Des Albanais du Kosovo célèbrent le second anniversaire de l'Indépendance du Kosovo, le 17 février 2010.
Des Albanais du Kosovo célèbrent le second anniversaire de l'Indépendance du Kosovo, le 17 février 2010.
Hazir Reka / Reuters
Artigo

L'indépendance très compliquée du Kosovo

Il y a deux ans, le Kosovo proclamait son indépendance malgré les protestations de la Serbie qui le considère toujours comme sa province. Si soixante-cinq États ont reconnu le Kosovo indépendant, ce dernier n’est pas encore en mesure de subvenir à ses besoins sans une importante aide internationale.
Por Piotr Moszynski -

Le bilan des deux années d’indépendance du Kosovo reste mitigé, aussi bien sur le plan économique que politique. Certes, sous la houlette de la communauté internationale, et en particulier de l’Union européenne et de sa mission Eulex (European Union Rule of Law, État de droit de l'Union européenne en français), la construction d’un État démocratique a bien commencé (1). Pour preuve, les dernières élections municipales de décembre 2009 ont vu les habitants de la plupart des enclaves serbes rompre enfin le boycottage des scrutins organisés par le nouvel État.

Loin du compte

Toutefois, la reconnaissance internationale de cet État connaît toujours quelques difficultés. Le Kosovo aspire à devenir membre de l’ONU, mais cette ambition se heurte à un blocage politique de la part de deux membres du Conseil de sécurité : la Chine, et surtout la Russie, puissante alliée traditionnelle de la Serbie. Et même si ce blocage n’existait pas, la reconnaissance par l’ONU exige celle de la majorité de ses membres, c’est-à-dire au moins quatre-vingt-dix-sept sur cent quatre-vingt-douze. Or le Kosovo est encore loin du compte. Au 17 février 2010, il a été reconnu par soixante-cinq États. Une dizaine d’autres seraient prêts à le faire.

Au sein de l’Union européenne, la grande majorité des pays membres – vingt-deux sur vingt-sept – ont reconnu le Kosovo, mais cinq le refusent catégoriquement. Les raisons de ce refus sont diverses, mais touchent principalement aux problèmes particuliers de séparatismes locaux.

Les Espagnols craignent de donner un prétexte à l’ouverture d’un débat sur la souveraineté du Pays basque et de la Catalogne. Les Chypriotes s’opposent à l’indépendance du Kosovo, car ils sont confrontés au séparatisme de Chypre de Nord. La Slovaquie est prudente sur le Kosovo pour ne pas raviver le débat interne sur sa minorité hongroise (10% de la population totale). La Roumanie, qui compte, elle, une minorité hongroise représentant 7% de la population, déclare l’indépendance du Kosovo « illégale ». Le dernier opposant à la reconnaissance du Kosovo – la Grèce – joue surtout la solidarité orthodoxe avec la Serbie.

Viabilité politique et économique

La viabilité politique du Kosovo ne suscitant, malgré tout, pas de craintes sérieuses – le soutien de principales puissances occidentales lui étant assuré – il en va autrement de sa viabilité économique. En effet, il s’agit d’un des pays les plus pauvres d’Europe et les deux années d’indépendance n’y ont rien changé. Le Kosovo dépend toujours largement de l’aide étrangère, qui représente 15 % de son produit intérieur brut. Ses exportations ne couvrent que 10 % des importations. Évidemment, les finances publiques en souffrent beaucoup. Le revenu annuel par habitant est de 1 760 euros, alors que la moyenne en Europe atteint 24 000 euros.

La population kosovare est jeune. Près de 65% des habitants ont moins de trente ans. Mais, au lieu d’être un atout, cela constitue presque un handicap. Le marché du travail est tellement saturé qu’il a toutes les difficultés du monde à accueillir les 30 000 jeunes qui y arrivent chaque année. Ceux qui se trouvent ainsi arrêtés dans leur élan cherchent surtout à rejoindre l’Europe de l’Ouest, en payant les passeurs entre deux et trois mille euros.

Malheureusement, un regain d’intérêt des investisseurs pour le Kosovo n’est sans doute pas pour demain. La forte criminalité qui y règne et la tension qui persiste entre les Albanais et les Serbes ne sont certainement pas propices au climat souhaité par les hommes d’affaires occidentaux. Le vice-premier ministre kosovar Hajredin Kuci a beau assurer que son pays n'aura pas besoin des donateurs étrangers au-delà des trois ou cinq prochaines années, ses prévisions paraissent très optimistes.

Cap important à franchir

Et sur le plan politique, il y aura aussi un cap important à franchir dans les prochains mois. En effet, la Cour internationale de justice (CIJ) doit se prononcer sur la plainte de la Serbie contre la proclamation de l’indépendance par les autorités albanaises kosovares (2). Le rejet du recours serbe pourrait considérablement augmenter le nombre de pays prêts à reconnaître formellement le Kosovo. En revanche, une victoire serbe devant la CIJ les ferait hésiter encore plus, sans toutefois apporter de changements substantiels dans la situation de fait sur le terrain.

Car, si l’on s’en tient à la lettre, la loi internationale est du côté de la Serbie. Cependant, les répressions et la violence subies dans le passé par les Albanais du Kosovo de la part du régime serbe ont ôté à ce dernier toute autorité morale sur cette population. Or celle-ci constitue 90% de la population totale de ce territoire. C’est pourquoi, sur place, la loi internationale risque de ne pas être perçue comme une base suffisante pour prendre les décisions sur l’avenir du Kosovo.

 

(1) Mise à jour 13/02/2018. La mission Eulex Kosovo a été créée en février 2008 dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’UE pour « aider les institutions du Kosovo, les autorités judiciaires et les forces de l'ordre à développer un système judiciaire efficace fondé sur la primauté du droit ». Cependant la réputation de cet organisme a été entachée suite à des scandales de corruption en 2014 et 2017. Lire à ce sujet Kosovo : le scandale Eulex.

(2) Mise à jour 13/02/2018. Dans l’avis consultatif qu’elle a rendu le 22 juillet 2010 la Cour a conclu que « la déclaration d’indépendance du Kosovo adoptée le 17 février 2008 n’a pas violé le droit international ».

Publicado em 13/02/2018 - Modificado em 16/03/2018

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