Volker Schlöndorff s’empare de Guy Môquet
Une scène du film "La mer à l'aube"
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مقالة

Volker Schlöndorff s’empare de Guy Môquet

Un film sur la résistance française signé par un cinéaste allemand était diffusé le vendredi 23 mars 2012. Volker Schlöndorff, né en 1939, s'empare dans son film « La mer à l'aube » d'un épisode peu connu de la Deuxième Guerre mondiale : les fusillés de Chateaubriand. Il en fait une fiction qui a été récompensée par le Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine pour le jeune Léo Paul Salmain lors du dernier Festival international des programmes audiovisuels à Biarritz. Entretien.
بحسب Albéric de Gouville -

RFI : Qu’est-ce qui vous a intéressé dans l'histoire de Guy Môquet et des fusillés de Chateaubriand ?

Volker Schlöndorff : A part l’intérêt historique, j’avais une raison toute personnelle, qui remonte à très, très longtemps, quand j’avais 17 ans. Je suis arrivé en France en 1956, en Bretagne, pour apprendre le français pendant deux mois. Après je suis resté dix ans. J’entendais parler que pendant la guerre, qu’il y avait eu des massacres, des choses. Mais mes camarades ne voulaient pas trop m’en parler. C’est vers la fin de la vie, cinquante ans plus tard, que j’ai pu publier mes mémoires et que j’ai fait une interview à Paris. Pierre-Louis Basse, le journaliste, m’a donné son livre Guy Môquet, une enfance fusillée, qui raconte les quarante-huit otages de Chateaubriand et de Nantes, dont Guy Môquet. D’un coup j’ai donc découvert l’histoire. C’est donc cela que mes camarades de classe avaient voulu m’épargner. Et j’ai commencé à rechercher. Cela m’a donné tout de suite l’envie de revenir en Bretagne et à Nantes, et de raconter cette histoire.
 
RFI : Cette histoire est quand même connue en France. Est-ce que vous avez voulu apporter un double point de vue, le point de vue français, parce que vous avez vécu en France, et aussi bien sûr, allemand ?
 
V.S. : J’étais totalement ignorant de cette histoire de Guy Môquet et de sa lettre qui, selon Sarkozy, devait être lue dan les écoles. C’était devenu une sorte d’icône nationale. Tout ce que je savais, c’est qu’il y avait une station de métro. J’étais totalement [ignorant] : Tous ces films, « Mon village à l’heure allemande », tous ses films de résistance, y compris les très beaux films de Jean-Pierre Melville. La mer à l’aube, le titre de mon film, fait d’ailleurs aussi allusion au Silence de la mer de Melville. J’étais son assistant et je l’admirais beaucoup. Mais j’ai oublié tout ça et j’ai dit, moi, je veux raconter cela du point de vue des jeunes. Et j’ai trouvé une nouvelle de l’écrivain allemand Heinrich Böll, qui n’est pas du tout autobiographique pour Böll, mais qui raconte comment un simple soldat de vingt-et-un ans, se trouve dans un peloton d’exécution. Et Böll lui-même, en 1941, a été sur le fameux mur de l’Atlantique.
 
A ma plus grande surprise, je découvre alors un texte de quarante pages de l’écrivain allemand Ernst Jünger, pas publié dans ses œuvres, que je trouve dans les archives militaires, où il a fait le rapport de cette affaire, que c’est bel et bien Ernst Jünger qui était chargé à Paris à la Kommandantur, de cette première prise d’otages et fusillade d’otages. Et c’est Ernst Jünger qui a traduit les lettres des otages, y compris cette fameuse lettre de Guy Môquet, le lendemain, en allemand. Et cette traduction existe. Et d’ailleurs elle vient d’être publiée pour la première fois en Allemagne.
 
RFI : Il y a une absence totale de manichéisme dans votre film. Les Allemands ne sont pas tous des « méchants » et même les collaborateurs français ne sont pas tous non plus, tout noirs ou tout blancs. Le sous-préfet, par exemple, vous avez voulu lui donner beaucoup d’humanité.
 
V.S. : C’est une curieuse période, presque de cohabitation. Pendant un an et demi, donc de l’Armistice jusqu’en octobre 41, les Allemands ont administré la France avec 1 200 officiers qui surveillaient l’administration française, qui restait en place. Donc il y avait une Armistice et il y avait un semblant de normalité. On n’était pas en guerre. Les soldats allemands n’avaient pas le droit de porter les armes, quand ils prenaient le métro à Paris ou quand ils allaient au cinéma, ni même les officiers. C’était, si vous voulez, une occupation civile. Evidemment, ce n’est jamais beau d’être occupé, d’être sous la coupe d’un autre. Mais, surtout en province, il y avait une espèce de normalité qui existait, avec toutes sortes de rapports humains. Comme toujours, cela s’établit en marge. Et c’est ça que j’ai voulu raconter aussi.
 
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Rediffusion samedi 24 mars à 16h20, mercredi 4 avril à 15h00 et dimanche 8 avril à 01h35.

 

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النشر بتاريخ 20/10/2016 - التعديل بتاريخ 20/10/2016

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