Cérémonie de remise de la Médaille d'or du Congrès à des représentants tribaux des « code talkers », le 20 novembre 2013 à Washington.
Cérémonie de remise de la Médaille d'or du Congrès à des représentants tribaux des « code talkers », le 20 novembre 2013 à Washington.
Brendan Smialowski/AFP
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Débarquement du 6 juin: les Amérindiens « Code Talkers » à l’honneur

Lors du débarquement du 6 juin 1944 et durant les combats qui ont suivi, de nombreux Amérindiens se sont battus au sein des troupes américaines. Parmi eux, les « Code Talkers » comanches, chargés du cryptage des transmissions radios, dont le rôle va être célébré en France à l’occasion des 70 ans du débarquement.
Por Olivier Bories -

Ce lundi 9 juin, une cérémonie en hommage aux « Code Talkers » comanches, et plus généralement à tous les Amérindiens ayant participé aux combats en Europe, est organisée dans le cadre des commémorations des 70 ans de la bataille de Normandie. Moins connus que les Navajos sur le front du Pacifique, de nombreux Amérindiens ont pourtant joué un rôle dans la libération de l’Europe.

L’histoire des « Code Talkers »

Pour pouvoir communiquer sans être compris par l’ennemi, le cryptage des communications radios est essentiel. Mais il est souvent long, et n’est pas infaillible. Durant la Seconde Guerre mondiale, le corps des Marines américains emploie à cette tâche des Amérindiens. Les langues indiennes étant quasiment inconnues en dehors des tribus, il leur est possible de communiquer secrètement. Le codage utilisé est assez basique, raccourcissant les délais de communication : à un mot en langue indienne, correspond la première lettre de sa traduction en anglais. Pour certains termes militaires ou très souvent utilisés, mais n’existant pas en langue indienne, un mot spécifique est déterminé. Allemagne est par exemple traduit par « casque de fer » en langue navajo.

Les « Code Talkers » sont apparus pour la première fois durant la Première Guerre mondiale, en octobre 1918, dans un unique régiment. Il s’agit d’une simple expérimentation : « il n’y a pas de tentative de systématisation », déclare Thomas Grillot, chargé de recherches au CNRS, et auteur d’Après la Grande Guerre, Comment les Amérindiens des Etats-Unis sont devenus des patriotes. Le projet refait surface en 1942, sous l’impulsion de Philip Johnston, fils d’un missionnaire ayant vécu avec les Indiens navajos et parlant lui-même leur langue. Environ 400 Navajos servent ainsi dans les communications radios des Marines américains, principalement sur le front Pacifique. En Europe, ce sont notamment des Comanches qui servent de « Code Talkers », en nombre moins important.

Les « Code Talkers » et l’armée américaine

« Il y a des troupes indiennes depuis la période dite coloniale. Mais servir dans l’armée américaine c’est encore autre chose », analyse Thomas Grillot. Des troupes d’éclaireurs indiens sont testées à la fin du XIXème siècle, mais il s’agit d’un échec. « Il y a un changement à partir de la Première Guerre mondiale, où les Amérindiens sont intégrés dans des régiments blancs, dans toutes les armes possibles. » Le même phénomène a lieu lors de la Seconde Guerre mondiale, où 25 000 Amérindiens prennent part aux combats. A la différence des Afro-Américains, ils ne servent pas dans des régiments spécifiques. « L’attitude du gouvernement américain à l’égard des langues indiennes est assez complexe, et évolue avec le temps, décrit Thomas Grillot. Les missionnaires doivent parler la langue pour prendre contact, l’apprendre pour traduire la Bible, jusqu’au début du XXe siècle. » Des pratiques de répression des langues indiennes ont ensuite cours, les Indiens étant regroupés dans des pensionnats sans tenir compte de leur appartenance tribale, pour les forcer à parler anglais. « Mais dans les années 30, le New Deal Indien met l’accent sur le fait que les Indiens doivent parler leur propre langue, qu’ils ne pourront intégrer la société que s’ils développent leur propre culture, avec une éducation bilingue », continue M.Grillot. L’utilisation des « Code Talkers » s’inscrit donc dans cette optique de l’armée américaine d’assimiler les Amérindiens.

Une reconnaissance tardive

Le projet a été maintenu secret jusqu’en 1968, retardant la reconnaissance du rôle des « Code Talkers », explique Thomas Grillot. « Des livres sont sortis dans les années 70, puis il y a eu une première reconnaissance par Reagan ». D’autres hommages leur ont été rendus plus tard, dont celui du 20 novembre 2013 où l’ensemble des tribus s’étant battues a reçu la récompense suprême, la Médaille d’or du Congrès. Avant cette date, d’autres tribus, dont les Navajos, avaient déjà reçu cette récompense. Les « Code Talkers » Navajos sont en effet bien plus connus que les autres tribus. Comment expliquer ce décalage avec d’autres « Code Talkers », comme les Comanches de Normandie ? « Il s’agit d’expériences individuelles, distingue Thomas Grillot. Les Navajos avaient une formation spécifique. » Plus nombreux, plus organisés, les Navajos sont donc une exception, ce qui fait leur séduction. Portés à l’écran dans le film Windtalkers, ils possèdent « une attractivité y compris pour un Chinois de Hong-Kong comme John Woo [le réalisateur du film Windtalkers] ». Ce 9 juin, ce sont tous les combattants amérindiens qui verront leur rôle dans la libération de l’Europe célébré.

Publicado em 15/09/2015 - Modificado em 15/11/2018

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