Manmohan Singh, le Premier ministre indien, et Barack Obama, le président des États-Unis, à New Delhi le 8 novembre 2010.
Manmohan Singh, le Premier ministre indien, et Barack Obama, le président des États-Unis, à New Delhi le 8 novembre 2010.
Jason Reed / REUTERS
Artigo

Inde/États-Unis: accélération stratégique

« Notre relation n’est pas ordinaire (...) Nous sommes les deux plus grandes démocraties du monde » : la visite du président américain s’achève sur des déclarations qui donnent la mesure du chemin accompli par la diplomatie américaine à l’égard de l’Inde au cours de ces dernières années. Les relations bilatérales entre les deux géants ont pris un nouveau rythme. Barack Obama a non seulement réaffirmé la volonté américaine de renforcer les bases du partenariat stratégique entamé par ses prédécesseurs, mais il a également annoncé le soutien de Washington à l’ambition de New Delhi d’entrer dans le cercle fermé des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.
Por Georges Abou -

Depuis les premiers pas effectués par le président William (Bill) Clinton, dans les années 90, on pressentait une évolution de la diplomatie régionale des États-Unis. Cette évolution avait pris une dimension particulière lors de la visite en Inde du président George W. Bush au cours de l’été 2008. Le déblocage est survenu précisément avec la définition d’un nouveau cadre d’accords nucléaires civils conclus lors de cette visite, en dépit de l’obstination indienne à ne rien lâcher sur sa stratégie nucléaire militaire, et notamment à ne pas souscrire aux dispositions du traité de non-prolifération. Cet épisode avait marqué la fin de la mise en quarantaine de l’Inde, longtemps écartée du bénéfice d’une coopération normalisée en raison de sa politique farouchement non-alignée et de sa détermination à développer et entretenir une dissuasion nucléaire opérationnelle sur l’un des théâtres régionaux parmi les plus explosifs de la planète.

Sous l’effet du pragmatisme, les relations internationales ont considérablement évolué depuis cette période. Aucun pays ne peut plus se prévaloir sérieusement d’un monopole quelconque, que ce soit dans le domaine militaire ou économique. Les principes se sont assouplis et les États-Unis, appauvris, reconsidèrent leurs alliances en fonction des gisements potentiels d’emplois pour le peuple américain et des modifications de l’atlas géostratégique.

Les deux plus grandes démocraties du monde

Le séjour du président américain en Inde aura donc été marqué par des assauts d’amabilité qui mettent les deux capitales en situation de « partenaires stratégiques ». Sur tous les sujets abordés, Barack Obama a conclu à une responsabilité partagée des « deux plus grandes démocraties du monde », « partenaires égaux » pour « promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité (...) pour le monde entier ». Et pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur la loyauté de Washington à promouvoir son ami, le président américain a déclaré lundi 8 novembre 2010 son soutien à New Delhi pour l’installer comme membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, dans la perspective de la réforme attendue de l’organisation internationale.

Nombre d’analystes envisagent cette attitude américaine et le partenariat stratégique que Washington veut établir avec New Delhi comme une volonté américaine de contrer l’influence grandissante de la Chine sur la scène internationale. C’est vraisemblable. D’un point de vue conjoncturel, l’Amérique a besoin d’alliés dont le poids diplomatique et la forte croissance laissent envisager des collaborations fructueuses, autant en termes d’alliances politiques que de besoins d’équipement qu’elle pourrait satisfaire. Mais d’un point de vue structurel, ces assauts de Washington à l’égard de l’Inde traduisent également l’affaiblissement de l’empire américain contraint désormais de renoncer à ses monopoles pour partager le gâteau de la puissance avec une nation émergente dont il attend le soutien dans les forums internationaux.

Incontournable Cachemire

C’est un jeu de haute voltige diplomatique auquel se livre l’Amérique. Jusqu’à présent l’allié stratégique régional de Washington était (et demeure) le Pakistan, l’ennemi historique de l’Inde. Depuis la partition de l’empire britannique en 1947, les deux pays sont en état de belligérance. Le conflit est cristallisé autour du territoire du Cachemire revendiqué par les deux États. Or, depuis les attentats contre New York, le 11 septembre 2001, Washington est profondément impliqué dans les conflits régionaux en Asie du Sud. Les soldats américains se battent en Afghanistan où l’Inde soutient l’administration du président Hamid Karzaï. Les services secrets pakistanais sont soupçonnés de soutenir l’insurrection et il est indiscutable que le territoire pakistanais constitue un sanctuaire pour les combattants talibans.

Voilà donc Washington doté de deux alliés stratégiques dont la particularité est d’être en guerre. Jusqu’ici, dans son rapprochement avec l’Inde, Barack Obama a réussi à ménager la susceptibilité des Pakistanais qui constatent toutefois une convergence de vue de plus en plus évidente - et par conséquent menaçante - entre leur ami et leur ennemi. Lors de sa visite, il a réussi à ne pas parler du Cachemire, tout en l’évoquant, mais de manière positive : « Je crois que le Pakistan et l'Inde ont un intérêt à réduire les tensions entre eux, (...) Mais les États-Unis ne peuvent imposer une solution sur ces problèmes », a déclaré diplomatiquement M. Obama qui, sans doute, devra bientôt se rendre à Islamabad pour expliquer aux dirigeants pakistanais que leur relation stratégique est intacte.

Publicado em 10/04/2017 - Modificado em 23/05/2019

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