Un comédien vêtu en Krampus, une des multiples déclinaisons du Père Fouettard, lors d'un festival en Bohême du Sud, le 12 décembre.
Un comédien vêtu en Krampus, une des multiples déclinaisons du Père Fouettard, lors d'un festival en Bohême du Sud, le 12 décembre.
REUTERS/David W Cerny
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Le Père Fouettard, l'inquiétant alter ego du Père Noël

En Occident, les festivités du réveillon sont étroitement liées à la légende du Père Noël, qui descend par la cheminée pour distribuer friandises et cadeaux aux enfants sages. Mais certaines versions du mythe associent à ce vieillard bienveillant une autre figure, beaucoup plus sinistre, celle du Père Fouettard, venu punir les vilains garnements.
بحسب Baptiste Condominas -

La barbe blanche, le costume rouge, la bonhommie naturelle d’un grand-père sympathique… Autant de caractéristiques qui font du Père Noël un personnage chaleureux et qui, depuis des siècles, fait veiller les enfants à la fenêtre, dans l’attente de voir passer dans le ciel son traîneau de rennes et son rire éclatant.

Pourtant, cette figure folklorique, associée à Saint-Nicolas chez les chrétiens, un évêque turc ayant vécu au IVe siècle, patron-protecteur des enfants, est plus contrastée qu’il n’y paraît. « Le personnage est parfois ambigu, dans la mesure où les enfants qui n’ont pas été sages sont privés de cadeaux », rappelle Nadine Cretin, historienne de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), spécialiste des fêtes occidentales.

Mais cela va plus loin qu’une simple privation. Dans certains pays d’Europe et certaines régions de France, Saint-Nicolas est souvent accompagné d’un autre personnage, le Père Fouettard. Et lui n’est pas là pour distribuer des présents mais des coups de martinet ou une livraison de charbon, destinés aux bambins qui n’ont pas écouté leurs parents.

Méchant et monstrueux

Hans Trapp en alsacien, Ruprecht en allemand, Houseker au Luxembourg, le Père Fouettard a de multiples noms. Mais il est toujours inquiétant, bien souvent vêtu de fourrures, d’une longue barbe et de cheveux hirsutes, le visage sombre. Equipé d’un fouet, d’un martinet ou de branchages, il a aussi un sac de jute dans lequel il menace d’emporter les enfants désobéissants.

Une carte de vœux du début du XXe siècle représentant un Krampus.

Une carte de vœux du début du XXe siècle représentant un Krampus. | Wikimedia Commons/Domaine public

Dans les régions alpines, en Bavière et en Autriche, où il se fait appeler Krampus, son apparence est même diabolique. Il se manifeste sous la forme d’une bête cornue aux pieds de boucs, la langue fourchue et le corps couvert de poils noirs. L’historienne Nadine Cretin estime qu’il faut chercher l’origine de ce personnage dans les anciennes fêtes païennes.

« Comme Saint-Nicolas, c’est quelque chose qui s’est raccroché aux créatures des carnavals de début d’année, analyse-t-elle. Dans ces carnavals, il y a ces belles créatures qui distribuent noix et oranges mais, en même temps, il y a ces personnages inquiétants. Des personnages de l’au-delà, qui venaient du fond des forêts. »

Les deux visages d’un même personnage

Comme souvent dans la mythologie, il s’agit de respecter un certain équilibre des forces. « Saint-Nicolas représente l’année nouvelle, prospérité, lumière, abondance, rappelle cette spécialiste des fêtes traditionnelles. Tandis que l’autre symbolise l’au-delà, un monde qu’on ne connaît pas, celui des ancêtres. » Ces deux aspects complémentaires sont constitutifs du duo Père Noël-Père Fouettard.

Mais selon l’historienne, c’est même bien plus que cela. Ces deux figures puiseraient une partie de leur origine dans une seule et même divinité : Odin, seigneur du panthéon des dieux scandinaves. « Au Moyen-Âge, vers le XIe siècle, le culte de Saint-Nicolas a grandi et s’est superposé à des légendes germaniques et scandinaves, celles de Odin, capable de voyager dans les airs, avec l’attelage de la chasse sauvage », explique l’historienne.

Selon le mythe, Odin, patriarche barbu venu du froid, parcourait les cieux à la tête d’un cortège. Ce qui n’est pas sans rappeler le Père Noël… Mais dans le même temps « Odin était une créature de l’hiver, inquiétant, borgne, régnant sur les morts », souligne Nadine Cretin. Son voyage aérien était une chasse fantastique et son cortège était composé de fantômes et de monstres. « Dans Saint Nicolas et le Père Fouettard, il y a ce double aspect. On en a fait deux créatures, mais c’est la même », insiste-t-elle.

Et la christianisation du mythe ne s’est peut-être pas fait sans heurts. Avec prudence, la chercheuse émet l’hypothèse que « l’Église aurait probablement voulu se débarrasser de cet autre aspect, car c’est un personnage presque infernal. Mais les traditions populaires étaient bien ancrées ». Aujourd’hui encore, dans certaines régions, lors de la fête de la Saint-Nicolas, le protecteur des enfants est toujours suivi de son alter ego.

Polémiques

Un alter ego qui n’est pas sans susciter de vives polémiques, principalement aux Pays-Bas. Depuis plusieurs années, des militants antiracistes demandent l’abandon du Père Fouettard local, baptisé Zwart Piet, ( Pierre Noir ), le visage peint en noir, affublé d’une coupe afro et de vêtements médiévaux. Ils estiment que ce dernier est un symbole de l’esclavage. La version néerlandaise de la légende raconte que Saint-Nicolas viendrait d’Espagne sur un bateau chargé de cadeaux et que Zwart Piet serait son serviteur maure.

Une illustration du livre «Saint Nicolas et son serviteur» de Jan Schenkman, écrit en 1845.

Une illustration du livre Saint Nicolas et son serviteur de Jan Schenkman, écrit en 1845. | Wikimedia Commons/Domaine public

En janvier 2013, face à une série de plaintes considérant que cette figure folklorique « perpétue une vision stéréotypée du peuple africain et des personnes d’origine africaine », le Conseil des droits de l’homme aux Nations unies demande au gouvernement néerlandais de clarifier la question. Et fin 2014, des incidents entre pro et anti-Zwart Piet sont venus troubler le cortège annuel de la Saint-Nicolas à Gouda.

Afin d'apaiser les esprits, les municipalités néerlandaises se sont adaptées. Désormais, Pierre Noir a été remplacé par un Pierre « neutre » à Utrecht et La Haye ou apparaît accompagné de versions plus colorées, à Gouda ou Amsterdam. Mais ce n’est sans doute pas la première évolution du personnage. Selon l’historienne Nadin Cretin, « pour rassurer les enfants et adoucir son image, la créature affreuse, grinçante des origines a probablement été transformée en Maure ». Aux Pays-Bas, le serviteur de Saint-Nicolas est un personnage plutôt maladroit et sympathique, loin des représentations inquiétantes évoluant dans l'ombre du joyeux Père Noël.

النشر بتاريخ 26/11/2019 - التعديل بتاريخ 06/01/2020

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