Photo d'un véhicule de génie militaire américain arrivé aux manœuvres de l'OTAN en Crimée bloqué dans le port de Feodosiya, le 31 mai 2006.
Photo d'un véhicule de génie militaire américain arrivé aux manœuvres de l'OTAN en Crimée bloqué dans le port de Feodosiya, le 31 mai 2006.
STR / AFP
Artigo

OTAN, connais pas!

La session de printemps de l’assemblée parlementaire de l’OTAN se déroule à Paris en présence de plusieurs dirigeants de la « nouvelle Europe », candidats à l’entrée dans une alliance transatlantique qui est de plus en plus « sans frontières », et qui en France demeure méconnue ou redoutée.
Por Philippe Leymarie -

Une session qui a pour cadre un Palais des Congrès des plus conventionnels, et tristounets, mais dans une ambiance de Babel européenne : plus de 300 parlementaires. Ceux des 26 pays membres qui sont aussi ceux de l’Union européenne, additionnés des Américains, Canadiens et Turcs, mais aussi des 13 pays associés, dont l’Ukraine, la Russie même ; et de délégations méditerranéennes - d’Algérie, du Maroc, de Jordanie, ou d’Israël...

Au menu, justement, l’élargissement à nouveau de l’OTAN : c’est la troisième vague. Voilà que se profilent l’Ukraine, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, ce qui attise le sentiment d’encerclement que ressentent les Russes en raison de tous ces « passages à l’ouest » des anciennes « démocraties populaires » ou républiques soviétiques - parfois accompagnés d’implantations militaires américaines.

L’actuel président de cette assemblée, le français Pierre Lellouche, dénonce la « frilosité » d’une partie de la vieille Europe à l’égard de ces nouveaux candidats à l’Alliance transatlantique. Raison pour laquelle cet adepte des signaux forts a invité cette fois le chef de l’opposition de Biélorussie, « dernière dictature européenne », dit-il ; et le président de Georgie, Michaël Saakachvili.

Autres sujets « chauds » : la nucléarisation de l’Iran, qui « tétanise » le Moyen-Orient et une partie de l’Europe, ou l’implication de l’OTAN en Afghanistan - où l’élargissement de la zone de sécurité, sous les auspices de l’OTAN, se heurte à la résistance des ex-Talibans... Et, en toile de fond, la vieille question des relations entre l’organisation transatlantique et la France.

Un pays où, dans la rue, c’est « OTAN, connais pas ! ... On en est sortis ! » Et où, comme s’en plaint le même Pierre Lellouche, le qualificatif « d’atlantiste » passe presque pour une insulte, quarante ans tout juste après que le général de Gaulle, au nom de l’indépendance nationale, ait décidé de se retirer du dispositif militaire de l’Alliance.

On n’en est plus là : dans l’OTAN de l’après 2001, la France est devenue - avec la Grande-Bretagne - le premier contributeur en troupes de l’organisation : 2 500 soldats au sein de la KFOR au Kosovo ; 700 et bientôt plus, au sein de la FIAS en Afghanistan... Des officiers généraux français ont récemment commandé ces forces. Les militaires français sont également en pointe dans la mise sur pied de la NRF, la Force de réaction rapide de l’OTAN, qui sera déclarée pleinement opérationnelle en octobre 2006 : un quartier général multinational a été mis sur pied à Lille. De plus en plus, les armées françaises se placent en « inter-opérabilité » avec les « alliés ». Du coup, la France est aussi devenue le quatrième financier de l’organisation, derrière les États-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

Pour autant, sur le plan politique, regrettent les atlantistes français, Paris n’en tire aucun bénéfice, ou se complaît dans une « guéguerre » d’apparence théologique sur le périmètre ou les frontières d’une organisation qui - pour le parrain américain, adepte d’une OTAN globale - ne devrait plus en avoir !

Une OTAN « sans frontières », se mêlant de la sécurité de toute la planète... jusqu’en Asie et en Afrique. Une OTAN qui abandonnerait sa vocation militaire, pour ferrailler contre un terrorisme tous azimuts, dans le cadre de coalitions à géométrie variable, voire même en se passant de tout consensus, comme dans le cas irakien ! Voilà qui ne passe toujours pas très bien chez les amis français...

Publicado em 26/03/2019 - Modificado em 25/04/2019

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias