Emmanuel Macron à Alger le 6 décembre 2017.
Emmanuel Macron à Alger le 6 décembre 2017.
REUTERS/Zohra Bensemra
مقالة

Colonisation et guerre d’Algérie: le rapport Stora écarte toute idée de repentance pour la France

En France, la question de la mémoire de la colonisation puis de la guerre d’indépendance empoisonne depuis 60 ans les relations avec l’Algérie. C’est pour « regarder l’histoire en face » qu’Emmanuel Macron a commandé en juillet 2020 un rapport à l’historien Benjamin Stora. Un rapport qui doit être remis cet après-midi au président français.
بحسب RFI -

Dans son rapport, l’historien écarte toute idée de repentance et il prend pour exemple les excuses présentées par le Japon à la Corée et à la Chine pour en conclure que cette politique-là « ne calme rien ». Pas question donc de présenter des excuses : « La repentance est une vanité, la reconnaissance c’est la vérité », répète-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron, mais le président français l’a dit, il veut sortir du déni et des non-dit sur la colonisation et la guerre d’Algérie.

Benjamin Stora formule ainsi dans son rapport une petite trentaine de préconisations pour tenter de réconcilier les mémoires. Parmi elles, il y a la constitution d’une commission Mémoire et Vérité chargée d’impulser des initiatives communes entre les deux pays sur ces questions de mémoire.

Fadila Khattabi, députée et présidente du groupe d'Amitié France-Algérie : « Faire ce travail de mémoire me semble vraiment primordial pour pouvoira avancer. Moi-même en 2018, j'ai fait une exposition sur la guerre d'Algérie à l'Assemblée nationale, une première. C'était une exposition qui retraçait bien sûr toute cette guerre. Donc tout ce qui oeuvre dans le sens du travail de mémoire afin d'avancer et de solder cette page triste de l'histoire, j'y suis très favorable et je me réjouis du travail qui va se faire au sein de cette commission dont je salue bien sûr l'iniative. »

Le Panthéon pour Gisèle Halimi ?

Autre proposition : la mise en place de journées de commémoration, le 19 mars par exemple, date anniversaire de la signature des accords d’Evian ; ou encore la reconnaissance par la France de l’assassinat de l’avocat Ali Boumendjel, militant de l'Union démocratique du Manifeste algérien, tué pendant la bataille d’Alger de 1957. Benjamin Stora appelle à la reprise des travaux du groupe de travail conjoint sur les archives, groupe installé en 2013. Il propose aussi de faire entrer au Panthéon Gisèle Halimi, avocate anticolonialiste, notamment célèbre pour avoir défendu des militants FLN durant la guerre d’Algérie.

Ce ne sont pour l’heure que des préconisations, mais à l’Élysée on assure ce matin que bon nombre d’entre elles seront retenues. En effet, Emmanuel Macron a fait de ces questions mémorielles avec l’Algérie un des sujets importants de son quinquennat. On se souvient de cette petite bombe lâchée à la télévision algérienne alors qu’il n’est encore que candidat à la présidence lorsqu’il a qualifié la colonisation française en Algérie de crime contre l’humanité.

Une fois élu, Emmanuel Macron va accomplir un premier acte fort : en reconnaissant que le militant communiste Maurice Audin a été assassiné en Algérie par des soldats français. Ce rapport commandé à Benjamin Stora est là une nouvelle étape. L’objectif d’Emmanuel Macron, c’est d’œuvrer à la réconciliation des peuples français et algérien. Le défi est extrêmement ambitieux sachant qu’en France comme Algérie certains continuent encore 60 ans après d’instrumentaliser cette mémoire à des fins politiques.

Déception et critiques naissantes

Ces préconisations forment une politique des petits pas contrainte par un contexte explosif, selon l'historien Guy Pervillé. « Je crois que la politique d'Emmanuel Macron n'est pas nouvelle en fait, c'est toujours la même. D'un côté, les présidents français s'adressent à l'Algérie en essayant d'obtenir une réconciliation, mais en même temps, ils ont dans le dos, si je puis dire, différents groupes mémoriels français qui ne sont pas tous de la même tendance. Parmi ces gestes, il peut y en avoir quelques-uns qui risquent d'être contre-productifs, en tout cas en France. » La panthéonisation de Gisèle Halimi, par exemple. Rapprocher sera la tâche qui incombera à la commission Mémoire et Vérité.

L'historien algérien Hosni Kitouni, de l'université britannique d'Exeter, se dit pour sa part un peu déçu par les propositions de Benjamin Stora, bien qu'il ne soit pas surpris.

Sur cette question de la mémoire, il faut vraiment s'assoir autour d'une table et être franc et sincère. Or, dans cette affaire-là, quelque part cela manque de sincérité, pour une raison bien simple : la France ne peut pas faire de grands gestes sur cette question, compte-tenu des enjeux politiques que la mémoire a en France et des enjeux électoraux aussi. Donc je crois que M. Benjamin Stora est enfermé dans cette quadrature du cercle. »

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 Hosni Kitouni (00'59")

Enfin, ce rapport risque provoque déjà la déception de nombreux harkis, ces Algériens qui ont combattu aux côtés de la France et qui ont connu après la guerre, de sanglantes représailles et l'exil. Fatima Besnaci co-préside en France l'association Harkis et droits de l'homme.

Concernant les harkis, c'est vraiment réduit à une portion congrue [...] C'est une proposition blanche, qui ne sert à rien. »

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 Fatima Besnaci : « ce rapport n'apporte absolument rien à la question harkie » (00'52")

النشر بتاريخ 28/01/2021 - التعديل بتاريخ 28/01/2021

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