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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Quel visage pour le Parlement européen ? Interrogation tout à fait légitime deux jours après la fin du scrutin. Il est complexe, puisqu’il concerne tous les pays d’Europe, et maintenant, une fois qu’on a fait les comptes, et on réfléchit : quel sera son visage, sa physionomie ? La comparaison n’est pas vraiment surprenante : on se demande à quoi il ressemble : non seulement quelle est son apparence, mais aussi ce qu’il nous réserve, quelle et son expression, son caractère, son tempérament. En fait c’est tout cela que sous-entend cette image.

Bien sûr la comparaison est anthropomorphique. On veut dire avec ce mot compliqué et un peu prétentieux, que le Parlement est comparé de manière sous-entendue à un humain, puisqu’il a un visage, puisqu’on lui prête, qu’on lui imagine un visage. Et c’est une formule qu’on utilise assez couramment : le nouveau visage de la France, de l’Europe, de cette entreprise après une réforme complète, etc. !

Bien sûr le visage n’est pas la totalité de la personne humaine. Mais c’est bien ce qui permet essentiellement de reconnaître quelqu’un : plus que sa taille, sa corpulence, son aspect général, ou sa démarche, sa façon de bouger, on reconnaît quelqu’un à son visage. La preuve ? On n’a que cette représentation sur les photos d’identité, comme si le visage, c’était la personne ! C’est en tout cas ce qui se donne à voir, et c’est à peu près l’origine du mot. Il est de la même famille que le verbe videre en latin, que voir en français. Et c’est donc à la fois ce qu’on voit, et ce qui voit ! Beaucoup plus que tête ou que face, le visage renvoie donc à l’identité de quelqu’un.

Un certain nombre d’expressions ont été construites à partir de ce mot, d’abord pour évoquer la façon dont on accueille quelqu’un : on lui fait bon visage quand on est souriant, positif. L’expression est vieille, mais encore en usage. On lui fait visage de bois quand on lui ferme la porte au nez, quand on refuse de le recevoir. Mais là, on est vraiment dans une locution ancienne. En revanche on dit encore très souvent que quelqu’un vous montre un visage de bois. Il n’est plus question de la porte close, mai d’un visage fermé, qui ne se permet pas un sourire. C’est donc la marque d’une hostilité forte, manifestée par une absence de signe amical, ou même poli : une inexpression qui exprime beaucoup de choses !

Et si l’on dit de quelqu’un qu’il a changé de visage, le sens est encore bien différent. En général on dit ça quand se peint sur le visage de quelqu’un (là encore, on retrouve une image toute faite, et fréquente…) la déconvenue, la stupeur… en général une émotion forte, subite et négative : c’est l’expression d’un choc émotif. Mais ce mot de choc appartient à la pensée du 20e siècle, ou du 21e. Auparavant, on parlait bien plus souvent des couleurs de l’émotion : on pâlissait, on rougissait… le sentiment se trahissait par l’apparence du visage. Mais l’expression « changer de visage » est encore bien d’aujourd’hui !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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