Des personnels médicaux de l'unité de pneumologie de l'hôpital de Vannes où sont traités les patients atteints de coronavirus, le 20 mars 2020.
Des personnels médicaux de l'unité de pneumologie de l'hôpital de Vannes où sont traités les patients atteints de coronavirus, le 20 mars 2020.
Stephane Mahe/REUTERS
مقالة

Covid-19: on en apprend chaque jour un peu plus sur la maladie et comment la soigner

Les médecins continuent d'apprendre, de comprendre le Covid-19, maladie causée par le nouveau coronavirus, en observant l'évolution de l'état des patients. Entretien.
بحسب Caroline Paré, Ophélie Lahccen -

La professeure Karine Lacombe est cheffe de service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Saint-Antoine, à Paris.

Vendredi 17 avril, elle était invitée dans l'émission Priorité santé, sur RFI.

RFI : Continuez-vous d’observer de nouvelles choses, en termes de complications, telles que les lésions organiques ?

Pr Karine Lacombe : Tout à fait. Initialement, l’alerte qui avait été donnée portait sur les pneumopathies aiguës sévères. On s’est aperçus petit à petit, à travers l’Italie qui avait été touchée une dizaine de jours avant nous, qu’il y avait d’autres complications qui s’installaient : en particulier, un état d’hypercoagulation avec des risques importants d’accidents vasculaires cérébraux et d’embolies pulmonaires.

Quand l’épidémie est arrivée en France, on a vu émerger d’autres manifestations cliniques de l’infection, en particulier la perte du goût et de l’odorat qui n’avaient pas été décrites auparavant. On s’est également aperçus que beaucoup de patients, particulièrement des patients âgés, qui arrivaient avec de la diarrhée et de la fièvre sans manifestations pulmonaires, étaient en fait porteurs du Covid-19 avec un tropisme sur le système digestif, que nous n’avions pas vu avant.

Plus récemment, on a vu que certains patients développaient, dans la phase très précoce, des manifestations dermatologiques : éruption, livedo (couleur un peu violette de la peau, pouvant être assez fugace).

Il y a donc vraiment beaucoup de signes cliniques bien différents de ce que l’on avait eu comme informations, au tout début de l’épidémie. Maintenant que l’on prend du recul, on commence à voir les conséquences, à plus long terme, avec des patients ayant à nouveau des manifestations inflammatoires, quelques semaines seulement après avoir guéri de l’infection. C’est une infection qui nous interroge beaucoup, dans nos connaissances.

De multiples essais cliniques sont actuellement en cours. Quand va-t-on avoir des résultats ?

Il y a de nombreux essais thérapeutiques qui ont été lancés un peu partout. Il y a eu quelques essais en Chine, très peu d’essais randomisés, mais plutôt ce que l’on appelle des « cohortes thérapeutiques ». Elles ont montré des résultats assez contradictoires sur l’efficacité ou l’inefficacité des antiviraux : lopinavir/ritonavir ou l’hydroxychloroquine. Les résultats ne permettaient pas de conclure.

À partir du moment où l’on a commencé à avoir des patients infectés en Europe, on a monté de gros essais thérapeutiques qui sont encore en cours d’inclusion. Quand l’effet du traitement n’est pas absolument majeur, on est obligé d’inclure beaucoup de patients pour montrer que ce traitement est plus bénéfique qu’aucun traitement. C’est le cas de l’essai Discovery, qui doit inclure plus de 1 000 patients pour espérer montrer une différence entre les groupes de traitements disponibles.

Je vous rappelle qu’il s’agit principalement des antiviraux : le remdésivir (médicament développé contre Ebola), lopinavir/ritonavir, l’hydroxychloroquine, l’interféron (un immunomodulateur) et le groupe de comparaison sans traitement particulier. Il y a d’autres essais en cours avec l’hydroxychloroquine, par exemple. Il y a également des essais avec des immunomodulateurs, qui sont anti-inflammatoires pour une phase plus avancée de la maladie. Il existe aussi l’essai de transfert d’immunité passive, avec la transfusion de plasma de patients guéris vers des patients malades.

