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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le Sommet de l’OTAN qui se tient à Londres se déroule dans une atmosphère bien tendue, à cause des divergences souvent fortes entre certains participants. Est-ce que ça empêche d’avancer ? Oui d’une certaine manière. En tout cas Rfi annonçait cette rencontre comme plombée par les différends. Plombée ? C’est-à-dire alourdie. Pas vraiment paralysée, mais pourtant on n’en est pas si loin : difficile de prendre une direction commune, de rendre cette organisation efficace et crédible. Et ce mot de « plombé » n’est pas si mal choisi. Comme si des semelles de plomb vous empêchaient d’avancer : chaque pas est compliqué. Et le plomb souvent se caractérise par cette particularité : c’est lourd, pesant. Et donc ça entrave, ça gêne, ça immobilise. En un mot, ça plombe. Expression légèrement familière, qui donne là l’un des sens figurés de ce verbe plomber. Il en a eu plusieurs, et depuis assez longtemps : notamment on était plombé quand on était contaminé par un virus, par une maladie, et notamment une maladie vénérienne, ce qu’on appelle maintenant plutôt une MST, une maladie sexuellement transmissible : cette dernière appellation est moins moralement péjorative, plus neutre et plus médicale.

On voit donc que le plomb est un métal qui porte une image peu noble. Métal qui peut rendre bien des services, d’autant qu’il n’est pas très cher. Paradoxalement c’est peut-être ce côté bon marché du plomb qui le plombe justement : il est facilement considéré comme grossier, ordinaire : le contraire du métal noble. Le contraire de l’or par exemple, et parfois les deux matières sont opposées, comme dans la littérature alchimique par exemple. Et depuis qu’on a découvert que les installations d’acheminement d’eau ou de gaz par des tuyaux de plomb pouvaient dégager des émanations très toxiques, ça n’a pas arrangé la réputation de notre matériau. C’est la plomberie tout entière qu’on regarde d’un sale œil ! Mais heureusement, ce mot de plomberie, de même que le mot plombier ne sont plus consciemment associés à ce métal.

De nombreuses expressions sont liées à ce mot : pour désigner certaines situations historiques, par exemple, on a parlé d’années de plomb ! Au Chili après le coup d’état de Pinochet en 1973, en Algérie durant les années 90. Mais aussi dans des pays où la violence était bien moins importante, mais sensible quand même : en Italie ou en Allemagne au début des années 70 : des groupes extrémistes se faisaient connaître par quelques attentats. Et tous les groupes liés à cette mouvance politique étaient épiés et surveillés de près par les polices de ces états. Le tout sur un fond idéologique contrasté : d’un côté un ordre moral encore très fort, et de l’autre une revendication à la liberté d’une jeunesse qui sortait des révoltes soixante-huitardes. Donc l’expression années de plomb renvoyait à la fois à la présence policière qui étouffait les milieux étudiants, et à une certaine peur des attentats. 

Traditionnellement les plombs étaient aussi ce qui permettait de charger les fusils de chasse. De là des expressions, encore tout à fait courantes comme « il a du plomb dans l’aile ». Au sens propre, on voit très bien le chasseur qui a touché la grive ou la perdrix qu’il visait. L’oiseau n’est pas mort sur coup, mais il ne pourra plus voler, et sa mort est presque assurée. Et on utilise cette expression de manière figurée, à propos d’un projet, d’une entreprise qui a essuyé un coup terrible : c’est mal parti !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

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