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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La période de confinement dans laquelle nous passons, plus ou moins strict selon les pays où l’on vit, mais qui quand même change considérablement nos existences, fait apparaitre des comportements, des façons de vivre tout à fait nouvelles, et bien entendu est à l’origine d’un langage nouveau également soit dans ses mots, soit dans ses significations avec des mots qui existaient déjà ! On le sait déjà, quand ils auront du recul par rapport à cette période, les historiens de la langue feront des répertoires de l’argot du coronavirus, du jargon du confinement. Et l’on peut déjà remarquer que certains termes, qui existaient auparavant, sont aujourd’hui infiniment plus utilisés.

Le drive, par exemple, n’est pas tout récent. Mais on le mot et le processus qu’il représente ont infiniment d’applications et d’usages qu’il y a quelques semaines.

En effet, en est bien obligés de se tenir loin les uns des autres, pour faire diminuer la contagion. Les échanges commerciaux sont donc considérablement réduits, mais aussi transformés : on achète sans trop savoir à qui, sans toucher la main du vendeur, sans le voir la plupart du temps. Comme si on en revenait à des pratiques presque clandestines : d’un côté je paye, d’un autre tu déposes à tel endroit ce que je t’ai acheté, et en fin de compte, je passe le prendre alors que tu n’es plus là. Ça tient du trafic, alors qu’on est dans la légalité.

Et on parle de drive, lorsqu’on a fait ses achats en ligne, et qu’à un moment donné, prévu, on passe les prendre dans un lieu de vente déterminé. On peut y passer en voiture, se faire reconnaitre (un code ou un papier imprimé y suffit en général) et on récupère ses achats sans même quitter son volant. A moins que simplement on ne dépose ses emplettes dans le coffre de la voiture.

Pourquoi drive ? C’est un anglicisme, et même plus que ça : un mot anglais utilisé en français. Un mot qui signifie conduire, puisque la voiture a une grande importance dans le déroulement de la transaction. Un œil jeté sur les pratiques canadiennes, et notamment québécoises nous donne un équivalent français : service au volant, ou service à l’auto.  

On a ça depuis une quinzaine d’années en Europe, nettement plus en Amérique du Nord. Et cela concerne divers types de propositions commerciales : hypermarchés, restauration rapide, mais aussi guichets bancaires etc.

L’utilisation de ce mot drive en anglais, et notamment aux Etats-Unis, remonte aux années 50 : civilisation de l’auto et consommation ! On commence donc par exemple à aller voir des films sans descendre de sa voiture : cinéma en plein air, et grands parkings. La formule plait, elle fait moderne, et elle permet aux jeunes couples de se déclarer leur amour dans une relative intimité, loin des parents et de la maison familiale en tout cas. C’est ce qu’on appelle le drive in, et le mot s’entend en français, sans que la pratique s’installe vraiment outre-Atlantique : le rapport à la voiture, au cinéma et aux espaces n’est pas le même. Et puis avec le développement de la grande distribution et des magasins géants, souvent en périphérie des villes, on se met à faire ses courses de façon un peu analogue. En passant, en conduisant. C’est de drive through en anglais, le drive tout court en franglais.

Bien sûr les Québécois proposent un équivalent français : clair, reprenant l’image, mais n’ayant pas cet impact direct du mot unique d’une seule syllabe qui garantit l’efficacité du mot anglais : le franglais n’est pas uniquement une affaire de mode !

Et le mot drive, qui porte cette idée de mouvement, cette idée véritablement auto-mobile, on le retrouve par exemple dans l’argot des musiciens : un batteur qui a un bon drive, c’est celui qui pousse l’orchestre !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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