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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La date du 11 mai n’est pas inscrite dans le marbre. Et ce titre se comprend facilement ! Il signifie que cette date peut changer. Qu’elle n’est pas immuable, définitive. Qu’elle n’engage pas totalement ceux qui l’ont évoquée. Et de plus, les décisions prises pour ce jour-là peuvent se moduler, s’appliquer à certaines régions ou même à certaines personnes et à certaines tranches d’âge…

Car ce qui est inscrit ou gravé dans le marbre, puisque les deux formulations peuvent se lire ou s’entendre, a deux caractéristiques principales : cela ne s’oublie pas et cela ne change pas.

Une expression qui a une certaine solennité ! Un langage qui a comme un effet oratoire. Un effet de manche ? Pas forcément n’exagérons pas, et parfois c’est même un peu ironique. Mais en fait c’est que la noblesse de la formule correspond à la noblesse du matériau. Et le marbre est noble par excellence.

Et d’où nous vient-elle ? Evidemment de l’Antiquité. Et des inscriptions qu’on trouve aux frontons des temples ou des édifices publics lorsqu’il en reste, et qui ne se sont pas effacées malgré les siècles passés. C’est aussi qu’elles étaient faites pour ça : le geste qui consiste à graver quelques chose dans le marbre a en soi quelque chose d’auguste : on n’y inscrit pas n’importe quoi, on travaille pour la postérité. Et rien que ce mot de postérité a une allure un peu imposante.

Et depuis l’Antiquité justement, le marbre est un matériau luxueux, pour plusieurs raisons : il est relativement rare, difficile à trouver dans de rares carrières. Il nécessite tout un travail : on utilise le marbre poli. Il a un bel aspect, veiné de teintes différentes, un côté lisse et doux au toucher. Et on l’utilise donc dans des constructions et pour des usages relevés.

Et c’est bien cette qualité de permanence inaltérable qui explique ses usages figurés : il n’est pas sujet aux changements. Donc on imagine bien qu’il indique une psychologie, un état d’esprit qui résiste aux émotions, de manière à la fois visible et intérieure. Il est resté de marbre dira-t-on de celui qui ne réagit pas de façon visible. Et cela fait à la fois penser à une absence de réaction et de compassion. Ce qui s’explique évidemment par cette dureté de la pierre, mais aussi parce que c’est bien souvent en marbre qu’on fait les statues. On est donc de marbre quand on ne parle pas, qu’on ne sent pas, qu’on est impassible, réfractaire à l’amour comme à la pitié.

Mais on se souvient aussi qu’avant d’être imprimés, les articles de journaux, déjà composés, étaient placés sur une table de marbre. « L’article est au marbre » signifie : il est prêt à être imprimé, il est fait et relu.. Et dans le jargon de la presse d’aujourd’hui, on parle d’un marbre quand une émission par exemple, est toute prête, et qu’on la tient en réserve au cas où on en aurait besoin.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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