Les soldats népalais patrouillent près du palais royal à Katmandou, le 1er février 2005.
Les soldats népalais patrouillent près du palais royal à Katmandou, le 1er février 2005.
Devendra Man Singh/AFP
Assumant seul le pouvoir depuis le limogeage de son Premier ministre le 1er février 2005, le roi du Népal a instauré l’état d’urgence dans son pays qu’il mène d’une main de fer. L’opposition dénonce l’arrestation de près d’un millier de personnes au cours des derniers jours. Et ce petit État de l’Himalaya craint la recrudescence des violences entre l’armée et la rébellion maoïste qui lutte depuis neuf ans pour l’instauration d’une «République populaire».
بحسب Olivier Bras -

La menace de la paralysie économique plane de nouveau sur le Népal. Le dernier blocage routier du pays remonte au mois de décembre 2004, les rebelles maoïstes parvenant alors à interrompre pendant plusieurs jours le trafic sur les routes qui permettent d’accéder à la capitale du royaume, Katmandou. La population en avait une nouvelle fois chèrement payé les conséquences, la pénurie des denrées alimentaires entraînant la hausse des prix. Pour les chauffeurs qui avaient choisi de ne pas respecter le blocage, la facture avait été encore bien plus élevée puisque leurs camions avaient été incendiés par les rebelles. Et ces derniers se disent prêts à utiliser les mêmes méthodes à partir du 14 février 2005. Ils ont même appelé la population à commencer à stocker des provisions en prévision de ce mouvement à durée indéterminée.

Le lancement du blocage routier dépend désormais du roi Gyanendra. L'un des dirigeants maoïstes, Prachanda, lui a demandé de « revenir immédiatement sur ses mesures rétrogrades », faisant ainsi allusion aux nombreuses décisions qu’il a prises après le limogeage le 1er février 2005 du chef du gouvernement, Sher Bahadur Deuba. L’état d’urgence décrété par le souverain népalais a entraîné la suspension de la majorité des droits fondamentaux des acteurs de la société civile, à commencer par les médias qui se sont vus interdire le droit, pendant six mois, de critiquer l’action gouvernementale. Des militaires ont ainsi pris place dans certaines salles de rédaction pour surveiller le contenu des informations diffusées. Et le nouveau gouvernement a annoncé qu’il prendrait des mesures contre les partis d’opposition ou les rebelles s’ils organisaient des grèves dans le pays.

Le pays s’apprête donc à vivre un nouveau bras de fer entre le pouvoir et rébellion maoïste. Paradoxalement, c’est en raison de l’incapacité de son gouvernement à nouer un dialogue avec les rebelles que le roi Gyanendra a choisi d’assumer tous les pouvoirs. Son nouveau gouvernement s’est d’ailleurs dit prêt à discuter avec les rebelles et a nommé des négociateurs dont la mission est d’ouvrir des pourparlers de paix. Mais l’instauration d’un tel dialogue semble très incertaine en raison de l’intransigeance du pouvoir qui refuse toute condition préalable à l’ouverture de ce processus. Et ce discours ferme s’accompagne de la poursuite des opérations militaires sur le terrain. Selon des médias locaux, les troupes népalaises ont attaqué le 8 février 2005, des bases maoïstes dans l’ouest du royaume himalayen avec le soutien d’hélicoptères. Le bilan de cette offensive, qui aurait fait plusieurs dizaines de morts dans le camp des rebelles, vient grossir le nombre des victimes de la guerre civile estimé à 11 000 personnes.

Un recul démocratique condamné

Avec le déclenchement des attaques, le roi du Népal semble indiquer qu’il compte sur les militaires pour conserver son trône. Avec près de 80 000 hommes, l’Armée royale népalaise dépasse largement numériquement la rébellion dont le nombre de combattants est estimé à 15 000. Mais malgré un rapport de forces largement en sa faveur, autant en termes d’effectifs que de moyens, l’armée népalaise s’est avérée jusqu’à présent incapable de réduire la rébellion qui contrôlerait environ la moitié du pays. Ses deux principaux dirigeants, Prachanda et Baburam Bhattarai, mènent depuis 1996 une lutte armée qui s’inspire du combat mené par le Sentier lumineux au Pérou. Ils ont choisi une méthode radicale pour mettre un terme à la monarchie et parvenir à créer une «République populaire» au Népal. Et ils profitent notamment des réseaux de contrebande à la frontière avec l’Inde pour armer leurs combattants.

Les conséquences de la guerre civile sont terribles pour la population de cette nation classée par l’Organisation des Nations Unies parmi les pays moins développés au monde. Près de 40% des Népalais vivent sous le seuil de pauvreté et le PIB par habitant atteint à peine 250 dollars, soit près de deux fois moins que chez le voisin indien. Et la communauté internationale craint qu’une nouvelle crise ne contribue à aggraver la situation déjà très difficile dans laquelle se trouvent les quelque 25 millions d’habitants de ce pays. Le gouvernement américain s’est ainsi dit lundi « très préoccupé » pour l’avenir de ce pays. « Nous avons de vraies inquiétudes concernant la marche arrière en matière de démocratie au Népal », a affirmé Scott McClellan, porte-parole de la Maison-Blanche. Des craintes notamment partagées par le gouvernement britannique qui a appelé au « retour immédiat du multipartisme » après le coup de force du roi Gyanendra.

L’évolution de la crise est également suivie avec beaucoup d’attention par New Delhi. Si les autorités indiennes ont officiellement condamné le coup de force du roi en le qualifiant de « recul de la démocratie », elles ne disposent cependant que d’une très faible marge de manœuvre. Elles redoutent en effet les conséquences d’une victoire de la rébellion maoïste népalaise, certains mouvements radicaux indiens possédant des liens étroits avec elle. Pour l’Inde, il est donc urgent que les différentes parties s’assoient à une table des négociations et parviennent à trouver une solution politique. Le roi Gyanendra sait cependant qu’il peut compter sur le soutien d’autres puissances pour poursuivre sa politique, en particulier celui de la Chine. Une manière pour Pékin de remercier le pouvoir népalais qui avait ordonné fin janvier la fermeture à Katmandou de bureaux du chef spirituel tibétain, le Dalaï-Lama.

النشر بتاريخ 10/07/2017 - التعديل بتاريخ 11/07/2017

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