Pour tous ces essais, il faut avoir le temps d’inclure les patients, d’avoir les résultats en termes de suivi en particulier. Nous aurons donc des résultats fin avril, début mai.

Vous pilotez un essai sur la transfusion de plasma de patients guéris. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?

Il s’agit d’utiliser le principe d’immunité passive. Quand un patient a développé le Covid-19, il a développé des anticorps contre le virus. Ces anticorps sont présents dans le plasma. Une fois que le patient est guéri, ces anticorps persistent et, a priori, devraient éviter qu’il ne se soit réinfecté. C’est ce qu’on développe quand on est en contact avec pleins d’autres infections virales, qui sont immunisantes comme la rougeole. Le fait de prendre ces anticorps neutralisants – capables de neutraliser le virus – peut permettre à des personnes malades, qui n’ont pas encore développé d’anticorps, d’avoir ces anticorps à disposition afin de combattre le virus.

On a montré que cela fonctionnait très bien pour certaines maladies, mais pas pour d’autres. Par exemple, ça fonctionne très bien pour la rougeole, pour le SARS-CoV. Dans le modèle animal de SARS-CoV-2, en particulier chez le chimpanzé, on a montré que le transfert d’immunité passive permettait de contrôler l’infection à SARS-CoV-2. Nous avons des signaux intéressants venant de Chine où une quinzaine de patients, dans deux essais différents, ont été traités avec du plasma de convalescents. On a noté un très bon devenir clinique de ces patients. Il y a également une série de cas de trois patients venant des États-Unis qui ont été traités et chez qui cela a bien fonctionné.

Combien de patients participent à cet essai ? À quel stade de la maladie sont-ils ?

Les résultats parcellaires que nous avons sur l’utilisation du plasma sont des résultats obtenus chez des patients qui étaient déjà en réanimation, dans une phase très avancée de la maladie. On a décidé, dans notre essai dénommé « Coviplasm », de se placer plus en amont : chez des personnes ayant des signes d’inflammation importants. Ces patients arrivent à l’hôpital avec une dyspnée (difficulté respiratoire), mais ne sont pas encore en réanimation. Notre objectif est justement d’éviter le passage en réanimation. En effet, dans certains pays, il n’y a pas assez de places en réanimation pour accueillir tous les patients qui seraient passés dans cette phase inflammatoire, qui requiert une ventilation médicalement assistée. On a donc décidé de se placer bien en amont : chez les patients hospitalisés, qui ont besoin ou pas d’oxygène, mais qui sont à risque de s’aggraver. On a volontairement décidé de ne pas donner ce type de traitement à des patients en ambulatoire (en dehors de l’hôpital), car on sait que la majorité d’entre eux guérit spontanément en 5 à 6 jours.

Existe-t-il un partage d’informations entre tous ces essais ? Comment les chercheurs et cliniciens se tiennent au courant de l’évolution de ces essais ?

On a un grand réseau de partage des essais. Pour les essais faits en France, la majorité des grands services hospitaliers y participent. C’est également le cas pour des essais de prévention ayant lieu en ville, en dehors de l’hôpital. Il y a un grand partage d’information. Pour l’essai Discovery, il s’agit d’un essai européen.

Pour pouvoir participer à ces essais, il faut avoir assez de patients malades. C’est la raison pour laquelle, dans des pays du Sud, en particulier en Afrique subsaharienne, il y a des initiatives thérapeutiques qui sont lancées. Mais tant qu’il n’y a pas beaucoup de malades, il est difficile de monter des essais. Il faut souhaiter qu’il y ait un partage de connaissances entre ces pays et les pays qui ont pu mener ces essais et montrer l’efficacité de certains traitements. Cela permettrait aux quelques malades présents de pouvoir bénéficier des traitements.

النشر بتاريخ 04/05/2020 - التعديل بتاريخ 01/06/2020

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