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Pakistan : Karachi et ses violences au quotidien

Une rue à Karachi, Pakistan.
Une rue à Karachi, Pakistan.
Bashir Osman / Getty
Karachi, la grande ville du sud du Pakistan concentre 10% de la population totale du pays (180 millions d’habitants). La ville portuaire attire, chaque année, des migrants venus de tout le pays car elle offre des possibilités d’insertion et de travail plus grandes qu’ailleurs. Mais, la cité de 18 millions d’habitants qui est aussi le poumon économique du pays est ravagée par les violences. Les rapports sont alarmants, selon les autorités de la province près de 2100 personnes y auraient été tuées entre janvier et novembre 2012.

19'30'' - Première diffusion le 18/12/2012

Shakil Memon, gérant d'un petit hôtel, témoigne de la recrudescence de la violence qui donne aux habitants de Karachi l’envie de fuir la ville, même s’ils n’en n’ont pas les moyens : « Des bombes explosent chaque jour et on ne sait jamais où ça va tomber. Chaque matin quand je quitte ma maison et dis au revoir à mes enfants, je me demande si je serai encore vivant le soir.».

Ces derniers mois, ce sont surtout les violences confessionnelles qui se sont multipliées. Les assassinats ciblés ont redoublé. Karachi est une ville de migration et les tensions ethniques entre les communautés sont d'autant plus vives que plusieurs partis politiques sont fondés sur l'ethnicité. Les Chiites en sont régulièrement les victimes. Cette violence entraîne à son tour une radicalisation des mouvements contestataires chiites et un cycle de vengeances sans fin. De son côté, la mairie fait surtout porter la responsabilité des violences aux Talibans. Ainsi, la municipalité tenue par le Muttahida Qaumi Movement (Mouvement national uni, MQM) est hostile à l’arrivée massive de Pachtounes chassés de chez eux par les Talibans pakistanais ou des opérations militaires.

Les violences ne se limitent pas à la dimension ethnique. Les conflits sont également de nature économique car Karachi concentre plus de 50% de l'économie du pays et les gangs mafieux y pullulent. Toutes les ressources sont matières à trafic. L'une des mafias les plus importantes est celle de l'immobilier. Là encore, les partis politiques sont souvent impliqués dans la réquisition illégale des terrains. La sociologue Mariam Abou Zahab explique que « les groupes politiques ont tous des milices affiliées… des groupes armés qui s'emparent de terres ; on les appelle des Kabza groups ». Le gang d’Uzair Baloch, le plus connu de Karachi, règne à Lyari (en anglais), l’un des quartiers réputés les plus dangereux de la ville. Il est impliqué dans le trafic de drogue et l'extorsion en tous genres. Proche du pouvoir en place au Pakistan, des membres du groupe mafieux occupaient encore récemment des fonctions officielles dans le parti présidentiel.

Il n'y a pas de réelle volonté politique pour changer les choses. La collusion entre les politiciens et les forces de l'ordre constitue elle-même un obstacle pour mettre fin aux violences qui secouent la ville depuis des années. Et pour le pouvoir central à Islamabad ce n'est apparemment pas une priorité.

النشر بتاريخ 16/08/2016 - التعديل بتاريخ 14/08/2017 - بواسطة Nadia Blétry

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