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Roumanie: trente ans après, le difficile travail de mémoire autour des Ceausescu

Un homme allume une bougie pour la commémoration des 30 ans des premières victimes de la révolution roumaine à Timisoara, le 15 décembre 2019.
Un homme allume une bougie pour la commémoration des 30 ans des premières victimes de la révolution roumaine à Timisoara, le 15 décembre 2019.
Daniel Mihailescu / AFP
Il y a trente ans s'écroulait le régime communiste en Roumanie, avec la fin violente du couple Ceausescu. Depuis, peu ou pas de travail de mémoire dans un pays où la démocratie est parfois encore fragile. Trois questions à notre correspondant pour comprendre le rapport de la population à ce passé.

3'35" - Première diffusion le 17/12/2019

De notre correspondant à BucarestBenjamin Ribout

Comment célèbre-t-on ce trentième anniversaire en Roumanie ?

Il y a quelques célébrations en Roumanie, notamment à Timisoara, la ville  considérée comme berceau de la contestation anti-Ceausescu. Une marche de la liberté y a été organisée en mémoire du soulèvement contre le régime à partir du 15 décembre 1989.

Pour rappel, la Roumanie a été le seul pays où l’effondrement du régime communiste s’est accompagné de répression violente. On estime que plus de mille personnes ont été tuées et plus de 3 000 blessées, dans tout le pays.

Mais il y a sans doute une lassitude de la part des Roumains à se replonger dans une période encore largement trouble. La raison est simple : ces derniers considèrent que le travail d'introspection sur le passé communiste et l’une des dictatures les plus répressives de l'époque demeure lent et incomplet. La marche de la liberté de Timisoara a beau se tenir pour « que la jeune génération n’oublie jamais », les gens ne sont pas dupes. Ce qui s'est passé avant et pendant la révolution demeure toujours flou.

Est-on encore en droit d'espérer qu'un jour lumière soit faite sur ce qui s'est passé en décembre 89 ?

Cet anniversaire coïncide justement avec l'ouverture du procès des crimes commis lors de la révolution. Le principal accusé, jugé pour « crimes contre l'humanité », n'est autre que l'ex-président Ion Iliescu. C'est lui qui avait pris les commandes du pays après l'exécution des Ceausescu et c'est à partir de là que sont à déplorer la plupart des victimes.

Ion Iliescu est accusé d'avoir orchestré une « vaste opération de diversion et de désinformation » afin d'« obtenir une légitimité aux yeux du peuple ». Mais les Roumains n'ont pas franchement confiance en leur système judiciaire. Sans compter que l'intéressé a aujourd'hui près de 90 ans et beaucoup estiment que ce procès aurait dû se tenir bien plus tôt.

Depuis les faits, la manière dont Iliescu mais aussi les autres leaders politiques ont géré le passé communiste s'apparente à de l’amnésie. C'est seulement en 2006 que le communisme a été condamné formellement. Une condamnation à mettre au crédit de l'ancien président Traian Basescu et avant tout symbolique, car il fallait alors montrer « patte blanche » auprès de l'Europe. Ironie du sort, il a depuis été établi que Traian Basescu avait été informateur pour les services secrets communistes, la Securitate... Pour les Roumains, donc, si cette période s'apparente au début de la liberté, elle cristallise aussi un gros tissu de mensonges.

Est-ce que cela explique aussi une certaine forme de nostalgie pour la période communiste chez une partie de la population ?

Cette pseudo-nostalgie est alimentée par l'absence d'un travail de deuil de la société roumaine post-communiste. Il n'y a pas eu de lustration du personnel politique et donc les Roumains ont le sentiment que ce sont les mêmes personnes qui ont contrôlé le pays politiquement et se sont enrichis après 1989.

Si cette nostalgie existe, chez les plus âgés principalement, elle traduit une transition démocratique chaotique, amplifiée par les difficultés économiques d'un pays qui compte plus de trois millions de personnes à l'étranger... Absence de vérité sur la révolution de 89, mais aussi travail de mémoire très superficiel sur toute l'époque communiste. La Roumanie, contrairement à d'autres pays d'Europe de l'Est, ne dispose toujours pas de musée consacré à cette période. Le président Iohannis vient tout juste de valider la création d’un lieu qui témoignera des abus subis par la population durant la dictature communiste. À voir quand celui-ci sera prêt et surtout la manière dont il abordera la question.

النشر بتاريخ 18/12/2019 - التعديل بتاريخ 18/12/2019 - بواسطة Benjamin Ribout

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