#Francês da atualidade

Par contumace

mots-actu_c.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Pervez Musharraf, ancien président pakistanais, actuellement en exil à Dubaï, vient d’être condamné à mort par contumace, pour haute trahison. On l’a appris récemment, et cette formule par contumace renvoie en général à deux réalités différentes, même si l’une découle de l’autre : dans un premier temps, un procès par contumace se déroule sans l’accusé Pourquoi ? C’est simple : il n’a pas voulu venir, on ne sait pas où il est, ou encore il s’est réfugié en un lieu où il est hors d’atteinte de la justice. Mais ce n’est pas tout : si ce procès se termine par une condamnation, celle-ci n’est pas exécutée, puisque justement le justiciable est en fuite. Et bien sûr les exemples les plus frappants sont ceux des condamnés à mort par contumace. Il y en a de toute sorte et selon les variations de l’Histoire, il peut arriver que cette situation soit paradoxalement un titre de gloire : de Gaulle, chef de la France libre, était condamné à mort par contumace par la justice de Vichy. 

Alors ce mot de contumace est plutôt rare : on ne l’emploie que dans cette circonstance judiciaire, toujours précédée de la préposition par. Et il n’existe pas d’autres mots de la même famille. C’est peut-être pour cette raison qu’on le confond parfois avec la famille du mot coutume. La faute n’est pas rare, mais on peut être clair sur ce point : l’expression *par coutumace n’existe pas.

On peut donc se demander d’où vient ce mot rare, et sans famille. Du latin, bien sûr, mais son sens d’origine renseigne assez peu sur son usage juridique. Il dérive d’un mot qui évoque l’obstination, la fierté. S’agit-il d’un prévenu trop fier pour comparaître devant ses juges. Ce serait la solution la plus vraisemblable, et pourtant elle n’est pas très convaincante. Mais justement, le mot fait partie de ceux dont on comprend mal comment ils ont pu parvenir au sens qu’ils ont. Belle leçon de modestie pour le linguiste, qui doit bien avouer qu’il ne comprend pas très bien. Mais trouve-t-on des synonymes qu’on peut utiliser dans d’autres circonstances, notamment quand la justice n’a rien à voir là-dedans ? On a bien in absentia, formule latine, non traduite en français, qui signifie qu’un processus se déroule en l’absence de quelqu’un, et en général en l’absence du principal intéressé. Mais elle n’est pas très courante, un peu gourmée ; elle sent son cuistre, et on ne l’emploie que dans un langage administratif. On la trouve pourtant encore aujourd’hui, en particulier dans la langue de certaines universités : lorsqu’on propose un enseignement à distance, à l’intention des personnes qui sont empêchées de suivre les cours dans les locaux de l’école qui les propose. Et cette formule, un peu prétentieuse du fait qu’elle est en latin, a repris de la vigueur en s’opposant à un mot moderne et plutôt à la mode, présentiel : on parle d’enseignement présentiel, de cours en présentiel, pour distinguer cette situation de celle d’un lien virtuel et lointain entre l’enseignant et l’élève, ce qui se passe en cas d’Études in absentia.

Tout ça n’est pas à confondre avec l’expression familière, plaisante, et dont la malice n’est pas désagréable, briller par son absence, qu’on utilise lorsqu’on veut faire remarquer l’absence de quelqu’un ou de quelque chose : quant aux vrais responsables de cette gabegie, ils brillaient par leur absence dira-t-on à un procès où justement on essaie de faire payer les lampistes, les sous-fifres, les exécutants. Parle-t-on dans ce cas-là de la politique de la chaise vide ? Non ! C’est encore une autre locution, moins plaisante, plus journalistique, qui fait allusion au fait que quelqu’un se refuse à participer à une réunion, pour montrer son désaccord avec la politique en cours, ou même son désaccord avec le principe même de ces discussions : quand le silence et le vide sont plus forts que la discussion.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias