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Étriper

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

« On va s’étriper ! » a déclaré Jean-Yves Le Driant à propos des négociations à venir entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Un mot légèrement familier et pittoresque pour prévenir de la violence qui risque de dominer lors de ces discussions. S’étriper, c’est-à-dire batailler ferme, se heurter fortement, s’affronter violemment !

Et le mot, au sens propre, est en effet très cru : il s’agit d’ouvrir le ventre de l’adversaire pour lui ôter les viscères. Le verbe peut avoir ce sens technique quand on prépare par exemple une bête qu’on va cuisiner : on étripe un lapin. Et au figuré il garde un peu de cette violence : étriper quelqu’un, c’est l’assassiner, mais en général au figuré : avoir sa peau est une autre expression du même ordre, qui peut avoir une signification littérale (tuer) ou plus métaphorique : venir à bout de quelqu’un, l’éliminer.

Et bien sûr étriper dérive de tripe, un mot qu’on trouve assez largement dans un langage imagé.

La tripe s’applique d’abord aux animaux : il s’agit des tuyaux du système digestif : l’intestin, mais parfois l’estomac est appelé tripe. Et le mot boyau en est à peu près le synonyme, à cette réserve qu’il a un sens figuré lié à sa forme, à sa configuration : un tunnel étroit, un couloir peuvent être appelés boyaux alors que le mot tripe n’est jamais utilisé dans ce sens.

Quant à la tripe d’animal, de bœuf ou de porc, elle se prépare et se mange ; on parle de tripes à la mode de Caen, ou à la niçoise.

Et lorsqu’on parle de tripes à propos des humains, c’est bien l’idée d’intériorité qui est soulignée : c’est l’inverse du superficiel, de l’affecté, du simulé. Si par exemple on parle d’un spectacle qui vous prend aux tripes, qui vous saisit aux tripes, on parle d’une émotion violente, de quelque chose qui vous bouleverse, vous secoue ! Bien entendu l’expression est familière, mais c’est souvent délibéré, pour en renforcer la signification. De même on parle d’un acteur qui joue avec ses tripes, pour dire qu’il est totalement engagé dans son jeu - la voix, le corps et l’émotion se conjuguent pour envoyer un message, et l’acteur peut en ressortir épuisé : il n’a pas fait semblant. Même s’il est sur scène et s’il est dans une logique de représentation, il a incarné en profondeur son personnage et sa dynamique.

Et avoir des tripes, dans une familiarité un peu argotique, c’est avoir du courage. L’image populaire de la virilité est évidemment présente en filigrane. Mais celle du ventre comme centre de gravité est bien présente à l’esprit.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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