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Une enfant dans le camp de réfugiés tutsis de Nyarushishi, le 24 juin 1994. Trois jours plus tôt et avant l'arrivée des troupes françaises, le préfet hutu dirigeant le camp avait fait tuer les hommes tutsis par sa milice.
Une enfant dans le camp de réfugiés tutsis de Nyarushishi, le 24 juin 1994. Trois jours plus tôt et avant l'arrivée des troupes françaises, le préfet hutu dirigeant le camp avait fait tuer les hommes tutsis par sa milice.
Scott Peterson/Getty
Avec Jean-Pierre Chrétien et Faustin Rutembesa. Les deux historiens, rencontrés à Paris et à Butare, la capitale intellectuelle du Rwanda, analysent les origines idéologiques du génocide. Ils décryptent la construction raciste de la discrimination entre « Hutu autochtone » et « Tutsi envahisseur ». Jean-Pierre Chrétien est l'auteur de « Racisme et génocide », aux Éditions Belin.

45’49'' - Première diffusion le 02/08/2014

Faustin Rutembesa

Vingt après le génocide des Tutsis, l’historien Faustin Rutembesa s’interroge sur la façon dont le racisme est devenu une idéologie. Il a imposé l’étude du génocide à l’université. « Des études montrent comment l’histoire a été écrite depuis les Allemands et les Belges, en passant par les élites rwandaises et les institutions d’enseignement supérieurs de l’époque. Tout ça provoque une réaction qui peut se résumer en ces termes : est-ce qu’il n’y a pas moyen de penser autrement ? ».

Les premiers missionnaires ont été les bâtisseurs de cette vision d’un Rwanda peuplé de trois races différentes. Jean-Pierre Chrétien a été le premier historien à déconstruire ce schéma. Il a montré l’idée de race dans la littérature de la fin du XIXè siècle qui a façonné la vision de la plupart des pères blancs. Les Tutsis étaient considérés comme une race supérieure avec laquelle il fallait gouverner, les Hutus étaient vus comme une race exclue, victime d’injustices, qui devait prendre sa revanche. Plus tard certains prêtres rwandais se sont engagés dans cette construction.

Jean-Pierre Chrétien

Spécialiste de la région des Grands Lacs depuis 50 ans, Jean-Pierre Chrétien avait déjà travaillé sur cette idéologie de race qui lui faisait redouter le pire. C’est pourquoi il a parlé de génocide dès avril 1994. Par exemple, le terme hamitique - lignée venue de l’Orient - a été utilisé pour désigner les Tutsis qui « n’étaient pas des Nègres en tant que tels, mais sûrement le fruit d’une invasion venue de l’Éthiopie». Les Tutsis, à l’époque coloniale, ont été privilégiés pour accéder à l’enseignement et devenir les auxiliaires des Européens pour encadrer le pays, certains les surnommant les Européens noirs ou les Juifs de l’Afrique. Les Hutus étaient, eux, réduits à travailler la terre. La consultation des archives révèle l’association : Tutsi est égal à pouvoir et richesse, Hutu est égal à pauvreté et ignorance. Le drame de ce pays est que cette pensée n’a pas été remplacée par la suite.

Publicado em 24/02/2016 - Modificado em 27/04/2019 - Por Valérie Nivelon

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