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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Les députés britanniques ont décidément voté contre les alternatives à l’accord du Brexit. La situation est donc fort embarrassante puisqu’ils ont voté contre l’accord du retrait proposé par le gouvernement, mais qu’ils votent également contre les quatre alternatives qui leur étaient proposées, et qu’ils avaient déjà la semaine dernière refusé huit autres alternatives. Mais que sont donc ces alternatives ? Des solutions de rechange, d’autres solutions que le premier accord présenté. L’alternative représente donc l’autre choix, le choix différent. Ce mot existe en français et en anglais, et cette signification d’un autre choix est celle qu’il a dans cette dernière langue. Mais elle a déteint sur les usages français, et petit à petit on adopte cet usage. Il est condamné par les puristes de la langue, qui y voient un anglicisme de sens, qui n’est pas moins pervers à leurs yeux que les anglicismes de forme. Mais il faut bien avouer que cet emploi est de plus en plus fréquent. Et dans le cas qui nous occupe, comme on parle de la situation au Royaume-Uni et que les informations sont en fait traduites de l’anglais, il était plus prévisible encore de rencontrer le mot alternative dans son écho anglo-saxon.

Mais puisqu’on a dit que le mot existait en français et qu’il appartenait tout à fait à notre vocabulaire, il faut voir quel est le sens qui ne fait sourciller personne : au départ une alternative est une situation dans laquelle deux possibilités s’offrent à vous. Si on vous propose un référendum, vous êtes devant une alternative : voter oui ou voter non. C’est une situation de fourche ! Et il faut choisir une direction !

Le sens anglais, qui gagne du terrain est tout différent : l’alternative représente l’autre solution, avec souvent cette impression que c’est un plan B. C’est ce qui est possible, ce qu’on peut inventer ou imaginer pour surmonter une difficulté : nous sommes apparemment dans une impasse, mais il y a une alternative. L’usage du terme correspond d’ailleurs souvent à l’idée qu’on peut être imaginatif, courageux, et qu’on peut remettre en question un ordre des choses présenté comme immuable, qu’on ne pourra changer : une vraie fatalité. Et c’est bien cette évocation qui est présente lorsqu’on parle par exemple d’altermondialisme : une possibilité de vivre autrement que dans un univers mondialisé. Et on parle aussi des énergies alternatives : celles auxquelles on ne pensait pas spontanément, les énergies qu’on appelle renouvelables. Ou alors on évoque les médecines alternatives, qui s’aident d’autre chose que de médicaments fabriqués à l’aide de la chimie.

On entend même parfois dire : il y a une autre alternative, tournure doublement critiquée, car elle fait pléonasme. En effet le mot alternative comprend déjà cette idée d’autre, présente dans le préfixe alter. Le préfixe alter est particulièrement en faveur actuellement pour indiquer ce genre de possibilité qui rivalise avec un modèle dominant. Il est bien sûr calqué sur le mot latin qui signifie « autre ». Mais cette notion en français peut être interprétée de deux façons opposées : si j’ai mangé un gâteau que j’ai adoré, j’en demanderai volontiers un autre. C’est-à-dire une deuxième part, mais qui ressemble à la première et qui soit aussi bonne. En revanche, si je renvoie au restaurant une bouteille de vin bouchonnée, j’en demanderai certainement une autre… mais qui soit différente, qui n’ait pas ce défaut. Et c’est cette deuxième acception qui vient à l’esprit avec ce préfixe à la mode : on vous parle d’une autre qualité, d’une autre nature.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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