Le président sri-lankais Mahinda Rajapakse.
Le président sri-lankais Mahinda Rajapakse.
Lakruwan Wanniarachchi / AFP
مقالة

Un faucon à la présidence

À 60 ans, Mahinda Rajapakse devient le quatrième président du Sri Lanka. Avec 50,3% des voix, le Premier ministre sortant remporte un scrutin décisif pour l'avenir du pays. L'enjeu de la présidentielle étant la résolution du conflit entre la guérilla séparatiste tamoule et le gouvernement.
بحسب Mouhssine Ennaimi -

De notre correspondant à Colombo,

Mahinda Rajapakse, le Premier ministre candidat vient de remporter l'élection présidentielle avec 50,3% des voix. Son adversaire obtient 48,40% des suffrages. Quant à la participation, elle s'élève à plus de 75%. Au cours de la campagne électorale, le chef du gouvernement a ostensiblement mis en avant son nationalisme cinghalais. Il a également noué des alliances controversées, notement avec le parti communiste (JVP) et les moines nationalistes bouddhistes (JHU). Ces deux derniers étant considérés comme les pires ennemis du LTTE (Tigres de Libération de L'Eelam Tamoul).

Mahinda Rajapakse, prône également une unité nationale. « Je ne diviserais jamais ce à quoi je tiens le plus au monde ! », a-t-il martelé à plusieurs reprises au cours de ses meetings politiques. Une véritable provocation aux yeux de la guérilla séparatiste qui espère un régime fédéral. Mahinda Rajapakse dit qu'il souhaite lancer une « nouvelle initiative » pour mettre un terme au conflit qui a déjà fait plus de 60 000 morts. Une approche aussi risquée que vague. Ses ententes et ses déclarations lui ont valu le surnom du « candidat de la guerre ». À l'inverse, son rival, Ranil Wickramasinghe, souhaite une approche dans la lignée des négociations entamées durant son mandat de Premier ministre. Des discussions qui ont donné lieu à un accord de cessez-le-feu en février 2002.

Boycott tamoul, une balle dans le pied ?

Ironiquement, la victoire du Premier ministre est due, en grande partie, à l'abstention massive de la minorité tamoule. Au nord de l'île, Jaffna est une ville sous entière influence LTTE. Dans cette « capitale » tamoule, le taux de participation atteint 0,014%. Un taux ridiculement bas. En boycottant les élections, le LTTE a sérieusement compromis les chances du leader de l'opposition. Traditionnellement, la minorité du nord et de l'est de l'île apporte son soutien à Ranil Wickramasinghe.

Une stratégie de la balle dans le pied ? Pas si sur. « En boycottant le scrutin, le LTTE provoque l'élection du candidat qui prône une ligne sévère à leur égard. Ils espèrent le faire passer pour LE président radical et incapable de dialoguer. Sur le long terme, les Tigres passeront alors pour des victimes et s'attireront la sympathie de la communauté internationale », confie un diplomate en poste à Colombo, sous couvert d'anonymat. Une stratégie risquée puisqu'elle pourrait relancer le conflit armé.

Grave conséquences

Mahinda Rajapakse propose également de mettre hors d'état de négocier les intermédiaires de paix internationaux. Accusés de partialité, les Norvégiens devraient être poussés vers la porte de sortie. Quant au partage de l'aide internationale post-tsunami entre le LTTE et le gouvernement, pourtant signé en juin dernier, il est tout simplement abandonné. « Cette élection risque d'avoir de graves conséquences sur les populations sinistrées. Nos projets sont dans une zone contrôlée par le LTTE. Les victimes de la guerre et du tsunami ont vraiment besoin d'aide. Il y a de fortes chances qu'on nous mette des bâtons dans les roues au cours des mois à venir. Ce sont les personnes les plus vulnérables et les plus démunies qui vont souffrir le plus », confie une responsable d'une importante ONG sous couvert d'anonymat. Par crainte de représailles.

Au cours des débats, la campagne présidentielle a rapidement pris une tournure de referendum pour la paix. Reste à savoir ce que le nouveau président Mahinda Rajapakse proposera concrètement et, surtout, comment la guérilla réagira.

النشر بتاريخ 19/06/2017 - التعديل بتاريخ 19/06/2017

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