Hong Kong.
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Cinq questions pour comprendre Hong Kong

Ancienne colonie britannique, Hong Kong fut rétrocédée à la Chine 1er juillet 1997. Devenue l’un des premiers centres financiers du monde, assise en première place des villes les plus chères de la planète… l’histoire récente de cette « région spéciale autonome », dont le nom signifie littéralement « port parfumé », explique pourquoi elle cherche aujourd’hui à prendre ses distances avec la mère patrie chinoise, sans pour autant pouvoir vraiment s’en détacher.
Por Fabien Leboucq -

Pourquoi le 1er juillet est un jour particulier à Hong Kong ?

Hong Kong est une ancienne colonie britannique située au sud de la Chine continentale. Occupée par le Royaume-Uni à partir du milieu du XIXe siècle, elle sert de comptoir maritime et de point d’entrée vers l’intérieur des terres, via la rivière des Perles, qui mène à Canton.

L’île de Hong Kong et son vis-à-vis continental, Kowloon, sont d’abord cédés à perpétuité aux Britanniques. Mais les « Nouveaux territoires », ensemble plus vaste de terres (continentales et insulaires) périphériques, dépendent d'un bail temporaire et plus tardif entre la Couronne et la Chine.

En 1997 ce bail se termine prend fin, les Nouveaux territoires doivent revenir sous le giron de Pékin. Du fait de la complémentarité entre les Nouveaux Territoires, Kowloon et Hong Kong, décision est prise de « rétrocéder » l’entièreté de la colonie à la Chine. Cette rétrocession est effective le 1er juillet 1997. Toutefois, l'anglais est toujours une langue officielle à Hong Kong (au même titre que le chinois).

EM Image: Carte Hong Kong 20e anniversaire rétrocession

En rose l'île de Hong Kong et Kowloon (partie continentale). En vert les Nouveaux Territoires. Réunis, ils forment ce que l'on appelle aujourd'hui Hong Kong. | Wikicommons/Henry Li

Est-ce que Hong Kong est une ville chinoise ?

Depuis 1997, le statut de Hong Kong est celui de « Région administrative spéciale » (« Special administrative Region » ou « SAR »). Hong Kong est donc sous souveraineté chinoise depuis 20 ans : elle n’a pas d’indépendance sur les questions de défense et de diplomatie.

Cependant, ses 7 millions d’habitants jouissent de systèmes politique, législatif, juridique, économique et financier propres, différents de ceux des Chinois. Les Hongkongais conduisent à gauche, les Chinois à droite ; ils utilisent le dollar hongkongais (indexé sur le dollar américain) et pas le yuan ; ils disposent d’une assemblée pour partie élue au suffrage universel…

L’accord de rétrocession signé en 1984 entre le Royaume-Uni de Margareth Thatcher et la Chine de Deng Xiaoping, et qui entre en application en 1997, est construit sur la base de la théorie « un pays, deux systèmes ». Au moment de la signature, l’idée est de rassurer les Hongkongais : leur ville ne sera pas transformée en régime communiste à marche forcée.

L’accord sino-britannique couvre une période de 50 ans. Après 2047 rien ne dit ce qu’il adviendra de Hong Kong. L’idée de Deng Xiaoping était qu’à la moitié du XXIe siècle, il n'y aurait plus de différences entre la Chine et Hong Kong, qui cesserait de fait d'être une région « spéciale »

Est-ce que Hong Kong est une démocratie ?

Sur le papier, oui. Selon la loi fondamentale qui sert de Constitution à Hong Kong, le chef de l’exécutif devra être élu au suffrage universel. Mais aucune date précise n’a été fixée pour la mise en place d'un scrutin de ce type, et elle est sans cesse reportée. Ainsi Carrie Lam, la nouvelle leader hongkongaise, qui entre en fonction le 1er juillet 2017, a été élue par un conseil électoral. Ce conseil est composé de 1200 représentants des « circonscriptions socio-professionnelles », et est largement acquis à Pékin.

De même, le conseil législatif, le LegCo, sorte d’Assemblée nationale, est composé de 70 députés. Mais seuls 40 d’entre eux sont élus au suffrage universel – les autres sont choisis via un processus très favorable aux pro-Chinois.

