#Francês da atualidade

Culture de l'effacement

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

La Cancel culture fait beaucoup parler d’elle depuis quelques mois. Bien souvent en anglais, avec cette expression, parfois en français, avec des traductions diverses : culture de l’effacement, de l’annulation, du bannissement, de la dénonciation etc. Il s’agit en fait d’une genre de harcèlement populaire, en tout cas collectif, à l’égard de ceux ou celles dont on pense qu’ils ont eu de mauvaises conduites, ou simplement de mauvais propos ou même de mauvaises pensées. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans l’espace public, on dénonce les personnes dont on n’approuve pas les prises de position. On fait donc savoir qu’ils ou elles sont homophobes ou racistes, qu’ils ont eu des comportements jugés « inappropriés », qu’ils aient ou non été jugés pour cela : il ne s’agit nullement d’un mouvement judiciaire. Et on condamne parfois les délits d’opinion : on montre quelqu’un du doigt à cause du soutien qu’il a pu donner à quelqu’un d’autre lui aussi visé. Et cette culture de l’annulation inclut d’ailleurs le mouvement qui déboulonne les statues ou débaptise les lieux publics portent le nom de personnalités suspectes.

Il est intéressant de noter comment s’appelle cette tendance : cancel culture en anglais. Ce mot cancel est emprunté au français. Le verbe canceller n’est plus en usage, mais l’était il y a encore un siècle ou deux. Mot rare il est vrai qui désignait le fait d’annuler une disposition. On traduit surtout par culture de l’effacement. Et le mot effacement a plus d’un sens. Il n’est pas synonyme d’amnistie, qui ne s’emploie qu’en contexte judiciaire, mais les deux termes ont des points communs : ils conjuguent l’annulation dans les faits et dans la mémoire. Cela se comprend aisément par exemple pour les noms de rues, de villes ou les statues. Mais c’est paradoxal en ce qui concerne la stigmatisation ou le lynchage, c’est-à-dire le fait de proclamer publiquement l’infamie supposée ou avérée de quelqu’un : là on ne l’efface pas, au contraire, on la souligne, on l’encadre. Mais c’est peut-être l’accusé qu’on essaie d’effacer ! En tout cas cet effacement marque le contraire exact d’une autre expression, dont l’imagerie est pourtant proche : passer l’éponge, c’est-à-dire oublier, exprès, une insulte ou une mauvaise action : on en a supprimé la trace.

Avertissement !  
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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