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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Les « Luanda Leaks » font la Une des journaux, notamment s’ils se soucient de l’actualité africaine. En effet, au grand jour apparait la réalité de l’empire financier du couple Dos Santos/Dokolo et de ses pratiques.

Et le titre reste en anglais dans tous les médias francophones. Il faut dire qu’il est courant, et qu’apparemment tout le monde comprend à peu près sa signification ! Des faits confidentiels qui ne le sont plus. Parce que ces faits ont été dévoilés. Mis au jour et portés à la connaissance du public. Donc divulgués. C’est bien ça le sens du mot. « A leak » en anglais, c’est d’abord une fuite, la plus concrète des fuites : un joint mal serré, un tuyau percé… Et voilà le liquide qui suinte, et qui s’échappe par la brèche. Mais ces tuyaux sont parfois plus abstraits : ils peuvent représenter les chemins que doivent prendre ces informations pour bien se garder de s’égarer, et d’être à la disposition de chacun, et surtout de la presse qui va les répandre, les analyser et les commenter.

Mais est-ce que le mot français fuite correspond exactement à tout ça ? Étymologiquement oui ! On a exactement la même image en anglais et en français. Et pourtant, on peut trouver des différences d’emplois et d’écho : on parle de fuite lorsqu’une information a fuité, quand elle a été révélée. Les premiers emplois de cette image concernaient les examens : fuites au bac ! Les sujets, qui devaient rester secrets jusqu’au jour de l’épreuve, ont été communiqués à certains candidats. Et dans ce cas, on ne parle pas de « leak » ! Quand la composition d’un gouvernement parvient aux oreilles d’une rédaction, d’un journal, alors que ce n’est pas officiel, que le pouvoir ne s’est pas encore exprimé, on parle aussi de fuite. Et on en parle le plus souvent quand le résultat de ces indiscrétions est publié. Si ça reste confidentiel, on n’a même pas besoin de chercher un mot : personne n’en parle !

Alors ces « leaks » politiques ou financiers ont quelques particularités, qui les distinguent : elles sont délibérées, et ont été soigneusement effectuées par ceux qu’on appelle les lanceurs d’alerte, qui ont accès à ces nouvelles secrètes, et les transmettent aux journaux et organismes d’information. Le terme est devenu très courant depuis qu’on a entendu parler d’une plate-forme, d’origine américaine, spécialisée dans cette sorte d’activité, et qui utilise internet : Wikileak !

Ce sens n’est pas vraiment récent, puisqu’il semble qu’on se soit servi du mot dans cet emploi dès l’affaire Dreyfus, à l’extrême fin du XIXe siècle. Et là, on ne parlait pas seulement d’information détournée de son cours, mais de disparition de documents. En revanche, il est bien plus nouveau de dire qu’une information a fuité. L’expression n’est pas très courante, mais on l’entend, et elle vient d’entrer dans le dictionnaire. On connaît le nom du prochain ministre, celui de la petite amie du champion : ça a fuité ! Mais ça reste encore tout à fait familier.

Il est quand même étonnant de voir l’évolution de ce mot fuite, puisqu’au départ il désigne seulement le fait de prendre ses jambes à son cou, de s’enfuir, c’est-à-dire de quitter un lieu précipitamment, en général pour ne pas être rattrapé.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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