Drapeaux chinois et américains
Drapeaux chinois et américains.
Flicker / Ministère de l'Agriculture des Etats-Unis / Creative Commons
مقالة

Washington-Pékin: avis de tempête

La traditionnelle session annuelle de la Commission des droits de l’Homme de l’ONU est l’occasion d’un affrontement sino-américain qui a ouvert une crise entre Pékin et Washington. Les États-Unis ont en effet annoncé leur décision de présenter une résolution condamnant la Chine pour ses « retours en arrière sur des questions fondamentales ». La Chine a vivement réagi en dénonçant « une grave ingérence dans les affaires intérieures » du pays. L’incident survient dans un contexte global de d’inquiétudes face au développement de la puissance chinoise et les tensions que l’économie chinoise émergente fait peser sur les échanges internationaux.
بحسب Georges Abou -

En prenant la décision de s’intéresser aux droits de l’Homme en Chine, Washington n’ignorait pas que la réaction serait vive et que le dialogue sino-américain traverserait immédiatement une zone de turbulences. Ce dossier est en effet considéré par Pékin comme un lieu de souveraineté indiscutable et les autorités, hyper sensibles aux critiques sur cette question, réagissent de façon systématiquement épidermique à toute évocation du sujet. Le ministère chinois des Affaires étrangères a dénoncé la décision américaine de faire condamner la Chine par la Commission des droits de l’Homme de l’ONU comme « une grave ingérence dans les affaires intérieures de la Chine ». Il est vrai qu’en raison de la nature même du régime, ce dossier, principe fondateur des démocraties occidentales, est une menace d’interpellation permanente sur la scène internationale pour les autorités chinoises et, à ce titre, constitue donc un prétexte idéal pour engager les hostilités avec Pékin.

Avec plus ou moins de bonne foi, selon les cas. En l’occurrence, l’année dernière, alors que les autorités chinoises n’avaient pas encore modifié leur constitution pour y inclure la reconnaissance des droits de l’Homme et de la propriété privée, les Américains, alors préoccupés par leur projet d’invasion de l’Irak et soucieux du soutien ou de la neutralité de Pékin, n’avaient pas soutenu le projet de résolution contre la Chine à la Commission de Genève.

Cette dernière affaire révèle aussi l’installation d’une obsession chinoise de la diplomatie et des milieux d’affaires américains qui tiennent la Chine pour responsable d’un quart du déficit commercial des États-Unis. Avec son économie débridée et ses taux de croissance insolents, avec une industrie dévoratrice de matières premières et la pression qu’elle exerce sur les revenus et les coûts, avec sa monnaie sous-évaluée qui attire le consommateur et disqualifie la concurrence, la Chine qui s’éveille creuse les déficits, pèse sur l’emploi et apparaît finalement comme une source d’inquiétude dont Washington se fait le porte-parole. Car cette préoccupation est partagée par l’ensemble des partenaires des Etats-Unis qui, impuissants ou presque, voit émerger une hyper puissance menaçante pour l’hégémonie occidentale. 

Le 19 mars 2004, Washington déposait devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) une plainte contre la Chine, la première que Pékin affronte depuis son entrée au sein de l’organisation, en décembre 2001. La plainte américaine vise la taxe de 17% imposée aux micro-processeurs importés de l’étranger, alors que les « puces » made in China ne sont imposées qu’à hauteur de 3%. Et l’économie rejoint la politique et les droits de l’Homme lorsque la confédération syndicale américaine AFL-CIO met en relation la faiblesse des coûts de production en Chine avec l’absence de liberté syndicale des ouvriers chinois, finalement préjudiciable à l’emploi américain. En période électorale, ce sont des arguments qui comptent. Pour l’heure, l’affaire est encore en cours d’examen et la commission de l’OMC chargée d’arbitrer le différend ne sera saisie que dans 60 jours, si aucun arrangement n’est trouvé. Mais le mécanisme est enclenché et le désarroi de la partie chinoise semble indiquer que Pékin entretient sur ce dossier une politique économique discriminatoire en toute connaissance de cause.

Gesticulations viriles dans le détroit de Formose

Ces charges sur les dossiers économiques et des droits de l’Homme s’inscrivent aussi dans un contexte de tensions politiques autour des questions d’actualités. Au début du mois de mars, l’un des principaux leaders du mouvement pour la démocratisation de Hong Kong, ancienne colonie britannique rétrocédée en 1997 à Pékin, a été reçu à Washington par le secrétaire d’État. Martin Lee a estimé que « sur le court terme, les choses ne semblent pas très bonnes » et a affirmé que Colin Powell était « à l’évidence très préoccupé » par la situation politique à Hong Kong. Le département d’État a toutefois choisi de rester prudent dans ses commentaires à l’issue de la rencontre.

L’élection présidentielle et le référendum taiwanais sur l’avenir des relations entre « l’île rebelle » et la « Chine continentale » ont réamorcé la mécanique des déclarations de souveraineté. Washington a condamné l’initiative de Taipei mais les faits sont têtus: au train où vont les choses l’économie chinoise accouchera bientôt d’un arsenal militaire à la hauteur de ses ambitions, ses déclarations sont agressives, la provocation belliqueuse fait partie de sa stratégie et seul le parapluie militaire américain est encore (et pour combien de temps ?) en mesure d’inhiber la volonté chinoise de franchir le détroit de Formose.

Cependant, en dépit de ces gesticulations viriles, les deux pays demeurent des partenaires incontournables sur certains dossiers sensibles. Les États-Unis ont notamment encore besoin de la Chine pour régler leur contentieux nucléaire avec la Corée du Nord. Et, selon un expert taiwanais, le plus court chemin entre Pékin et Taipei passe encore par les Etats-Unis.

En attendant Washington cherche le soutien des Européens pour faire adopter sa résolution par la Commission des droits de l’Homme. La Chine annonce la suspension de son dialogue avec les États-Unis sur cette question.

النشر بتاريخ 30/01/2017 - التعديل بتاريخ 18/05/2019

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