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Des brises-glaces à propulsion nucléaire traversent les eaux glacées de la mer de Kara, en bordure de l'océan Arctique, le 2 mars 2019.
Des brises-glaces à propulsion nucléaire traversent les eaux glacées de la mer de Kara, en bordure de l'océan Arctique, le 2 mars 2019.
Alexander Ryumin / TASS via Getty Images
Alors que les dirigeants de la planète sont mis en accusation sur le dérèglement climatique, c’est un rapport très attendu que rendent les experts du Giec, réunis à Monaco du 20 au 23 septembre 2019. Ils vont dire où en sont nos océans et ce qu'on appelle la cryosphère, la surface de la Terre où l'eau est présente à l'état solide. Il s’agit en priorité des zones maritimes glacées, à commencer par les régions Arctique, riches en ressources naturelles et où le réchauffement général fait les affaires de certains.

4'01" - Première diffusion le 25/09/2019

Les Russes, les Chinois, les Américains, les Canadiens et les Européens : tous ces riverains de l’Arctique, ces immensités qui entourent le pôle Nord, y ont des intérêts de plus en plus grands, car le climat y est de moins en moins hostile. Au sud-ouest du Groenland par exemple, en mer de Béring, en mer de Barents, même à l'intérieur du cercle polaire, il n'y a parfois plus de glace en hiver. Les navires commerciaux ou militaires peuvent donc circuler plus facilement.

Mais il y a des nuances. Dans d'autres régions type mer d'Okhotsk, au nord du Japon, la glace est encore plus présente qu'avant. Mikaa Mered, spécialiste de la géopolitique des zones polaires et auteur de l’ouvrage Les mondes polaires (éditions PUF) explique aussi que parfois au cœur de l'océan Arctique, il y a moins de banquise l'été, mais pas forcément moins de risques. Les icebergs dérivants peuvent compliquer le trafic maritime. Et c'est là qu'intervient la technologie. Des investissements très lourds pour repérer les dangers, algorithmes à l'appui, facilitent comme la fonte des glaces le passage des bateaux.

Effet boule de neige

Et c’est vrai que les grandes puissances mettent de plus en plus d’argent pour conquérir l’Arctique. La Russie en premier, détaille Mikaa Mered, mais progressivement rattrapée par la Chine, elle aussi captivée par ce que certains appellent déjà la route de la soie polaire. Pourquoi Moscou et Pékin prennent-ils de l’avance ? Parce que ce sont des financements étatiques, via des fonds souverains ou des sociétés contrôlées par le pouvoir.

Certes, Gazprom, CNPC et les autres vont puiser le pétrole et le gaz. Mais il y a aussi une énorme dimension stratégique. La Russie notamment se considère comme le pont entre l’Europe et l’Asie, et ne peut laisser à personne d’autre le contrôle de la route du grand Nord. Les Américains, les Canadiens, les Scandinaves agissent davantage dans une logique de rentabilité. Le gouvernement américain déploie moins d’efforts en Alaska que ne le fait la Russie dans les mers froides.

Ces dernières semaines, de Saint-Pétersbourg à Vladivostok, de forum économique et forum économique, les annonces se sont multipliées. Avec un effet boule de neige, les investissements appelant les investissements. Projets gigantesques pour extraire et transporter par bateau le gaz naturel de la Sibérie vers l’Asie. En coopération avec la Chine et avec le Français Total, 21 milliards de dollars pour le projet Arctic LNG 2. De nouveaux brise-glace vont être construits capables de naviguer 12 mois sur 12. C'est désormais possible.

Tchernobyl sur glace

Il faut d’ailleurs de l'énergie pour faire fonctionner toutes ces infrastructures, dans des zones très isolées. En la matière, la Russie a du pétrole, mais aussi des idées. Pour alimenter en électricité les plateformes et autres installations, elle vient de développer une première centrale nucléaire flottante, en réalité un ancien navire de l’Union soviétique chargé en combustible et qui envoie son énergie grâce à des câbles reliés à la terre ferme. L'Academik Lomonossov, c'est son nom, est d'ailleurs qualifié par Greenpeace de « Tchernobyl sur glace ». Mais il n'y a pas que le nucléaire, on développe aussi la géothermie, l'hydroélectricité, ou encore l'éolien dans ces régions que l’on imagine effectivement battues par les vents.

Ressources mal connues

D’où la question : où et quand va s'arrêter cette course à l'Arctique ? Forcément impossible de le dire. Les ressources véritables sont mal connues. Mais on sait que l'on y trouve maintenant du schiste, du sable bitumineux, des terres rares, minerais de nickel, de cobalt. On assiste à un important développement de la pêche, de l'aquaculture par la Russie et la Norvège. Et même du tourisme au nord de la Laponie, au Groenland. Tout cela, d'une certaine manière, grâce au réchauffement climatique.

À lire : Le Rapport spécial du GIEC sur l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique (en anglais).

Publicado em 06/12/2019 - Modificado em 06/12/2019 - Por Bruno Faure

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