Áudio
Un homme marche le long de la rue Financial, dans le centre de Pékin, en Chine, alors que le pays est frappé par l'épidémie de coronavirus, le 3 février 2020.
Un homme marche le long de la rue Financial, dans le centre de Pékin, en Chine, alors que le pays est frappé par l'épidémie de coronavirus, le 3 février 2020.
Jason Lee / File Photo / REUTERS
La Chine, déjà mobilisée contre la propagation du coronavirus, l’est aussi contre les infox qui se répandent sur les réseaux sociaux encore plus vite que l’épidémie. Pékin, aidé par l’OMS, tente d’enrayer ce phénomène de désinformation qui alimente la panique et lui complique la tâche.

03'29'' - Première diffusion le 07/02/2020

D’un côté, la culture du secret et du contrôle exercé par le régime de Pékin conduit à des abus en matière de répression contre la divulgation de ce qui est présenté, parfois à tort, comme de fausses nouvelles. Le cas du docteur Li Wenliang, décédé ce vendredi 7 février 2020, en est la tragique illustration. Il a d’abord été réprimandé par la police pour avoir alerté contre le virus. Il n’est pas le seul.

De l'autre, ce virus, comme d’autres avant lui, a déclenché une avalanche d’infox sur les réseaux sociaux, propagées notamment par les adeptes du complotisme. 

Certaines théories, imprégnées de suspicions anti-chinoises et anti-communistes, venant de l’ultra droite américaine, ne visent pas seulement à critiquer la façon dont Pékin gère la crise, mais vont beaucoup plus loin, prétendant, sans preuve, que le virus se serait échappé de l’institut de virologie de Wuhan – où se trouve un laboratoire de biosécurité de niveau 4, le niveau le plus élevé –, où sont manipulés les virus les plus dangereux au monde : Sras, Ebola et autres.

« C’est irréfutable, le coronavirus est l’invention de scientifiques dans un laboratoire… », c’est ce que veut nous faire croire le site pseudo-scientifique anti-vaccin Natural news.

Autre exemple : le site Zero Hedge, brièvement suspendu par Twitter, a fait circuler sur internet les coordonnées d’un chercheur de l’institut de virologie de Wuhan, expliquant comment il a été recruté pour travailler sur la chauve-souris, animal bien connu pour renfermer une concentration de virus dangereux. Mais au lieu de présenter ce scientifique comme quelqu’un qui lutte contre la propagation de ce type de virus, il est accusé comme étant lui-même responsable de la propagation du virus et son laboratoire est incriminé, suspecté de travailler en fait à la fabrication d’armes biologiques.

Le laboratoire P4 de Wuhan faussement accusé

Des suspicions auxquelles font écho le magazine français Challenge en évoquant « la sulfureuse coopération franco-chinoise à Wuhan ». En fait, il est exact de rappeler que la coopération entre les Chinois et l’Institut Pasteur pour le développement de ce laboratoire ultra-sensible, a fait l’objet d’enquêtes minutieuses. Il s’agissait d’avoir des garanties concernant les normes de sécurité des installations et de s’assurer que Pékin n’utilise les équipements fournis à des fins offensives. Cette coopération a été lancée en 2004 du temps de Jacques Chirac, et le laboratoire a finalement été inauguré en 2017. S’agissant d’un domaine ultra-sensible, le fait que des enquêtes soient menées au préalable, était un passage obligé. Ce sont ces précautions que le récit conspirationniste fait passer pour les indices d’une « coopération sulfureuse » afin d’alimenter les soupçons.

L’argument des complotistes consiste aussi à dire : « Comme par hasard », c’est à Wuhan que se trouvent ces installations, et c’est là qu’explose le virus… En fait, il n'y a ni hasard ni coïncidence suspecte. Frédéric Keck, chercheur du CNRS, qui s’est lui-même rendu sur place pendant la construction du laboratoire, fournit des explications parfaitement rationnelles :

« La  coïncidence entre l’émergence du coronavirus de Wuhan et la présence d’un laboratoire P4 à Wuhan s’explique par le fait que c’est dans cette région de Chine qu’émerge un grand nombre de nouveaux virus et que donc la France et la Chine ont souhaité être au plus près des lieux d’émergence pour pouvoir séquencer rapidement un nouveau virus au moment où il émerge et ainsi arrêter sa propagation. À chaque fois qu’un nouveau virus émerge, il y a ces rumeurs selon lesquelles il viendrait d’un laboratoire, mais c’est très difficile de fabriquer un nouveau virus et encore plus difficile de le relâcher sans en être la première victime. C’est la nature qui fabrique des nouveaux virus, ce ne sont pas les laboratoires. Et on voit maintenant que ce nouveau virus possède des séquences génétiques communes avec des virus de chauve-souris qui étaient connus depuis longtemps ».

Autrement dit, le raisonnement complotiste inverse la cause et l’effet, les ingénieurs de Wuhan en coopération avec des scientifiques du monde entier sont bel et bien engagés dans une course pour lutter contre le virus et pas le contraire.

Le communisme en ligne de mire

Enfin, dans une tonalité plus ouvertement politique, des sites ultra-droite comme War Room 2020 de Steve Bannon, ou The National Interest avec Paul Wolfowitz titrent sur le « Tchernobyl chinois », se livrant à une attaque en règle du régime. Pour Paul Wolfowitz, « le communisme est la raison pour laquelle le coronavirus est si dangereux ». La ligne éditoriale est assez claire, il s’agit en général de saisir l’opportunité du virus pour enfoncer le régime de Pékin.

Ces thèses diffusées dans la sphère des néoconservateurs et autres ultra- nationalistes américains sont relayées à Washington par des sénateurs comme le républicain Tom Cotton. Le 30 janvier 2020, devant une commission du Sénat américain, il explique que l’on ne connaît pas l’origine du virus, qu’il ne faut pas croire les autorités chinoises, et que le patient zéro n’avait rien à voir avec le marché aux animaux sauvages de Wuhan. Et de poursuivre avec des allégations à peine voilées : « Je note que Wuhan abrite le seul laboratoire de niveau 4 qui travaille sur les éléments pathogènes les plus dangereux du monde, y compris, oui, le coronavirus ». De façon implicite, le sénateur américain laisse penser que l’origine du virus pourrait provenir de cet établissement. Sa démonstration ne s’embarrasse d’aucun début de preuve.

Publicado em 27/02/2020 - Modificado em 03/03/2020 - Por Sophie Malibeaux

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