Une commémoration en hommage aux travailleurs d'Action Contre la Faim dans la ville de Trincomalee, le 11 août 2006.
Une commémoration en hommage aux travailleurs d'Action Contre la Faim dans la ville de Trincomalee, le 11 août 2006.
Lakruwan Wanniarachchi / AFP
مقالة

L'armée accusée du massacre de 17 humanitaires

Dans un rapport rendu public, la Mission de surveillance du cessez-le-feu (SLMM) entre la guérilla tamoule et l'armée srilankaise, accuse les forces gouvernementales d'être derrière le massacre du 4 août 2006. Ce jour-là, 17 membres de l'organisation française Action contre la faim (ACF) ont été exécutés froidement d'une balle dans la tête, dans leurs locaux de Muttur au nord-est du Sri Lanka. Selon le secrétaire général des Nations Unies, il s'agit là d'une des pires attaques contre les organisations humanitaires.
بحسب Mouhssine Ennaimi -

« Le rapport de la SLMM : partial et non professionnel », c'est la Une du Daily News. Le journal, proche du gouvernement, tire à boulets rouge sur la Mission de surveillance de la trêve (SLMM) (1). Tous les autres journaux en langue anglo-saxonne de Colombo font également leur une sur le rapport des observateurs internationaux, rendu public. Un pavé dans la mare.

L'armée responsable du massacre de 17 membres d’ACF

« La SLMM est, avec les éléments trouvés, convaincue qu'il ne peut y avoir d'autres groupes armés, autres que les forces de sécurité derrière cet acte »écrit le chef de la mission, Ulf Henricsson, dans un communiqué de presse. Rapidement, les ministres sont montés au créneau. En coulisse, le chef de la diplomatie est furieux et parle d'un comportement irresponsable. « Nous regrettons ces déclarations. Non seulement nous les regrettons, mais nous les rejetons et nous les condamnons fermement », dit Keheliya Rambukwella, porte-parole du ministère de la Défense, chargé du dossier. Et le porte-parole d'ajouter que « La SLMM est une mission d'observation, elle n'a aucune compétence, ni les pouvoirs pour commenter une affaire en cours ».

Pour étayer ses propos, le porte-parole pointe du doigt que la ville de Muttur était toujours sous contrôle des Tigres de l'Eelam tamoul (LTTE) lors du décès des membres d' ACF. Une explication qui ne satisfait pas le chef de la mission. « Nous avons des éléments qui prouvent nos propos et nous sommes prêts à les remettre à une commission d'enquête impartiale », dit le Major Ulf Henriccson, laissant à peine sous- entendre que les autorités seraient tentées de masquer la vérité et de classer l'affaire sans suite comme c'est souvent le cas au Sri Lanka. Dans un souci d'impartialité, les contrôleurs internationaux mettent également en évidence que la guérilla n'est pas dédouanée d'actes violents et barbares. Pour la SLMM, l'attaque à la mine contre le bus de civils à Kebitigollewa, le 15 juin 2006, porte les marques du modus operandi du LTTE. L'attentat avait fait une soixantaine de morts. Tous des civils.

Climat d'impunité

Au-delà du scandale politique (et judicaire) que le rapport de la SLMM provoque, de nombreux observateurs applaudissent le courage de la mission scandinave qui tente de lever le climat d'impunité qui règne au Sri Lanka. En janvier 2006, cinq étudiants ont été tués dans la région de Trincomale. En juin, dans la péninsule de Jaffna, sur les îles de Kayts, treize personnes ont été retrouvées mortes. Parmi elles deux enfants en bas âge. Toujours en juin, deux cents personnes qui s'étaient réfugiés dans l'église de Pasalai, dans la région de Mannar, ont été attaquées. Bilan : une dizaine de morts. On pourrait ajouter à la liste l'attentat à la bombe au marché de Trincomale, les douze paysans tués à Welikanda, les enlèvements réguliers de journalistes et les assassinats ciblés à Colombo. La plupart de ces crimes ne sont pas élucidés et rien n'indique qu'ils le seront.

Dans un communiqué publié en juin 2006, Amnesty International dénonce le climat délétère et « reste circonspecte compte tenu des précédentes investigations inefficaces, aux termes desquelles les auteurs de violences restent souvent impunis ». « Pour un pays qui siège pour la première fois au conseil des droits de l'homme des Nations Unies, ce rapport est plutôt un mauvais signe », confie un diplomate occidental qui tient à son anonymat.

(1) La Mission de surveillance du Sri Lanka (SLMM) a été créée pour surveiller l'accord de cessez-le-feu signé par le gouvernement sri-lankais et les LTTE le 22 février 2002. Composée de membres de cinq pays nordiques (Norvège, Danemark, Suède, Finlande et Islande), la SLMM a cessé ses activités le 16 janvier 2008 suite à l'annulation de l'accord de cessez-le-feu. 

النشر بتاريخ 15/06/2017 - التعديل بتاريخ 13/07/2017

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