Anthony Fauci: «Avoir un vaccin serait le dernier clou sur le cercueil du VIH»
Anthony Fauci, directeur de l'Institut national américain des allergies et maladies infectieuses
Paul Morigi/Getty Images North America/AFP
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Anthony Fauci: «Avoir un vaccin serait le dernier clou sur le cercueil du VIH»

Cinq mille chercheurs et scientifiques sont réunis à Mexico pour la dixième édition du plus grand congrès international dédié à la recherche contre le Sida pour présenter les résultats de leurs travaux. Parmi eux, le Dr Anthony Fauci, immunologiste, directeur de l’institut national américain des maladies infectieuses, et grande figure de la lutte contre la maladie. Entretien.
Por Simon Rozé -

RFI : Le dernier bilan de l’Onusida sur l’épidémie montre que l’épidémie ralentit, mais que le rythme n’est pas suffisamment soutenu pour parvenir aux objectifs que s’est fixés la communauté internationale pour vaincre le virus d’ici 2030. Dispose-t-on des outils nécessaires ?

Anthony Fauci : Nous avons deux outils principaux et si nous les utilisons correctement, nous pourrions avoir un impact majeur sur l’épidémie dans le monde, pas seulement dans les pays développés. Il y a tout d’abord l’excellente efficacité des traitements. Nous savons que si nous traitons une personne avec le VIH, nous pouvons rendre le virus indétectable dans son organisme. Non seulement cela lui sauve la vie, mais en plus, elle ne pourra pas transmettre la maladie à quelqu’un d’autre.

Du côté de la prévention, nous avons ce qui s’appelle la prophylaxie pré-exposition, la Prep. Quelqu’un qui a un risque élevé de contracter le VIH peut prendre une pilule par jour, et cela réduira de 95% le risque qu’elle soit infectée.

Théoriquement, si l’on pouvait donner à ces deux outils leur pleine mesure, si l’on traitait toutes les personnes infectées, si l’on pouvait mettre toutes les personnes à risque sous Prep, on pourrait mettre fin à l’épidémie demain. Nous avons les outils pour le faire.

La difficulté, c’est qu’on ne vit pas en théorie, et que dans le monde réel, il est très difficile de dépister et de traiter tout le monde. La seule chose qui nous manque, c’est un vaccin. Si nous en avions un aujourd’hui, même s’il n’était efficace qu’à 60%, en le combinant avec ces deux outils, nous mettrions fin à l’épidémie très rapidement.

Il y a également la question de la guérison, qui elle aussi est très compliquée. On peut mettre fin à l’épidémie sans guérir personne. La guérison signifie que vous n’avez plus du tout le virus en vous. On doit tendre vers ça, mais c’est très difficile à réaliser.

Qu’est-ce qui nous empêche de passer de la théorie à la réalité ?

La logistique ! C’est très difficile d’avoir accès aux malades : il y a de la stigmatisation, la difficulté d’accès aux systèmes de soin, dans certains pays il y a la criminalisation de l’homosexualité… C’est très compliqué d’avoir accès aux homosexuels quand c’est un crime d’être homosexuel. C’est très compliqué quand dans une société, de jeunes filles sont les proies d’hommes âgés et finissent par se prostituer. Ce sont des réalités dans certains pays. Anthropologiquement et sociologiquement, c’est très compliqué ! Aux États-Unis par exemple, 13% de la population est afro-américaine. Pourtant, 43% des nouvelles infections sont dans cette communauté et ce chiffre monte à 60% pour les homosexuels. Toutes ces personnes vivent principalement dans des régions bien définies, où règne une très grande stigmatisation liée au fait d’être gay, Noir, d’avoir le VIH. Donc quand vous devez aller dans ces communautés pour avoir accès à ces gens, la structure sociale est un grand obstacle.

En effet, le dernier rapport de l’Onusida montre que pour la première fois en 2018, ces populations clés ont représenté plus de la moitié des nouvelles infections. En Europe de l’Est, la seule région du monde où l’épidémie progresse, elles comptent pour 95 % des nouvelles contaminations. Comment la communauté scientifique peut avoir une influence sur cette situation ?

Ce ne sera pas facile. Je pense qu’il faut passer par les communautés, c’est à ce niveau-là qu’il faut agir, pas par une approche pyramidale. On doit impliquer les leaders de ces communautés, les leaders religieux… Il faut que ces voix se fassent entendre pour en finir avec la stigmatisation et la discrimination. Ce sera compliqué, mais il faut au moins essayer.

Pour revenir sur la science et les outils, tout un pan de la recherche étudie comment simplifier les traitements et la prévention, pour qu’ils soient plus facilement applicables sur le terrain. Que doit-on attendre ?

Il y a des travaux menés sur la PrEP en implant. Il diffuserait les antirétroviraux qui protègent de l’infection pendant une année complète. Si cela fonctionne, cela changera tout. L’un des gros problèmes avec la PrEP aujourd’hui, c’est qu’elle est contraignante, et que les gens y adhérent peu. Une étude a été menée avec des jeunes filles en Afrique du Sud à qui l’on a proposé la PrEP. Elles étaient 85% à la prendre dans les premiers mois, mais un an après, elles n’étaient plus que 9%. C’est terrible. Cela signifie que pour ces jeunes filles sud-africaines, une PrEP quotidienne n’est pas une solution pertinente, pour plusieurs raisons dont fait partie la stigmatisation. Si à la place, on peut avoir un implant à renouveler une ou deux fois par an, pour qu’elles n’aient pas à s’en soucier le reste du temps, ce serait une avancée majeure.

Y a-t-il un calendrier ?

Il y a plusieurs études en cours, la phase 1 vient de se terminer, il reste les phases 2 et 3. D’ici cinq ans, c’est envisageable.

Vous évoquiez le vaccin, où en est-on ?

Il y a deux étapes importantes qui ont lieu en ce moment en Afrique. La troisième va commencer au troisième trimestre de cette année. Les études ont lieu sur différentes populations, les femmes, les femmes et les hommes et enfin les homosexuels et les femmes transgenres. Les résultats vont s’échelonner de 2021 à 2023.

En quoi un vaccin ferait-il la différence ?

Nous n’avons pas besoin d’attendre le vaccin, comme je le disais, il faut qu’on généralise sur le terrain les outils dont on dispose déjà. Mais évidemment, avoir un vaccin serait merveilleux, ce serait le dernier clou sur le cercueil du VIH. Cela ne doit cependant pas nous empêcher de tout faire pour mettre fin à l’épidémie dès maintenant.

A lire aussi: [Infographie] Sida: histoire d’une épidémie

Publicado em 25/07/2019 - Modificado em 25/07/2019

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