Lidia Maksymowicz, prisonnière à 3 ans retenue dans ce baraquement durant 15 mois et cobaye humain du docteur Mengele.
Lidia Maksymowicz, prisonnière à 3 ans retenue dans ce baraquement durant 15 mois et cobaye humain du docteur Mengele.
© Maya Szymanowska
Artigo

Comment vivre après la Shoah ? La parole aux survivants

Le 27 janvier 1945, l'armée soviétique libérait le camp d'extermination d'Auschwitz, devenu depuis le symbole de la Shoah et de la barbarie nazie. Les Juifs de Pologne, la communauté juive la plus importante d'Europe avant la guerre, ont été les premières cibles : 3 millions d'entre eux ont trouvé la mort dans un des camps d'extermination. Les rares survivants de cette époque ont tenté tant bien que mal à reconstruire leurs vies. Ils demeurent un élément essentiel du travail de mémoire qui a commencé en Pologne avec la chute du communisme.
Por Maya Szymanowska -

Le jour tombe sur la place Grzybowski à Varsovie, ancien cœur du quartier habité principalement par les Juifs qui représentaient le tiers de la population de la ville avant la Seconde Guerre mondiale. Une place autour de laquelle se côtoient le passé et le présent.

Janek Karpinski, 85 ans, mais le pas toujours alerte, vient ici tous les mois. Dans l'une des salles du théâtre juif se réunissent Dzieci Holokaustu, des Enfants de l'Holocauste, une association qui rassemble les gens comme lui - ceux qui ont survécu à la Shoah (en anglais) ... Créée il y a 23 ans, l'association compte aujourd'hui 600 membres âgés de 69 à 87 ans. « Cela nous donne le sentiment d'appartenir à une communauté. Cela nous aide de nous réunir ensemble. Nous partageons des expériences de vie similaire », lance Janek assis à une table avec deux de ses amis.

Ce jour-là, la salle du théâtre juif de Varsovie est pleine. Un spectacle, des embrassades, des conversations qui fusent dans tous les sens : on fête Hanouka et Noël ensemble, car beaucoup de ces Enfants de l'Holocauste ont été recueillis durant la guerre par des familles polonaises. Les rires se font entendre. Difficile à croire que dans cette salle se croisent autant de destins marqués du sceau de la Shoah.

Devoir de mémoire 

L’association organise des activités communes, propose une aide psychologique, mais elle fait plus, comme l'explique Joanna Sobolewska, la présidente de de Dzieci Holokaustu : « Nous voulons transmettre nos expériences et notre savoir sur l'Holocauste. Nous venons aussi en aide à nos Justes. D’ailleurs vous pouvez voir, ils sont là ». Ces Justes parmi les Nations (en anglais) sauvaient des Juifs au péril de leur vie. 6 500 Polonais ont reçu cette distinction de l'État d'Israël discernée par le Mémorial de Yed Vashem. C'est grâce à eux que beaucoup d'Enfants de l'Holocauste présents dans cette salle sont encore en vie et peuvent témoigner.

Et pour Michael Schrudrich, le grand rabbin de Pologne qui est venu les saluer, ce rôle de témoin est crucial : « Ils sont nos derniers témoins. Il est de notre devoir de trouver comment retenir ce qu'ils ont à nous dire, tant qu'ils sont avec nous. » La transmission est la mission centrale de l’association. Elle publie au fur et à mesure les récits de ses membres. Chaque mois, un des Enfants de l'Holocauste se rend au nouveau Musée de l'histoire des Juifs polonais pour témoigner devant les jeunes. Cette fois, c'est au tour de Janek Karpinski. Le survivant rencontre ce jour-là une classe de troisième. « J'ai toujours espoir de réussir à faire comprendre à ces jeunes ce que c'est que la haine, une haine destructrice envers les autres, une haine incompréhensible dirigée contre les personnes d'une autre confession ou parlent une autre langue... Une folie. »

Ironie de l'histoire

Janek Karpinski raconte aux lycéens qui l'écoutent en silence comment il a survécu, par miracle, au ghetto de Lvov, de Cracovie et enfin à celui de Varsovie. À chaque fois, grâce à des héros anonymes (car aider un Juif était puni de mort par les nazis en Pologne) et en essayant de cacher son identité juive. « Après la guerre, j'ai continué à me cacher. Je suis resté longtemps dans mon placard imaginaire. Je n'en suis sorti vraiment qu'en 1949, quand j'ai changé de nom et abandonné mon patronyme juif. » Janek choisit le nom de Karpinski, plus polonais, le nom qu'on lui avait attribué durant la guerre. Mais il garde toujours un album de famille qu'il ne montre d'abord à personne. « Voici les quelques photos sauvées des flammes. Mes trois frères, mes parents... tous morts. »

Cruelle ironie de l'histoire, Janek sera de nouveau persécuté à cause de ses origines dans les années 1960. « En 1969, j'ai quitté la Pologne à cause de la vague d'antisémitisme qui s'est abattue sur le pays. On me demandait de me justifier et d'expliquer pourquoi ma maman et mon papa s'appelaient comme ils s'appelaient et étaient ceux qu'ils étaient... une terrible impression de déjà vu ! »

Janek revient en Pologne après la chute du communisme, quand le pays commence à se mesurer aux cartes sombres de son histoire. Il s'installe à côté de Varsovie, se remarie. Malgré son terrible passé, pour lui la vie continue.

 

Publicado em 14/11/2019 - Modificado em 11/02/2020

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