Des militants politiques népalais crient des slogans anti-roi Gyanendra à Katmandou, 19 avril 2006.
Des militants politiques népalais crient des slogans anti-roi Gyanendra à Katmandou, 19 avril 2006.
manan Vatsyayana / AFP
Le 20 avril 2006, l’alliance des sept partis politiques de l’opposition avait prévu d’assiéger le palais royal, dans la capitale Katmandou. Voilà 14 jours, qu’elle maintient la pression sur le monarque, avec l’appui massif de la rue, qui milite pour le retour à la démocratie. La tension est à son paroxysme dans le pays tout entier. Le 18 avril, les émeutes ont fait une sixième victime, une femme, touchée au visage par une grenade à 500 kilomètres à l’ouest de la capitale.
بحسب Marie Perruchet -

Le roi Gyanendra, les lèvres toujours pincées, ne sait pas comment répondre à la colère de la rue. Il réprime la contestation en organisant des vagues de rafles. À Pokhara, ville touristique située à l’ouest de Katmandou, 250 professeurs ont été arrêtés le 19 avril 2006 pour avoir bravé l’interdiction du couvre-feu, mis en place pour endiguer l’agitation.

La semaine précédente, les ambassadeurs d’Inde, de Chine et des États-Unis au Népal ont tenté de l’amener à la table des négociations, sans succès. Le message transmis par Shiv Shanker Mukherjee, ambassadeur d’Inde au Népal était pourtant bien clair : « il faut instaurer un dialogue impératif entre la monarchie et les partis politiques ». Mais le souverain fait toujours la source oreille, à la grande inquiétude des autorités indiennes. « Nous ne voulons pas nous immiscer dans les affaires intérieures d’autres pays, mais la situation au Népal semble devenir incontrôlable », a déclaré Karan Singh, président du Conseil des relations culturelles indiennes. Manmohan Singh, le Premier ministre indien, l’envoie tout spécialement au Népal. Il rencontrera le 20 avril 2006, à Kathmandou, le roi en personne, tout comme le secrétaire indien aux Affaires étrangères, Shyam Saran, de retour du royaume bhoutanais.

Ici, on interprète ce geste comme une tentative de médiation amicale puisque Karan Singh entretient des liens particuliers avec la famille royale. Sa femme, Yashorajya Laxmi Devi est la fille de l’ancien premier ministre népalais Shamsher Jung Bahadur Rana. Au programme de la visite, « inviter les partis politiques à former un gouvernement intérimaire, négocier la paix avec la guérilla maoïste et organiser des élections ».

Les intérêts indiens

L’inquiétude indienne n’est pas nouvelle. Lorsque le monarque népalais s’est arrogé les pleins pouvoirs le 1er février 2006, l’Inde a supprimé son approvisionnement en armes à l’armée royale du Népal. Elle a, par la suite, levé son embargo sur les armes non létales, qui peuvent aller des balles en plastique au gaz lacrymogène. Ces dernières années, elle a fourni pour 100 millions de dollars en matériel de guerre.

New Delhi ne peut pas en effet risquer de perdre cette zone d’influence qu’est le royaume himalayen. Elle a vu d’un mauvais œil le Pakistan, son rival de toujours, proposer des armes à l’armée royale du Népal, et les propos de la Chine qui considère que le problème népalais est un « problème interne ».

L’Inde aussi, a tout intérêt à soutenir l’idée de monarchie et de démocratie, y compris dirigée par un roi despote ou par une alliance de partis politiques népalais faibles et corrompus, qui ne rallient pas les foules, si ce n’est, pour protester contre le roi. Sauf que l’alliance de circonstance passée entre les partis politiques et la guérilla maoïste qui envisage de « former un gouvernement parallèle », selon les partis politiques, a de quoi inquiéter le sous-continent. Si les rebelles maoïstes népalais arrivaient un jour au pouvoir, New Delhi pourrait craindre un renforcement des liens entre insurgés maoïstes népalais et indiens.

Depuis une quarantaine d’années, l’Inde subit les attaques répétées d’une armée de 10 à 20 000 rebelles maoïstes indiens, les Naxalites. Ils opèrent dans « le corridor rouge », qui s’étend de l’État du Bihar, frontalier avec le Népal à l’Andhra Pradesh, au sud du pays. Ménager la chèvre et le chou, c’est un peu la stratégie indienne. Que le pouvoir soit détenu par un roi, une guérilla ou un groupe de politiciens, une chose est sûre, New Delhi souhaite avant tout, « sa sécurité ».

النشر بتاريخ 06/07/2017 - التعديل بتاريخ 11/07/2017

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias