restriction sur 96% des destinations touristiques

Et la France est loin d'être la seule affectée par le problème.

Selon l’OMT, l’organisation mondiale pour le tourisme début avril, 96% des destinations touristiques avaient mis en place des restrictions sur les voyages. L'agence de l'ONU craint que des millions d’emplois disparaissent.

Rien qu’en Europe, la première destination mondiale à l’échelle continentale, le tourisme a rapporté, l’an dernier, 407 milliards de dollars et donné du travail à 27 millions de personnes.

Or parmi les pays les plus affectés par le Coronavirus se trouvent des pays particulièrement touristiques. La France bien sûr, mais également l’Italie pour qui le tourisme représente 13% du PIB, ou encore l’Espagne, deuxième pays au monde en termes de recettes touristique devant la France.

Le Fonds monétaire international a d’ailleurs alerté sur les risques encourus par les pays du Sud de la zone euro – l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce - dont l'économie est fortement dépendante du tourisme.

En Italie, par exemple, l'organisation Confturismo avait calculé une perte de 22 milliards d'euros pour le premier trimestre et cela sera probablement le double sur les 5 premiers mois de l'année.

Sommet européen pour le tourisme

Pour faire face, Giuseppe Conte, le premier ministre, aurait promis un plan pour le tourisme au gouverneur sicilien. Plusieurs maires en tout cas appellent à l'aide. Ironie du sort, à Venise où l’affluence habituellement très importante de touristes fait débat, le maire, Luigi Brugnaro, appelle, dans la Repubblica, à des investissements pour aider une filière « à genoux ».

L’Union européenne s’en inquiète aussi. Alors, Thierry Breton, le commissaire européen au marché intérieur a proposé un sommet européen du tourisme en septembre ou octobre, un sommet qui pourrait même se tenir plus tôt, en juin par visioconférence, pour « réfléchir à l'après et construire une feuille de route vers un tourisme européen durable ».

Thierry Breton met également en garde contre le risque d’investissements étrangers agressifs. Des infrastructures affaiblies peuvent, en effet, aiguiser les appétits. Une organisation sectorielle italienne s’en inquiète également. Le procureur de Palerme craint aussi que les organisations mafieuses ne profitent de leur puissance de frappe financière pour racheter des structures en faillite.

Publicado em 25/05/2020 - Modificado em 27/05/2020 - Por Pauline Gleize

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