Un soldat américain tend une bouteille d'eau à un jeune afghan à Nawa, province du Helmand, le 23 décembre 2010.
Un soldat américain tend une bouteille d'eau à un jeune afghan à Nawa, province du Helmand, le 23 décembre 2010.
ResoluteSupportMedia/Flickr Creative Commons (CC-BY 2.0)
Alors que le conflit entre dans sa dixième année, le bilan des victimes ne cesse d’augmenter. Et, malgré les communiqués officiels laissant entrevoir des perspectives militaires et politiques de sortie de crise, la réalité du terrain et le contexte régional engagent à la plus grande prudence.
بحسب Georges Abou / MFI -

Avec plus de 700 tués enregistrés pour l’année 2010 parmi les membres de la coalition, le conflit en Afghanistan apparaît de plus en plus meurtrier. Depuis la constitution de la force internationale et l’intervention de l’International Security Assistance Force (Isaf), à partir de 2001, rares sont les années où le nombre des victimes n’est pas en augmentation, comme le montre le site internet iCuasualties qui recense les différents bilans de cette guerre.

La courbe est entrée dans une phase de croissance impressionnante à partir de 2005. Pour mémoire, il y a eu 295 tués en 2008, et 521 soldats étrangers qui ont péri en 2009. Ces derniers chiffres sur la période 2008-2010 font état de pertes considérables. Il faut noter que ce sont les provinces du Helmand et de Kandahar, dans le sud du pays, qui enregistrent les plus forts taux de mortalité parmi les soldats de l’Isaf (qui regroupe 27 pays à divers niveaux d’engagement).

Pas de trêve hivernale

Ces provinces, limitrophes du Pakistan, sont celles qui constituent les principaux foyers de l’insurrection. C’est également là qu’ont été portés les principaux efforts de la coalition et c’est sur ces zones que les troupes de l’Alliance ont lancé les dernières offensives, toujours en cours. Ces actions militaires ont été préparées de longue date, avec un renforcement substantiel des effectifs et un déploiement matériel inhabituel.

L’an dernier, les États-Unis avaient envoyé 30 000 hommes supplémentaires, portant l’effectif américain à 90 000 hommes sur un total de 140 000 pour l’ensemble de l’Isaf. Quant au matériel, Washington a annoncé en novembre 2010 l’envoi de 16 chars de combat Abrams. C’est inédit en Afghanistan. Ils sont déployés dans la province du Helmand. Ce sont des engins de plusieurs dizaines de tonnes qui peuvent tirer des munitions à plusieurs kilomètres tout en procurant un maximum de sécurité aux soldats qui les servent.

Avec ce type d’armement, les rigueurs de l’hiver afghan ne constituent plus un obstacle et les forces de la coalition pourront donc conserver une posture offensive tout au long de ces prochains mois. Auparavant, il était traditionnellement question de « trêve hivernale » et  « d’offensive de printemps ».

2014 apparaît désormais comme la date butoir

Les états-majors expliquent que les pertes enregistrées sont à la mesure de l’engagement des forces dans la bataille. C’est mécanique : plus on déploie d’hommes sur le terrain, plus la traque s’intensifie, et plus les accrochages sont violents. Selon le commandement occidental, les insurgés seraient même désormais sur la défensive.

En revanche, si sur le plan militaire, l’Isaf se félicite de la bonne marche des opérations, le règlement politique de la crise apparaît encore lointain. D’abord on a pu observer au cours de ces derniers mois une certaine distance entre responsables militaires, autorités politiques et opinions publiques. Tandis que les premiers préconisaient un renforcement du dispositif militaire, les seconds, sous la pression de leurs opinions publiques respectives, commençaient à annoncer l’éventualité d’un retrait. Juillet 2011 a été évoqué par le président des États-Unis comme une date marquant le début de la fin des opérations. Mais, à mesure que l’échéance approche, les responsables américains se veulent pragmatiques et n’envisagent rien d’autre que d’adapter le dispositif aux circonstances. C’est désormais 2014 qui apparaît comme la date butoir, celle de la transmission des opérations à une armée afghane enfin opérationnelle et apte à relever le défi d’une insurrection qui semble sans cesse se relever des coups qui lui sont infligés.

La situation est par ailleurs compliquée par un contexte régional particulièrement tendu. Les insurgés disposent de sanctuaires de l’autre côté de la frontière, en territoire pakistanais. Ces bases arrière échappent au contrôle des autorités d’Islamabad qui peinent à imposer leur souveraineté sur ces régions rétives au pouvoir central, et qui bénéficient du soutien des puissants services secrets pakistanais (Inter-Services Intelligence, ISI) qui poursuivent contre New Delhi une guerre qui passe par la déstabilisation du régime de Kaboul.

Les civils afghans paient le prix le plus élevé

Les attaques des drônes (avions sans pilote) américains contre ces fiefs extraterritoriaux des talibans donnent des résultats mitigés. En tout cas, ils renforcent la colère des populations pakistanaises des zones bombardées et plus généralement l’impopularité des Américains dans la région. À Washington, l’administration blâme l’incapacité de son allié pakistanais à mettre bon ordre sur son territoire et il est régulièrement question d’intervention militaire directe pour mettre fin à cette situation. Mais les conséquences imprévisibles d’une telle intervention ont jusqu’à présent dissuadé le commandement américain de tenter l’aventure.

Face à cette situation inextricable, nombre de voix s’élèvent pour rappeler qu’on ne peut faire la paix qu’avec ses ennemis et, donc, pour réclamer l’ouverture de négociations avec les talibans. Il apparaît en effet à nombre d’observateurs, spécialistes et chercheurs que cette guerre ne peut ni être gagnée militairement ni être gagnée politiquement, en raison de l’incapacité du pouvoir central à construire un État afghan digne de ce nom, doté des instruments d’une souveraineté nationale capable de s’imposer sur l’ensemble du territoire sans se compromettre avec des chefs de guerre plus soucieux de conserver leurs pouvoirs locaux et leurs privilèges que de s’impliquer dans la recherche du bien commun.

Les difficultés rencontrées lors des dernières élections générales, au mois de septembre, confirment que les principes de la vie politique afghane souffrent encore de profonds déficits. Enfin, alors que la guerre est entrée dans sa dixième année, il faut aussi rappeler une donnée fondamentale du conflit : ce sont les civils afghans qui en paient le prix le plus élevé. Rien que pour cette année, du 1er janvier au 31 octobre 2010, 2412 civils afghans, hommes, femmes, enfants, ont été tués.

النشر بتاريخ 16/05/2017 - التعديل بتاريخ 07/06/2017

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