Norodom Sihanouk lors d'une cérémonie bouddhique, le 12 décembre 2002 à Phnom Penh.
Norodom Sihanouk lors d'une cérémonie bouddhique, le 12 décembre 2002 à Phnom Penh.
AFP PHOTO/Chhoy PISEI
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Mort de l'ancien roi du Cambodge Norodom Sihanouk

Norodom Sihanouk est décédé lundi 15 octobre 2012 à Pékin à l'âge de 89 ans. La nouvelle a été délivrée par l'agence Chine-Nouvelle, qui n'a pas donné plus de précision. L'ancien souverain venait régulièrement en Chine pour y recevoir des soins. Dans un communiqué, Pékin déplore le décès d'un « grand ami ». Sihanouk, dont le règne avait été l'un des plus longs d'Asie, est considéré comme l'un des pères fondateurs de la Francophonie et du Mouvement des non-alignés.
Por RFI -

C'est un monument de l'histoire du XXe siècle qui vient de s'éteindre. « Sihanouk est le Cambodge », considère tout bonnement son biographe officiel Julio Jeldres. Cinéaste, journaliste, compositeur, poète, demi-dieu pour les siens, Norodom Sihanouk était en fait et surtout un animal politique, le souverain qui aura perdu et retrouvé son trône à deux reprises. Un personnage déroutant et ambigu.

Pour l'Agence France-Presse, « pendant plus de 50 ans, le petit homme au caractère souvent déconcertant et à la voix haut perchée, grand amateur de champagne et de foie gras, (...) s'est déployé inlassablement sur la scène diplomatique internationale en dépit d'une carrière à éclipses ».

Né le 31 octobre 1922 à Phnom-Penh, il n'a pas 20 ans lorsque la France coloniale, en 1941, le choisit pour succéder à son grand-père. Il obtient sa couronne de roi avec l'aval du gouverneur général d'Indochine, l'amiral Jean Decoux.

Dans les années 1950, après la brève incursion japonaise dans les affaires indochinoises puis le retour des Français, le jeune monarque goûte à la gestion politique à proprement parler, en véritable chef de gouvernement. Il se lance alors dans la première œuvre de sa vie : la « croisade royale pour l’Indépendance », qui porte enfin ses fruits en 1953, sans violence.

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Norodom Sihanouk et sa femme Jacqueline reçus à l'Elysée par Charles et Yvonne De Gaulle le 24 juin 1964, lors d'une visite officielle. | AFP

Libérateur de son peuple, Norodom Sihanouk consacre alors le reste de sa vie à la politique. En 1955, il cède sa couronne à son père mais garde le pouvoir, et peaufine sa stratégie de neutralité entre les deux blocs. Il est en première ligne entre 1955 et 1956, au côté de l'Egyptien Nasser, du Yougoslave Tito, de l'Indonésien Soekarno et de l'Indien Nehru, pour lancer le Mouvement des pays non-alignés. Il dirige son pays sans opposition jusqu'en 1969, sur la base d'un vaste rassemblement royaliste et socialiste.

Les années 1960 constituent une période d'alliances plus affirmées. Le monarque se rapproche d'abord du bloc de l'URSS, puis de la Chine à la fin de la décennie. Le général de Gaulle est reçu à Phnom-Penh en 1966. C'est également au début des années 1960, au côté des colonies africaines fraîchement libérées (la Tunisie de Habib Bourguiba, le Niger de Hamani Diori et le Sénégal de Léopold Sédar Senghor) que le Cambodgien milite pour que la communauté linguistique francophone, auquel il attache une grande importance, se dote d'institutions intergouvernementales durables.

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 Norodom Sihanouk raconte le Cambodge au temps des Khmers rouges: « j'ai fait tout mon possible pour adoucir ce régime » Au micro de Jacques Chancel, en 1979. Archive INA.

La suite de l'histoire de Norodom Sihanouk est digne d'un roman, tandis que le pays s'enfonce dans l'instabilité. Le roi perd son trône en 1970, s'installe en Chine, récupère le titre de chef d'État en 1975 au côté des Khmers rouges (dans une alliance improbable avec Pol Pot), avant de démissionner un an plus tard, d'être placé en résidence surveillée par ses alliés, puis de fuir en Corée du Nord à leur chute.

Dix ans plus tard, après plusieurs années d'activisme international, il revient au pays en héros, fort d'avoir obtenu la signature des accords de paix de Paris en 1991. Il reprend sa place en 1993. Et en 2004, Norodom Sihanouk abdique une dernière fois, en faveur de son fils Sihamoni, invoquant son âge et des raisons de santé.

Pendant les onze dernières années de son règne, il aura vu grandir, impuissant, l'influence du Premier ministre Hun Sen et de son fils Norodom Ranariddh, président de l'Assemblée nationale. Après son retrait, il continuera de donner de ses nouvelles et publie ses observations sur la vie publique par internet. Parfois avec humour, comme le pointe notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde. Ainsi Norodom Sihanouk déclarait, en 2005 sur internet, « se porter de mieux en mieux », tout en présentant « ses plus humbles excuses à toutes les personnes qui souhaitent sa mort ». Ses proches faisaient alors l'objet de vives attaques de la part du Premier ministre Hun Sen. 

En 2009, après six mariages, une nombreuse progéniture (dont une partie décimée par les Khmers rouges) Norodom Sihanouk écrit : « cette trop longue longévité me pèse comme un poids insupportable ».

 

En savoir plus :

Les 9 vies de Norodom Sihanouk, documentaire de Gilles Cayatte, 2008.

Publicado em 09/02/2016 - Modificado em 01/02/2019

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