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Cent ans de la radio… et de très beau journalisme

Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, en 2020.
Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, en 2020.
Pierre René-Worms / RFI
Dans ce siècle d'histoire de la radio, l'Afrique a sa part, parfois belle, parfois douloureuse. Quelques souvenirs… À éplucher avec délicatesse.

04'24'' - Première diffusion le 05/06/2021

Un siècle d’existence pour la radio. Peut-on dire, ici, que dans l’histoire de l’humanité, l’invention de la radio est, sans conteste, de celles qui ont eu et continuent d’avoir un impact des plus déterminants dans la vie des êtres ?

On peut le dire. Mais, évidemment, dire cela, comme cela, peut éveiller des soupçons de corporatisme. Et pourtant ! Pensez donc au nombre de personnes qui, autour de vous, avant même d’avoir ouvert les yeux et mis la lumière, allument leur radio ou sont réveillés par elle ! Et à ceux qui, tout en se préparant à vaquer à leurs occupations, s’abreuvent du flot des informations. Ajoutez-y tous ceux qui écoutent la radio en voiture, dans les embouteillages, et qui, le soir venu, s’endorment, bercés par la radio. Sans oublier la multitude qui, dans la journée, par besoin, par intérêt ou par réflexe, allume leur transistor, pour suivre une émission, un journal.

Vous semblez brûler d’envie de confesser votre propre addiction à la radio…

Comment avez-vous pu le deviner ? J’interviens aujourd’hui sur RFI, et pourtant, jamais je n’ai eu envie de devenir un journaliste radio. Je ne rêvais, au contraire, que de presse écrite, alors que la radio était dans ma vie, présente, tel un fil rouge que je m’entêtais à ignorer, à refouler. Le 13 janvier 1963, barricadés dans nos maisons, c’est sur la radio béninoise (dahoméenne) que nous avons appris l’assassinat du président Sylvanus Olympio, et c’est encore par la radio que nous saurons, le moment venu, si nous pouvions sortir dans la rue, sans danger.

Dans les années 60 et 70, la BBC était très écoutée en Afrique. La Voix de l’Amérique aussi était très écoutée, d’autant plus que deux grandes voix africaines y officiaient : le Camerounais Georges Collinet, et le Togolais Roger Guy Folly, « RGF ». Nos oreilles d’enfant ne retenaient alors que la longue et répétitive musique qui permettait aux auditeurs de repérer le bon signal à chaque changement de fréquences. Radio France Internationale se démenait alors dans le magma aléatoire des ondes courtes. Mais avec quelques émissions très appréciées : « Mémoires d’un Continent », avec le professeur Ibrahima Baba Kaké, et « Mille Soleils », avec Alphonse Marie Toukas.

Au lycée, je concourrais régulièrement à une émission intitulée « Argumentation ». Sur un sujet donné, il fallait énoncer, en quelques phrases, cinq arguments pour ou contre. Les deux meilleures propositions étaient sélectionnées et, devant un jury d’universitaires et de chercheurs, les candidats développaient en direct sur la radio nationale leurs argumentations. Je gagnais souvent et empochais la récompense, offerte par la Caisse d’épargne, sponsor de l’émission.

Vous êtes donc finalement bien chez vous, sur RFI !...

Sauf qu’il était difficile d’aimer autant la radio, sans risquer d’être… un « auditeur polygame », avec, sur chaque station, une, deux préférences particulières, passant d’une station à une autre et ayant, parfois, des préférences saisonnières… Comme à l’époque où, sur France Inter, il ne fallait rater aucune revue de presse de Dominique Souchier, aucun journal de Patrice Bertin, aucune édition de « L’Oreille en coin »…

Sur RFI, nombre de livraisons de certaines émissions ou chroniques sont d’une réelle densité. En écoutant la qualité du travail produit par la plupart des journalistes dans le traitement de l’info ou dans les magazines de RFI, le journaliste de presse écrite que je prétends être se dit, sept fois par semaine, qu’avec un tel contenu, rien qu’en retranscrivant et en retouchant à peine les textes, RFI aurait de la matière pour produire, chaque semaine, deux publications de la qualité des meilleurs newsmagazines mondiaux : nous parlons de Time Magazine, de The Economist… Le niveau est bon, et même très bon. Et c’est, là, la preuve qu’avec de la bonne radio, on fait déjà du bon, du très beau journalisme.

النشر بتاريخ 11/06/2021 - التعديل بتاريخ 11/06/2021 - بواسطة Jean-Baptiste Placca

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