La Libye au bord de la guerre civile
Le chef des forces spéciales libyennes, Wanis Bukhamada (c), annonce à la télévision le soutien de ses hommes au général Haftar.
REUTERS/Esam Omran Al-Fetori
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2014 : La Libye au bord de la guerre civile

L'offensive lancée par le général Haftar et son groupe armé contre les groupes radicaux de l'est du pays prend la tournure d'une véritable guerre civile. À Tripoli et à Benghazi, les diplomates commencent à évacuer les lieux tandis que la base aérienne de Tobrouk - l'une des plus importantes du pays - s'est ralliée au général Haftar.
Por RFI -

Il ne s'agit pas d'un coup d'Etat. Nous n'avons pas l'ambition de nous emparer du pouvoir. Nous laissons la politique aux politiciens. »

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Mohamed el Hijazi par France24 

« La Libye est une poudrière et le général Haftar tient l'allumette entre ses doigts ». Voilà comment certains spécialistes résument la situation en Libye, pays au bord d'un embrasement généralisé. L'opération Dignité lancée, vendredi, par les hommes d'Haftar est en soi le symptôme du malaise libyen. Voilà un général à la retraite qui dirige un groupe armé capable de bombarder, à l'aide d'hélicoptères de combats et de chasseurs Mig, ses adversaires de Benghazi. Le tout, au nez et à la barbe de la très faible armée nationale.

Depuis dimanche 18 mai2014, le général Haftar a reçu le ralliement des militaires de la base aérienne de Tobrouk alors que le gouvernement a décrété un blocus aérien que manifestement personne ne respecte. Ce lundi soir, dans une intervention télévisée, entourée de ses hommes, tous en uniformes, le chef des forces spéciales, Wanis Bukhamada, a annoncé à son tour le soutien de ses hommes à Khalifa Haftar et sa lutte contre le terrorisme.

Une nouvelle légitimité

Les forces spéciales sont l’une des rares formations légitimes et officielles à combattre les groupes extrémistes. Elles ont d’ailleurs payé un lourd tribut à Benghazi où, depuis juillet 2011, une vague d’assassinats ciblés vise les membres de l’appareil sécuritaire et judiciaire. Ces assassinats sont généralement attribués aux milices islamistes radicales.

Il n’est donc pas surprenant que les déclarations de Khalifa Haftar fassent écho auprès de ces hommes qui ont le sentiment que Tripoli n’a rien fait pour les protéger et soutenir leur combat contre les extrémistes. Ce soutien marque un nouveau tournant dans l’opération de Khalifa Haftar et lui donne une nouvelle légitimité. Le gouvernement semble désormais désemparé par l’ampleur de ce mouvement.

Chacun redoute désormais que les milices radicales de l'Est - celles qui ont participé au soulèvement de 2011 - ne donnent une réplique sanglante aux visées du général. Elles ont d'ailleurs envoyé, ce week-end, une bordée de missiles GRAD sur la base du général à Benghazi. L'affaire se corse encore avec le ralliement, à Tripoli, des milices de Zintane, opposées - elles aussi - aux islamistes. Mais leurs adversaires - les milices de Misrata - menacent la stabilité désormais autour de la capitale.

Mise en congé du Congrès

Pour éviter la guerre, acculé sous la pression des groupes armés, le gouvernement libyen propose dans une lettre publiée sur son site que le Congrès général national se mette en vacance parlementaire. Cette mise en congé devrait durer jusqu'à l'élection d'un nouveau Parlement et un nouveau vote de confiance au Premier ministre Ahmed Meitig dont l'élection chaotique début mai est toujours contestée. Le Congrès, régulièrement envahi par des groupes armés, n'a pas encore fait savoir s'il acceptait cette proposition, mais ses travaux sont de fait suspendus.

Dimanche encore, des miliciens de Zintane l'avaient investi, exigeant sa dissolution et le transfert de ses pouvoirs à la nouvelle Assemblée constituante. Plusieurs députés islamistes avaient été faits prisonniers après avoir qualifié de coup d'État l'offensive terrestre et aérienne du général Haftar menée au même moment contre les brigades jihadistes de Benghazi.

À la télévision, un colonel avait par ailleurs annoncé « au nom de l'armée » le maintien du gouvernement intérimaire d'un autre Premier ministre, Abdallah al-Theni, et la suspension du Congrès. Sur le papier, il s'agit de la plus haute autorité politique du pays, mais depuis février, son mandat est expiré et prolongé malgré les protestations de manifestants ulcérés par son absence de résultats.

Publicado em 27/08/2019 - Modificado em 06/09/2019

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