Un policier anti-émeute frappe un manifestant anti fasciste, lors de la marche organisée le 19 septembre, après l’assassinat de Pavlos Fyssas.
Un policier anti-émeute frappe un manifestant anti fasciste, lors de la marche organisée le 19 septembre, après l’assassinat de Pavlos Fyssas.
REUTERS/Yannis Behrakis
Artigo

La Grèce face à ses démons néonazis

En Grèce, les mobilisations antifascistes continuent après l'assassinat de Pavlos Fyssas, chanteur de hip-hop proche de l'extrême-gauche, par un membre du parti néonazi Aube dorée. Le 25 septembre 2013, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Athènes. Le point culminant était attendu en soirée avec un grand défilé. L’affaire a provoqué un électrochoc dans la société grecque, qui pousse le gouvernement à affronter le problème des relations étroites entre les néonazis et une partie de l’appareil sécuritaire.
Por Amélie Poinssot -

En Grèce, si la rue continue de se mobiliser, les autorités également. Le gouvernement a été très prompt à condamner le meurtre, la semaine dernière. Mais, surtout, les autorités policières et judiciaires ont été sommées d'agir pour mettre un coup d'arrêt aux actions criminelles d'Aube dorée. 

Le meurtrier présumé de Pavlos Fyssas a été mis sous les verrous immédiatement, puis 32 dossiers concernant des agressions commises par des néonazis ont été transmis à la Cour suprême. Enfin, un grand ménage a commencé au sein de la police. Plusieurs têtes sont tombées, lundi 23 septembre, et la police des polices a été saisie pour faire la lumière sur les liens entre les forces de l’ordre et le parti néonazi.

C'est le signe qu'un changement est en train de s'amorcer. En Grèce, il était de notoriété publique que la police était infiltrée par les gens d'Aube dorée. La moitié des policiers d'Athènes avait voté pour ce parti aux dernières élections, et certains commissariats couvraient les agissements des milices néonazies. C'est ce qu'ont révélé des témoignages publiés dans la presse ces derniers jours.

La fin d’un statu quo 

Si l’on ne sait pas encore si ce changement de politique marque la fin de l’impunité, c'est en tout cas la fin d'une chape de plomb. La fin d'une tolérance aveugle sur les dérapages policiers. Une tolérance qui était partagée par tous les gouvernements depuis la fin de la dictature des Colonels en 1974, car des cadres de l'époque sont restés pendant toutes ces années dans les arcanes des pouvoirs policier et militaire. C'est ce que les analystes ici appellent l' « État profond », le parakratos.

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Une situation qui peut expliquer plusieurs phénomènes, notamment la collusion, souvent observée dans les manifestations, entre des provocateurs en civil et des policiers, mais aussi les violences fréquentes dans les commissariats à l'égard des milieux gauchistes et anarchistes. Et, ces deux dernières années surtout, le non-traitement des plaintes des victimes des agressions xénophobes.

Tout cela a été dénoncé à maintes reprises par des ONG comme Amnesty International, Human Rights Watch, la ligue hellénique des droits de l’Homme, mais aussi par le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés et même, le Conseil de l'Europe. On assiste donc certainement à la fin d'un statu quo.

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Une réponse jugée insuffisante par les militants antifascistes

Un signe qui ne trompe pas : la manière dont les médias grecs réagissent. Auparavant confinée dans les médias d'opposition, la dénonciation de ces pratiques fait tout à coup la Une des journaux télévisés. Cette fois-ci, le gouvernement est vraiment mis à l'épreuve.

Mais pour les milieux antifascistes, ces réponses ne sont pas encore satisfaisantes. Ce que ces militants dénoncent surtout, c'est le fait qu'il a fallu une victime grecque pour que les autorités réagissent. Or il y avait déjà eu un mort, l'hiver dernier : un Pakistanais, tué par un partisan d'Aube dorée en pleine nuit dans une rue d'Athènes. Il y a également eu des centaines de blessés.

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Le « Réseau d'enregistrement des violences racistes », qui regroupe diverses associations d'aide aux immigrés, avait totalisé plus de 150 agressions en 2012. Un recensement que le réseau juge de plus sous-estimé, puisqu'une majorité d'immigrés n'osent pas porter plainte. Les 32 affaires qui vont être maintenant examinées font donc bien pâle figure face à la réalité.

Ce mercredi, c'est donc à nouveau la colère qui va s'exprimer dans la rue. Il y a un risque de nouveaux affrontements, comme la semaine dernière, où les manifestants se sont retrouvés pris entre des lancers de projectiles et des gaz lacrymogènes.

Mais ces jours-ci, les troupes d'Aube dorée font profil bas. L’organisation néonazie n'a jamais été autant en difficulté. La police, de son côté, n'a pas intérêt à se laisser aller à des dérapages.

EM Image: Grèce-Nikolaos Mihaloliakos - Parti neo nazi - Chryssi Avghi (Aube Dorée)

Nikolaos Mihaloliakos (d.), leader du parti néonazi Aube dorée, le 23 avril 2012. | Reuters

Publicado em 08/01/2021 - Modificado em 08/01/2021

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