« Même si les pro-démocratie obtiennent 60% des voix à chaque élection législative, ils ne pourront pas avoir la majorité au Parlement, explique l’enseignant-chercheur de Sciences-Po et sinologue Jean-Philippe Béja. Ils sont condamnés à l'opposition ce qui encourage d'une certaine manière le radicalisme de cette opposition. »

Il existe une certaine liberté d'expression de la presse à Hong Kong... Mais comme les pro-démocratie ne peuvent pas prendre le pouvoir dans les urnes, ils descendent dans la rue. C’est ce qui explique les immenses manifestations de 2003, contre une réforme légale voulue par la Chine ; de 2012, contre la volonté de Pékin d’imposer une sorte d’éducation patriotique aux Hongkongais ; de 2014 (mouvement des parapluies) contre l’idée des autorités chinoises de présélectionner les candidats au poste de chef de l’exécutif ; ou plus récemment suite à la disparition de libraires et d'éditeurs pro-démocratie.

EM Image: Hong Kong_Les manifestants pro-démocrates se rassemblent le 28 oct 2014, avec leur parapluie au quartier financier, à Hong Kong, pour l'anniversaire d'un mois du mouvement

Les manifestants pro-démocratie se rassemblent le 28 octobre 2014 à Hong Kong, pour célébrer un mois de mouvement. Les parapluies étaient originellement utilisés pour se protéger contre les gaz lacrymogènes. | REUTERS/Damir Sagolj

Est-ce que Hong Kong veut son indépendance ?

En plus de 140 ans d’occupation britannique, il n’y avait jamais eu de réelles revendications indépendantistes à Hong Kong. Mais après 20 ans de présence chinoise, les premiers mouvements en faveur de l’autodétermination, voire de l’indépendance, ont fait leur apparition, notamment depuis la révolte des parapluies de 2014.

La sourde oreille pékinoise face aux aspirations démocratiques des Hongkongais, et la tendance croissante des autorités chinoises à s’ingérer dans la vie politique de la région autonome ont suscité l’indignation d’une part croissante de la société civile, et surtout parmi les jeunes.

Des figures des mouvements étudiants comme Nathan Law ou Joshua Wong – le premier est maintenant député – incarnent cette nouvelle contestation de la mainmise de Pékin. Ces personnalités demandent l’organisation d’un référendum sur la situation de Hong Kong.

Si certains membres du LegCo se sont toujours dressés en faveur de la préservation de la démocratie hongkongaise, dorénavant des candidats à la députation n’hésitent plus à réclamer l’indépendance (comme les localistes de Youngspiration). Cependant, autonomistes et indépendantistes ne sont pas majoritaires, même chez les plus jeunes, et encore moins parmi les personnes plus âgées.

Pourquoi est-ce que Hong Kong est la ville la plus chère du monde ?

Selon le dernier rapport « The Global Financial Centres », Hong Kong est la quatrième place financière mondiale, la deuxième en Asie après Singapour, même si elle a longtemps occupé le sommet du podium. La Région administrative spéciale est aussi considérée comme le « pays » le plus libéral du monde.

De fait, Hong Kong attire les multinationales et les investisseurs occidentaux… Mais aussi chinois. Après la rétrocession la ville devait servir, grâce à sa législation très favorable au commerce international et à la finance, de tête de pont pour les entreprises chinoises qui souhaitaient mettre un pied dans la mondialisation. Aujourd’hui, la Chine s’est libéralisée, mais Hong Kong aurait toujours une fonction de coffre-fort pour les milliardaires chinois, qui y sont de plus en plus nombreux.

« Les grandes familles chinoises ont besoin d'un endroit sûr pour mettre de l'argent à l'abri. Elles peuvent aller en Suisse, aux Etats-Unis… Mais à Hong Kong on parle chinois, c'est juste à côté, c'est plus simple. Et l'argent y est véritablement à l'abri parce qu'il y a un système judiciaire indépendant. On ne va pas vous prendre votre argent dès qu'il y a une campagne contre la corruption, explique Jean-Philippe Béja. Les entreprises chinoises aussi préfèrent être sur la bourse de Hong Kong. Elles disposent de beaucoup plus de garanties qu’à Shenzhen ou à Shanghai, où le gouvernement peut décider du jour au lendemain que les actions doivent baisser ou monter. »

La présence de cet argent chinois, couplé à la densité de peuplement qui est l’une des plus élevées au monde dans certains quartiers, explique que les prix de l’immobilier à Hong Kong soient les plus hauts de la planète. Pour acheter un logement au prix médian, il faut l’équivalent de 18 années de travail complètes au revenu médian. Près de 50% des Hongkongais vivent en HLM, et récemment des capsules de 2m², louées plus de 300 euros par mois, ont fait leur apparition pour pallier la crise de logement.

EM Image: Infographie Hong Kong 20e anniversaire rétrocession

Hong Kong en chiffres, en 2017. Fabien Leboucq / RFI

Publicado em 26/09/2019 - Modificado em 30/09/2019

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