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Poison - Les mots de l'actualité du 31/07/2019

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Alexeï Navalny, l’opposant russe a-t-il été empoisonné ? Même si rien n’est sûr, on se pose la question. Dans son entourage, on imagine qu’un agent toxique a pu être employé pour mettre sa santé, et peut-être sa vie en péril. Lui-même imagine que quelqu’un ait pu introduire une substance chimique dans sa cellule. Agent toxique, substance chimique… voilà des expressions techniques, modernes. Tout cela est dit en russe, mais correspond bien à ce qui peut se dire en français. Le mot poison n’est pas employé, mais c’est bien de cela qu’il s’agit. Et d’ailleurs, on parle bien de suspicion d’empoisonnement. Mais poison est un mot ancien, qui justement parce qu’il est un peu vague et peut s’appliquer à des produits très différents n’a pas d’écho scientifique ou médical.

Revenons par exemple à la première définition du dictionnaire Robert : poison, substance capable de troubler gravement ou d’interrompre les fonctions vitales d’un organisme, utilisé pour donner la mort. Le poison est donc d’abord une arme. Une arme au départ qui se boit, qu’on fait boire à son insu à celui qu’on veut empoisonner. En effet, poison est de la même famille que potion. Le poison est donc d’abord ce qui se boit, un breuvage qui peut être tout à fait inoffensif. Et en ancien français, le mot n’a que ce sens-là : poison = boisson. Et puis, il bascule vers des sens très divers, et d’abord médicinaux : le poison, c’est un remède, et même un philtre d’amour. Mais bientôt, le sens du mot va se spécialiser, car on va prendre l’habitude de le préciser d’un adjectif, poison douloureux, poison mortel. Et à partir de là, le mot sera lié aux idées de meurtre sournois : on le lie aux mots empoisonneur/empoisonneuse qui désignent le ou la meurtrière ; et au mot empoisonnement - le crime, le fait d’empoisonner, ou de l’être. Et on se souvient que ce mot est depuis longtemps lié à des affaires scandaleuses, des crimes célèbres : l’affaire des poisons, qui entre 1670 et 1680 mit la France en émoi, et compromit des gens dans les plus hautes sphères, la comtesse de Grammont, deux nièces du cardinal Mazarin, Racine lui-même…

Ce mot d’empoisonnement est encore employé dans le langage médical ; sans référence obligée à un crime : on parle d’empoisonnement du sang. Mais pour que chaque mot garde ses connotations propres, on préfère parler d’intoxication alimentaire, par exemple, que d’empoisonnement. Et quand le mot a été employé, par exemple pour requalifier les chefs d’accusation dans l’affaire du sang contaminé, c’était pour redramatiser l’affaire.

Cela dit, le mot poison a bien d’autres emplois aujourd’hui, ainsi que ses dérivés. Empoisonner est souvent employer pour signifier ennuyer, mais avec insistance : entre agacer et exaspérer. Et pourtant avec un petit côté, tolérant, voire affectueux. Même si le mot est utilisé parfois comme euphémisme d’un autre plus vulgaire.

Et empoisonner est souvent l’équivalent de « gâcher » dans des expressions courantes : ça m’empoisonne la vie, ça m’empoisonne l’existence !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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