Le président hongrois Laszlo Solyom sur le pont Maria-Valeria, entre Komarom, Hongrie et Komarno, Slovaquie, le 21 août 2009.
Le président hongrois Laszlo Solyom sur le pont Maria-Valeria, entre Komarom, Hongrie et Komarno, Slovaquie, le 21 août 2009.
STR / AFP
Artigo

Plus de 40 ans après le Printemps de Prague, les tensions subsistent

La République tchèque et la Slovaquie commémorent le 20 août 2009, le 41e anniversaire de l’écrasement du Printemps de Prague. Ce 21 août 1968, près de 300 000 soldats du Pacte de Varsovie envahissaient la Tchécoslovaquie pour reprendre le contrôle de la république socialiste. Quarante et un ans plus tard, le président hongrois, Laszlo Solyom, a justement choisi cette date pour organiser une visite privée dans le sud de la Slovaquie. Une décision qui vient réalimenter les tensions avec les hauts dirigeants slovaques.
Por Mireille Langlois -

« Laszlo Solyom n’est pas le bienvenu en Slovaquie » : le président Ivan Gasparovic, le Premier ministre Robert Fico et le chef du Parlement Pavol Paska ont signé conjointement une déclaration pour manifester leur indignation. Le président hongrois doit assister à Komarno, dans le sud du pays, à l’inauguration d’une statue de Saint-Étienne, premier roi apostolique de Hongrie et saint patron de ce pays. Laszlo Solyom semble peu se soucier de l’anniversaire de l’invasion, effectuée avec la participation des soldats hongrois. Cette attitude a choqué les dirigeants slovaques. « Contrairement aux principes de convenance internationaux, il n’a pas manifesté d’intérêt pour rencontrer un représentant officiel slovaque, durant son séjour en Slovaquie », précisent-ils. Rien pour améliorer les tensions, déjà présentes, entre les deux pays, à cause de la présence d’une forte minorité hongroise en Slovaquie.

L’écrasement du « socialisme à visage humain »

Pour les autorités slovaques, la visite du président hongrois est une preuve d’insensibilité en cette journée de souvenir. Chaque année, Slovaques et Tchèques commémorent l’écrasement du « socialisme à visage humain​ ». En 1968, la Tchécoslovaquie est en pleine crise économique. Alexandre Dubcek, arrivé au pouvoir en janvier, incarne un souffle de liberté pour le peuple. Il abolit la censure, autorise les voyages à l’étranger et fait même arrêter le chef de la police. Le pays est en pleine libéralisation, ce qui ne plaît pas au Kremlin. L’URSS voit en effet d’un mauvais œil la politique de Dubcek. Mais il poursuit ses réformes, obéissant aux volontés de la population.

Décidé à « ramener le pays sur le droit chemin », le Kremlin veut reprendre le contrôle du pays. Dans la nuit du 21 août 1968, une trentaine de divisions soviétiques envahissent Prague. Les troupes bulgares, hongroises, polonaises et est-allemandes arrivent en renfort. Les manifestants tentent de dialoguer avec les troupes du Pacte de Varsovie, dont la Tchécoslovaquie fait aussi partie. L’intervention de l’Union soviétique apparaît comme une trahison pour le peuple, qui demandait des réformes internes, non pas de quitter le bloc socialiste.

Prague replongée dans le silence

En vingt-quatre heures, tout est fini. Alexandre Dubcek est arrêté et la ville compte une centaine de morts. Sous la pression soviétique, Dubcek finit par céder et signe le protocole de Moscou, document qui scelle l’allégeance de la Tchécoslovaquie au Kremlin. La répression s’abat alors sur le pays. C’est le début de la « normalisation », ce que les Russes appellent le « retour à la normale ». Alexandre Dubcek est démis de ses fonctions et remplacé par Gustav Husak, membre du parti communiste tchécoslovaque, bénéficiant du soutien de Moscou.

Un an après l’invasion soviétique, plusieurs manifestants tentent de soulever le pays, mais en vain. En janvier 1969, l’étudiant Jean Palach s’immole par le feu, en signe de désespoir. D’autres suivent son geste. Le peuple tchécoslovaque devra attendre encore vingt ans avant le retour de la démocratie.

Publicado em 03/04/2018 - Modificado em 01/06/2018

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