Kaing Guek Eav, alias Duch, l'un des principaux cadres du régime ultra-maoïste des Khmers rouges, lors d'une audience au tribunal spécial pour le Cambodge, le 20 mars 2012.
Kaing Guek Eav, alias Duch, l'un des principaux cadres du régime ultra-maoïste des Khmers rouges, lors d'une audience au tribunal spécial pour le Cambodge, le 20 mars 2012.
AFP / ECCC / NHET
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Cambodge : mort de Duch, le tortionnaire khmer rouge

L'ancien tortionnaire Duch, chef de la prison de Phnom Penh sous le régime cambodgien des Khmers rouges, où quelque 15 000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées, est décédé mercredi 2 septembre 2020 à l'âge de 77 ans.
Por RFI -

Né en 1942, Kaing Guek Eav, alias Duch, « est mort à l'hôpital », a déclaré Neth Pheaktra, porte-parole du tribunal cambodgien parrainé par l'ONU pour juger des crimes du régime ultra-maoïste.

« Il souffrait d'une maladie pulmonaire depuis plusieurs années », a précisé à l'AFP une source sous couvert d'anonymat. L'ex-chef de Tuol Sleng ou S21, la prison centrale de la capitale entre 1975 et 1979, a été le premier Khmer rouge condamné par un tribunal pour crimes de guerre. En 2010, en première instance, une peine de 30 ans de prison avait été prononcée à son encontre. Puis, deux ans plus tard, en appel, il avait été condamné à la perpétuité.

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Après des années passées à se cacher, l'ex-professeur de mathématiques avait été retrouvé en 1999 par un photographe irlandais alors qu'il travaillait pour une organisation non gouvernementale chrétienne.

De 1975 à 1979, sous la direction de Pol Pot, le groupe communiste qui avait pris le pouvoir entamait la transformation du Cambodge en société autarcique agraire sans classe. Au nom de leur utopie, 1,7 million de personnes sont mortes exécutées, torturées ou affamées, rappelle notre correspondante à Phnom Penh, Juliette Buchez.

À Phnom Penh, la capitale vidée de ses habitants, Duch est placé à la tête du centre pénitentiaire S21 où sont incarcérées les personnes suspectées d’être des traîtres du régime. Dans ces murs, rien ne se fait sans l’accord de Duch. Dans ces murs, les gardes reçoivent pour instructions de briser les prisonniers, d’extraire des aveux, pour beaucoup factices, sous la torture. Près de 14 000 personnes sont ainsi mortes sur place ou exécutées à proximité des charniers de la mort en périphérie de la capitale. Seuls 7 hommes et 4 enfants ont survécu au centre S21.

« Indifférence à la souffrance »

Devant ses juges, lors du premier procès, il avait longuement expliqué la signification des tombereaux de documents découverts dans la prison à la chute du régime, et le processus au cours duquel les suppliciés étaient ensuite emmenés sur un site d'exécution à quelques kilomètres de là.

« Méticuleux, consciencieux, attentif à être bien considéré par ses supérieurs », selon les psychiatres, le tortionnaire avait tenu une administration rigoureuse des activités de la prison. « Je suis responsable émotionnellement et légalement », avait-il reconnu.

Converti au christianisme dans les années 1990, il a demandé pardon aux rares survivants et familles des victimes, acceptant d'être condamné à « la peine la plus stricte ». Mais l'accusé avait ensuite abandonné cette stratégie d'aveux et de coopération avec la justice, congédié son avocat français et réclamé sa libération en se qualifiant de simple secrétaire du régime.

L'accusation a décrit son « enthousiasme et sa méticulosité dans chacune de ses tâches », mais aussi sa « fierté » de diriger le centre de torture et « son indifférence à la souffrance » d'autrui.

L'ethnologue français François Bizot, trois mois captif de Duch en 1971 dans la jungle, a, lui, évoqué la « sincérité fondamentale d'un homme [...] prêt à donner sa vie pour la Révolution, et qui accomplissait la mission qui lui avait été attribuée ». Finalement, Duch n'a eu « aucun regret », estime Youk Chang, chef du Centre de documentation du Cambodge, un organisme de recherche qui a fourni de nombreuses preuves au tribunal. « J'espère que son décès apportera un peu de réconfort aux vivants et que les morts pourront enfin reposer en paix. »

(Avec AFP)

Publicado em 02/09/2020 - Modificado em 02/09/2020

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