Le mémorial du Che Guevara à La Higuera, en Bolivie, où le révolutionnaire argentino-cubain fut tué en 1967.
Le mémorial du Che Guevara à La Higuera, en Bolivie, où le révolutionnaire argentino-cubain fut tué en 1967.
Diego Giudice/MCT via Getty Images
مقالة

La Bolivie, « le pays qui a tué le Che »

Il y a 40 ans, Ernesto Guevara était capturé puis exécuté par l’armée bolivienne, après quasiment un an de guérilla. En cette date anniversaire, le pays andin célèbre officiellement la mémoire du révolutionnaire argentin, entre admiration et rancœur.
بحسب Reza Nourmamode -

Clin d’œil de l’histoire, jamais la Bolivie n’aura eu à sa tête un président aussi proche des idées de Che Guevara qu’à l’heure de commémorer les quarante ans de sa mort. « Je suis un admirateur du Che » reconnaît volontiers le socialiste Evo Morales, également ami et allié politique de Fidel Castro et du vénézuélien Hugo Chavez.

Ancien leader syndicaliste des producteurs de coca, grand pourfendeur des États-Unis, et premier président indigène de l’histoire de la Bolivie, Evo Morales revendique haut et fort l’héritage de Che Guevara, à quelques nuances près : « Le Che a lutté pour l’égalité et la justice les armes à la main. C’est ce qui se faisait dans les années 50 et 60 : les peuples prenaient les armes contre l’Empire, explique le chef d’Etat. Mais actuellement, dans ce nouveau millénaire, c’est l’Empire qui prend les armes contre les peuples. Et nous ne devons pas répondre à cette provocation. Nous constatons qu’aujourd’hui, en s’appuyant sur la conscience des peuples, sur les mouvements sociaux, la révolution est possible démocratiquement et pacifiquement. »

Hier lundi, lors de la cérémonie officielle d’hommage au guérillero à Vallegrande, là où le corps du Che fut exposé après son exécution, Evo Morales a voulu assumer pleinement sa filiation idéologique : « La lutte continuera tant que le capitalisme existera a-t-il lancé à la tribune. Je sais que certains n’apprécient pas que je sois présent ici, mais je n’ai pas à le cacher : nous sommes guévaristes, nous sommes révolutionnaires ! »

Et effectivement, un secteur de la société bolivienne reste aujourd’hui encore en grande partie hostile à ce que représente Che Guevara : l’armée, qui a perdu 55 soldats dans la lutte contre la guérilla en 1967. Les autorités militaires avaient prévu d’investir en cette date anniversaire La Higuera et Vallegrande, les deux lieux cultes de la mémoire du Che en Bolivie. Non pas pour rendre hommage au révolutionnaire, mais pour honorer les soldats morts au combat et célébrer ce qui fut la seule victoire de l’histoire de l’armée bolivienne, marquée par de cuisantes défaites face aux pays voisins.

Or l’armée s’est vue retirer l’autorisation de réaliser son acte de mémoire sur place et a donc dû se résoudre à se réunir à plusieurs dizaines de kilomètres de là, ce qui a provoqué un certain malaise dans la hiérarchie militaire.

Sortant de son devoir de réserve, un général a fait part de l’amertume ressentie dans une grande partie de l’armée : « On oublie toujours ceux qui sont tombés pour défendre le pays, et le pire c’est qu’aujourd’hui on les transforme en ennemis de la patrie, s’est-il épanché. Tant d’ingratitude me rend triste. »

Un autre haut-gradé bolivien a ajouté, par voie de presse : « En cette date anniversaire, nous fêtons la défaite de la guérilla extrémiste envoyée par Fidel Castro. Le triomphe de notre glorieuse armée a sauvé l’État de droit qui est aujourd’hui à nouveau menacé par les forces extrémistes de Cuba et du Venezuela. »

Une figure omniprésente

Malgré cela, et comme partout en Amérique Latine, la figure de Che Guevara est aujourd’hui visuellement extrêmement présente en Bolivie, que ce soit sur les murs, les tee-shirts, les pancartes lors des manifestations sociales,.. En tant que symbole révolutionnaire, elle est également utilisée et brandie par les groupes d’extrême gauche ou certains mouvements d’étudiants.

Pourtant, lorsqu’en 1967 il est exécuté par l’armée, son image dans le pays est loin de faire l’unanimité : « Quand il est assassiné, il avait une image qui correspondait à celle que faisait circuler le gouvernement militaire bolivien de l’époque, explique Pablo Stefanoni, journaliste et analyste politique argentin. Celle d’un guérillero étranger, qui était venu installer ici un régime communiste pro-cubain. Après sa mort, il y a eu un lent processus de récupération de sa figure. Il y eut même une sorte de culpabilité collective de la Bolivie d’être le pays qui a tué le Che. Paradoxalement, ce sont les paysans boliviens, accusés d’avoir trahi le Che, qui ont aujourd’hui hissé au pouvoir un leader des producteurs de coca qui s’autodéfinit comme le premier président guévariste. »

Allemand et ancien missionnaire catholique, arrivé en Bolivie il y a trente ans, Anastasio Kohmann est aujourd’hui président de la Fondation Che Guevara de Vallegrande. Il estime que le guérillero communiste n’est pas seulement une figure du passé. Selon lui, la Bolivie et le continent, pourraient aujourd’hui bénéficier des enseignements du Che : « À l’heure du réveil de l’Amérique Latine, affirme-t-il, à l’heure du réveil des mouvements indigènes et sociaux, Che Guevara peut nous orienter. Il nous a appris que la véritable révolution, ce n’est pas la lutte armée, mais la construction d’une nouvelle société. »

النشر بتاريخ 05/10/2017 - التعديل بتاريخ 13/10/2017

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias