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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Khalifa Sall l’ancien maire de Dakar, condamné pour sa gestion de l’argent public, vient d’être libéré, gracié par le président Maki Sall. Une décision très politique, qui a surpris beaucoup de gens, et qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la vie publique sénégalaise : le geste va dans le sens d’une réconciliation, et réaffirme en même temps le pouvoir du président qui vient annuler les effets de toute une procédure et de quelques décisions de justice. Car c’est bien ça la grâce : une possibilité de court-circuiter tout un système, d’ignorer dans un cas précis les hiérarchies du pouvoir. Un peu comme un joker dans un jeu de cartes. Gracié par le président, le prisonnier retrouve tout aussitôt sa liberté ! Une sorte de contradiction des principes démocratiques, qui n’empêche pas qu’elles fonctionnent si l’usage de la grâce est exceptionnel !

Alors ce qu’on appelle le droit de grâce, réservé le plus souvent au chef de l’état, se retrouve dans de nombreuses constitutions. Et d’ailleurs son utilisation n’est pas toujours aussi surprenante que ce qu’on vient de voir au Sénégal. En France par exemple, il y a des grâces présidentielles à l’occasion du 14 juillet. Mais il s’agit quand même, en ce qui concerne le principe, d’un héritage de l’Ancien Régime, comme un lointain souvenir monarchique. Avec un mot dont les échos sont souvent religieux. La grâce est au départ un don accordé par Dieu. Mérité ou pas ? Il dépasse la logique humaine. Là aussi il a quelque chose qui dépasse l’ordinaire. Et l’état de grâce est celui dans lequel un humain n’a commis aucun pêché mortel, ou en a été absous. En tout cas dans la religion chrétienne. Mourir en état de grâce permettrait donc, pour les chrétiens, d’aller droit au Paradis. Mais l’expression a aussi un sens figuré usuel, bien moins fort : être en état de grâce, c’est être assez inexplicablement, bien meilleur qu’à son habitude, comme si on était pour un moment, transporté par un don supérieur. On peut dire ça d’un sportif, d’un joueur de tennis qui rattrape toutes les balles le temps d’une fin de match. Ou d’un musicien qui soudain joue mieux qu’il ne l’avait jamais fait !

La grâce enfin est une faveur qu’on peut accorder à quelqu’un : faites-moi cette grâce, venez donc dîner chez moi demain soir. Une façon très polie, très légèrement précieuse de demander quelque chose.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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