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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Les routiers aux avant-postes de la grogne sociale, inquiets pour leur avenir, se sentent menacés par les ordonnances qui modifient le Code du travail. Mais qui sont ces routiers ? Des conducteurs de camions, et même de gros camions, de ce qu’on appelle des poids lourds, c’est-à-dire des camions qui a priori admettent une charge de 3,5 tonnes au minimum. Il s’agit donc de transport de marchandises par la route, sur des distances assez longues, soit nationales, soit internationales. Des travailleurs souvent solitaires donc, mais organisés et qui souvent sont à l’origine de manifestations sociales importantes, qui peuvent tirer le pays d’un bord à l’autre de l’échiquier politique : on se souvient par exemple que ce sont des manifestations de routiers qui au Chili, en 1973 avaient provoqué la chute de Salvador Allende et le coup d’État de Pinochet. Mais c’était un autre pays et une toute autre époque. Les routiers seuls derrière leur volant ont en tout cas souvent besoin de compagnie… et souvent ils écoutent la radio. Ce qui fait qu’une émission à succès leur était spécialement consacrée, il y a de cela plusieurs dizaines d’années, sur une de ces radios qu’on appelait périphérique. Et le titre du programme est resté si célèbre qu’il en est presque passé en proverbe : les routiers sont sympas ! Mais c’est toute une époque qui est évoquée par cette phrase, les années 70, il y a quarante ans. Et donc la formule fait maintenant partie de l’histoire.

On l’a compris les routiers font de la route… c’est-à-dire qu’ils parcourent beaucoup de kilomètres. Je n’ai pas dit qu’ils faisaient la route… autre phrase qui fait penser qu’à cette même époque, beaucoup de jeunes gens, en rupture avec leur société européenne, partaient sur les routes, à la découverte du monde, avec bien peu d’argent en poche. Et ceux-là, on les appelait plutôt les routards que les routiers. Un mot différent, presque disparu aujourd’hui.

Revenons à notre routier, qui désigne aussi un restaurant populaire, de ceux qu’on trouve au bord des routes nationales, qui proposent une nourriture plutôt bon marché et un peu à l’ancienne. Œufs mimosa, radis beurre, céleri rémoulade, miroton de bœuf et sauté de veau… Il n’y a plus que chez les Routiers qu’on trouve ça. Et traditionnellement, les routiers s’y arrêtaient pour s’y restaurer . Mais le mot est ancien, et il a eu des sens assez variés avant d’être lié aux gros camions. On le trouve dès le 13e siècle ou il désigne des soldats plus ou moins déserteurs, qui se rassemblent pour former des bandes de brigands. C’est en fait la même image que celle des bandits de grands chemins à une époque où les routes ne sont pas sûres.

Et dans une situation bien différente, on parle aujourd’hui encore de vieux routier, une expression vaguement familière et fort ancienne, mais qui donne le sentiment de celui qui est expérimenté : il a fait beaucoup de route, donc vu beaucoup de choses ; il ne se laisse pas impressionner, ne s’affole pas pour un rien, prend les choses avec distance et sagesse.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

Canopé

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