Des soldats français montent la garde devant le poste frontalier entre la Serbie et le Kosovo à Jarinje.
Des soldats français montent la garde devant le poste frontalier entre la Serbie et le Kosovo à Jarinje.
Dimitar Dilkoff / AFP
Artigo

Explosion de violence dans le nord du Kosovo

Le nord du Kosovo a vécu le 19 février 2008 sa première journée de violence depuis la proclamation d’indépendance. Les deux postes-frontières entre le Kosovo et la Serbie centrale ont été détruits par une foule en colère. Les fortes explosions qui secouent la ville de Mitrovica depuis quelques jours ont été revendiquées par une nouvelle organisation, « Mlada Bosna ». Quelque 120 000 Serbes vivent toujours au Kosovo, principalement entre Mitrovica et la frontière serbe au nord, les autres isolés dans des enclaves plus au sud, au milieu de deux millions d'albanophones musulmans.
Por RFI -

De notre envoyé spécial à Mitrovica, Jean-Arnault Dérens.

En fin de matinée mardi, plusieurs milliers de Serbes se sont massés aux abords des deux postes de Jarinje et de Brnjak, qui marquent la frontière entre le Kosovo et la Serbie centrale. Les bâtiments des douanes, gérés par la Mission intérimaire des Nations Unies (MINUK) ont été entièrement détruits et incendiés. À Brnjak, certains policiers albanais des Nations Unies n’ont dû leur salut qu’à leur fuite en direction de la Serbie, où ils ont été protégés par les policiers serbes.

Une manifestation pacifique a par ailleurs eu lieu à Mitrovica à 12H44 - une manière symbolique d’évoquer la résolution 1244 du Conseil de sécurité - dont les Serbes réclament le respect. Les affrontements ont éclaté près des postes-frontières, quand des policiers du Kosovo ont voulu hisser le nouveau drapeau du pays, ce qui ne pouvait être perçu que comme une provocation par les Serbes, pour qui ces frontières n’existent pas, puisque le Kosovo fait toujours partie de la Serbie...

La situation a vite échappé à tout contrôle. Alors que l’on comptait beaucoup de femmes parmi les manifestants, souvent arrivés en autobus, de solides gaillards, parfois masqués, mais sans armes visibles, se trouvaient au premier rang et ont bousculé les policiers des Nations Unies et du service de police du Kosovo (KPS). Des groupes de manifestants sont restés présents jusqu’en milieu de journée dans toutes les bourgades du secteur nord, où régnait une ambiance extrêmement tendue. L’hostilité envers les étrangers se ressentait particulièrement à l’égard des Français, au lendemain de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par la France, une trahison aux yeux des Serbes. Un des plus célèbres cafés de Mitrovica Nord, le « Petit Paris » a d’ailleurs changé de nom mardi, et s’appelle maintenant le « Moscou ».

En détruisant les postes-frontières, les Serbes ont parfaitement réussi leur démonstration, en forçant les forces internationales à reprendre le contrôle de ces frontières, pourtant théoriquement assuré par les services de police et de douane du Kosovo. En réaction, la KFOR et la MINUK auraient pris un ordre de fermeture des frontières, mais la circulation avait repris le soir au poste de Brnjak, abandonné par les troupes internationales.

D’autres manifestations sont prévues

Au poste de Jarinje, une importante colonne de véhicules est également venue de Serbie. Dans un premier temps, elle a été bloquée par les policiers des Nations Unies et d’importants cordons de la KFOR, qui avaient déployé des véhicules blindés sur toutes les routes du secteur nord. Néanmoins, vers 14 heures, la colonne est parvenue à descendre jusqu’à Mitrovica.

Alors que des explosions secouent chaque nuit la ville divisée, les personnels des missions civiles internationales avaient reçu des consignes d’évacuation dans la journée. Ces explosions ont été revendiquées par une organisation jusqu’à présent inconnue : Mlada Bosna, « Jeune Bosnie ». Il s’agit du nom de l’organisation secrète serbe de Bosnie du début du XXe siècle, dont l’action la plus fameuse avait été le meurtre de l’archiduc Ferdinand d’Autriche à Sarajevo, le 28 juin 1914, événement considéré comme le point de départ de la Première Guerre mondiale.

D’autres manifestations sont prévues le 20 février 2008, avant un grand rassemblement le 21 à Belgrade, auquel les Serbes du Kosovo devraient massivement se rendre.

La montée des tensions dans le secteur nord risque de ne pas s’arrêter, rendant extrêmement aléatoire le déploiement de la future mission européenne EULEX dans la zone. En réalité, il semble bien que les missions internationales soient en train de perdre le contrôle du nord serbe du Kosovo, qui est entré dans une logique de sécession.

Dans le même temps, des incidents ont éclaté dans des enclaves serbes du sud du Kosovo : une alerte à la bombe a eu lieu dans une école du village de Laplje Selo, une vieille femme a été battue dans un village proche de Gnjilane, et les maisons serbes de la commune de Klina ont été frappées par des jets de pierre. Si la situation dégénère dans la zone nord, les enclaves du sud se trouveront dans une situation particulièrement périlleuse.

 

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Publicado em 19/02/2018 - Modificado em 16/03/2018

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