L'hymne national durant la coupe du monde de football 2002: Brésil - Belgique.
L'hymne national durant la coupe du monde de football 2002: Brésil - Belgique.
Tim de Waele / Corbis via Getty
مقالة

Silence, on joue

Dans une interview accordée à un magazine suisse, le président de la Fédération internationale de football (FIFA), Joseph Blatter s’est interrogé sur le sens donné aux hymnes nationaux joués avant les rencontres internationales. Ces propos interviennent quelques jours après les violences qui ont émaillé la rencontre Turquie – Suisse, comptant pour les qualifications de la prochaine Coupe du monde. Cette réflexion du patron du football international provoque une certaine effervescence dans le monde du ballon rond.
بحسب Olivier Péguy -

6 octobre 2001. Une rencontre France-Algérie à Paris. Le match est amical. L’ambiance l’est moins, puisque l’hymne national français, joué avant le coup d’envoi, est sifflé par une partie des spectateurs.

14 février 2004. Finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre la Tunisie et le Maroc. Avant le début de la rencontre, une partie des supporters tunisiens manifeste bruyamment lors de la diffusion de l’hymne national marocain.

16 Novembre 2005. Le match entre la Turquie et la Suisse, joué à Istanbul, doit désigner l’équipe qualifiée pour la prochaine Coupe du monde. À l’aller en Suisse, l’hymne turc avait été sifflé. Au match retour, c’est l’hymne helvétique qui est couvert par les sifflets du public. Ce climat tendu débouchera même sur des violences à l’issue de la rencontre. Les instances dirigeantes du football mondial sont saisies de l’affaire et pourraient prononcer des sanctions.

Ces trois exemples récents sont significatifs des tensions qui entourent certaines confrontations sportives entre nations. Les notions de respect et de fair-play censées caractériser les événements sportifs sont mises à mal. Le fait de siffler des hymnes nationaux est un phénomène relativement nouveau.

Se tenir « immobile et silencieux »

« Le football offre un support à l’affirmation des identités collectives », explique Christian Bromberger, sociologue. Au XXème siècle, « l’équipe de foot est devenue l’emblème majeur de l’État-nation  ». Dans ce contexte, le chercheur précise que « les compétitions internationales réveillent et amplifient des sentiments d’hostilité hérités de l’histoire. »

C’est dans les années 1904-1905 qu’aurait été jouée pour la première fois La Marseillaise, en préambule d’un match international de l’équipe de France de football. Il s’agit alors d’alimenter la flamme patriotique. Le sport est un des vecteurs puissants de la fibre nationaliste.

Dès les premières éditions de la Coupe du monde de football (en 1930, puis surtout en 1934), la diffusion des hymnes nationaux devient une pratique courante, indiscutée. Cette pratique s’institutionnalise sous l’égide des instances internationales la Fédération internationale de Football association (FIFA) ou l'Union européenne des associations de football (UEFA)... Les textes établis par la FIFA stipulent ce point du protocole, pour les rencontres entre nations : « (les joueurs entrent des vestiaires sur le terrain.) Pendant ce temps, l’hymne de la FIFA est joué, jusqu’à ce que les équipes aient formé leurs rangs. Puis, l’hymne national de chaque équipe est joué. Les joueurs respecteront les hymnes nationaux en se tenant immobiles et silencieux ». Par ailleurs, le code disciplinaire des instances internationales précise les sanctions en matière de racisme et d’infractions contre l’honneur, en cas de débordement de la part des spectateurs. Mais il n’est pas fait mention explicitement du cas où les hymnes nationaux seraient sifflés par des spectateurs.

Interrogé par le magazine suisse Schweizer Illustrierte, le président de la Fédération internationale de football, Joseph Blatter a ouvert un débat. « Je me demande si cela a encore un sens de jouer les hymnes nationaux », a-t-il déclaré. Ces propos font suite aux vives tensions qui ont émaillé les derniers matchs entre la Suisse et la Turquie. Au niveau de la FIFA, on affirme qu’il s’agit de propos qui n’engagent pas l’institution, et on précise qu’aucune étude n’est en cours au sein de cette instance pour envisager une suppression des hymnes nationaux. Mais le débat est lancé, ou plutôt relancé.

Pour ou contre

Au lendemain de la CAN en 2004 en Tunisie, et des troubles ayant perturbé la finale Maroc–Tunisie, plusieurs personnalités du monde du football s’étaient exprimées sur la question. « Il faut supprimer les hymnes », avait déclaré Dominique Colonna, ancien gardien de l’équipe de France. Même avis de la part de Mahjoub Faouzi. Ce journaliste tunisien, ancien chef de presse de la Confédération africaine de football, déplore que « dans les compétitions africaines, on assiste à un retour en force du chauvinisme et du nationalisme ». Avis contraire d’Eddie Hamel, journaliste à Canal France international. Pour lui, « les hymnes nationaux sont un grand moment de concentration et d’émotion. Il ne faut pas les supprimer, ils font partie intégrante de la compétition dans les cérémonies protocolaires ».

Le débat est au moins autant animé chez les amateurs de ballon rond, qui se prononcent par centaines sur des forums sur internet. Ainsi cet internaute qui plaide pour que dans les stades de football, « on mette moins de ce gras nationalisme populacier ». Et de prôner la suppression des hymnes. Mais cet autre internaute lui répond : « les excités de tous poils qui hantent les stades ne déclenchent-ils leur fureur qu’à l’écoute des hymnes ? » et de souligner que des problèmes de violence éclatent aussi lorsqu’il s’agit de matchs entre clubs, qui n’ont rien à voir avec une dimension nationaliste.

« Ce n’est parce qu’on chante et qu’on joue un hymne national qu’il y a des problèmes de violences », affirme le ministre français des Sports Jean-François Lamour. Pour sa part, un journaliste du quotidien sportif L’Équipe interrogé par RFI, estime que « ce serait trop beau s’il suffisait de supprimer les hymnes nationaux pour arrêter les conneries (sic) de certains supporters ».

Conclusion d’une internaute s’exprimant sur la question : « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse »… Un peu de respect et tout ira pour le mieux dans le meilleur des stades.

النشر بتاريخ 22/12/2017 - التعديل بتاريخ 26/01/2018

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